SYNCRÉTISME

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Histoire du terme

Le mot « syncrétisme » (συγκρητισμ́ος) se trouve chez Plutarque (De fraterno amore, 19) avec la signification de « front uni des Crétois » : il désigne l'accord que les cités de Crète, engagées dans de perpétuelles guerres mutuelles, arrivaient à réaliser quand elles avaient à s'opposer à un ennemi extérieur. Il fut repris au xvie siècle par Érasme, qui, dans une lettre à Melanchthon (Corpus Reformatorum, I, 78), formait le souhait que, face aux dangers que le rigorisme réformé et la réaction catholique faisaient courir aux travaux des humanistes, ceux-ci parvinssent à abandonner leurs disputes et à se confédérer comme l'avaient fait les Crétois : « Aequum est nos quoque συγκρητ́ιζειν ». Le mot « syncrétisme » passa alors dans les langues modernes à la faveur de la polémique philosophique et théologique du xvie et du xviie siècle. En cours de route, il perdit sa signification première d'accord ou de concorde pour prendre de plus en plus celle de fusion – comme s'il dérivait de συγκεραννυμι mélanger – en désignant la conciliation de tendances opposées : entre catholiques et réformés ; entre les réformés eux-mêmes ; ou, dans le domaine de la philosophie (de la théologie, en réalité), entre aristotéliciens et platoniciens. Le rigorisme des divers camps contribua à conférer à ce terme une valeur péjorative ; fusion devint synonyme de confusion, et tout produit qualifié de syncrétiste fut regardé comme une réalité hybride à rejeter.

À partir du xixe siècle, l'histoire des religions utilisa plus ou moins consciemment le mot dans ce sens péjoratif pour désigner des manifestations religieuses hybrides, impures, qui n'étaient pas primitives mais, au contraire, dérivées de la combinaison de diverses religions, et qui correspondaient à un stade de décadence, c'est-à-dire à l'incapacité de certaines religions à subsister dans la rigueur de leurs formes constitutives. La période de l'histoire au cours de laquelle on crut relever les exemple [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  SYNCRÉTISME  » est également traité dans :

ALCHIMIE

  • Écrit par 
  • René ALLEAU, 
  • Universalis
  •  • 13 655 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Les alchimistes alexandrins »  : […] Loin d'être l'origine de l'alchimie, comme l'a cru Berthelot, la Grèce égyptienne, entre le iii e  siècle et le viii e  siècle après J.-C., n'a connu que la fin de l'évolution des communautés alchimiques et métallurgiques de la haute Antiquité. Ruska souligne les traces sensibles de cette décadence déjà chez Zosime de Panopolis, l'auteur le plus fécond de la littérature alexandrine hermétiste, au […] Lire la suite

ALEXANDRIE

  • Écrit par 
  • André BERNAND, 
  • Jean-Yves EMPEREUR, 
  • Jean-Marc PROST-TOURNIER
  •  • 5 654 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Un carrefour artistique de l'Antiquité »  : […] Sur les rivages de la Méditerranée, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de la branche la plus occidentale du Nil, Alexandre le Grand choisit d'installer en 331 avant notre ère une nouvelle cité grecque : fondation macédonienne, l'une des dix-sept cités appelées Alexandrie sur le parcours du conquérant dans sa grande marche vers l'Inde. Alexandrie d'Égypte n'est certes pas, à l'inverse de ce q […] Lire la suite

ASTROLOGIE

  • Écrit par 
  • Jacques HALBRONN
  •  • 13 309 mots

Dans le chapitre « Syncrétisme et exégèse »  : […] Pour mettre en perspective la littérature astrologique, il importe de se demander ce qu'elle a à cacher, ce qui se dissimule derrière des constructions bien polies : on appréciera dès lors le talent de l'exégète à évacuer les apories structurelles ou contextuelles. Une nouvelle conception de l'histoire des textes astrologiques se fait jour : l'étude et la comparaison des gloses construites autour […] Lire la suite

AZTÈQUES

  • Écrit par 
  • Rosario ACOSTA, 
  • Alexandra BIAR, 
  • Mireille SIMONI
  •  • 11 264 mots
  •  • 20 médias

Dans le chapitre « Une connaissance approfondie de la ville »  : […] Depuis la découverte du Templo Mayor – inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987 –, le centre historique de Mexico constitue le théâtre privilégié des recherches des archéologues mexicains. La richesse de ce site est en effet à l’origine du renouveau dans l’étude de la civilisation aztèque, et 2018 a marqué les quarante ans de ces recherches au cours desquelles les archéologues n’ont eu de […] Lire la suite

AZTÈQUES (notions de base)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 3 524 mots
  •  • 13 médias

Dans le chapitre « Synthèse et assimilation religieuses »  : […] Les dieux apportés par les conquérants nahua sont, eux, des divinités célestes et astrales. À la différence des dieux des anciens agriculteurs du plateau central, les dieux nordiques n'étaient pas, à l'origine, représentés sous des formes anthropomorphisées, mais plutôt par des objets symboliques comme une pierre taillée, une fleur sacrée, une plume précieuse, etc. Durant l'époque de la migration, […] Lire la suite

BOUDDHISME (Les grandes traditions) - Bouddhisme japonais

  • Écrit par 
  • Jean-Noël ROBERT
  •  • 13 527 mots

Dans le chapitre « Le syncrétisme shintō-bouddhique »  : […] Lorsque le bouddhisme fut transmis au Japon, on ne vit d'abord dans les différents buddha que l'équivalent des divinités traditionnelles japonaises et on les appela d'ailleurs «  kami de Chine », plaçant ainsi les deux entités sur le même plan. Si ce fut la cause des premières confrontations, il est hors de doute que cette assimilation facilita aussi grandement l'implantation de la nouvelle relig […] Lire la suite

CAODAÏSME

  • Écrit par 
  • Paul LÉVY
  •  • 1 288 mots

Le caodaïsme – ou bouddhisme rénové – apparaît d'emblée comme un amalgame assez étonnant. Il emprunte beaucoup au bouddhisme, particulièrement la doctrine de la réincarnation, mais doit aussi au taoïsme, au confucianisme, au christianisme. Il s'apparente d'autre part au spiritisme et à la théosophie. La religion caodaïste fut fondée en 1919 par Ngô Van Chiêu, délégué administratif pour l'île de P […] Lire la suite

CHINOISE (CIVILISATION) - Symbolisme traditionnel et religions populaires

  • Écrit par 
  • Maxime KALTENMARK, 
  • Michel SOYMIÉ
  •  • 7 067 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La religion syncrétique moderne »  : […] L'époque à laquelle est apparue la religion syncrétique n'est pas connue avec précision. Il va de soi, du reste, qu'elle s'est formée progressivement, de façon insensible. Ses germes sont pour la plupart fort anciens, mais sa forme actuelle paraît s'être dessinée au temps de la dynastie mongole des Yuan, au xiii e  siècle. Nul doute en tout cas que, dès le xv e  siècle, sous les Ming, elle avait à […] Lire la suite

CULTE DE SÉRAPIS

  • Écrit par 
  • Renaud DE SPENS
  •  • 189 mots

Probablement instauré en Égypte par Ptolémée I er Sôter, le culte d'un nouveau dieu syncrétique, Sérapis, se greffe sur un terreau égyptien plus ancien : il existait déjà, à Memphis, un culte pour Osiris-Apis. Mais la nouvelle divinité prend le plus souvent une apparence grecque : un homme barbu portant un petit panier à grain ( kalathos ) comme couronne, parfois accompagné de Cerbère et d'Harpoc […] Lire la suite

DUALISME

  • Écrit par 
  • Simone PÉTREMENT
  •  • 6 146 mots

Dans le chapitre « Dualisme gnostique »  : […] Le nom de gnosticisme a été donné par les historiens modernes à un ensemble d' hérésies chrétiennes qui apparurent dès la fin du i er  siècle. Ces hérésies, nombreuses et diverses, s'accordaient en ce qu'elles rejetaient, au moins en partie, l'Ancien Testament, et en ce qu'elles modifiaient la doctrine biblique de la création. Pour les gnostiques, le monde n'est pas créé ni gouverné directement pa […] Lire la suite

Les derniers événements

Vatican – Inde. Visite du pape Jean-Paul II en Inde. 5-7 novembre 1999

des spécificités culturelles et intellectuelles des peuples à évangéliser. Le dialogue avec les autres religions y est prôné, en excluant toutefois toute forme de « syncrétisme ». […] Lire la suite

Vatican – Afrique. Visite du pape Jean-Paul II au Cameroun, en Afrique du Sud et au Kenya. 14-19 septembre 1995

culturelles africaines, mais refuse toute forme de syncrétisme avec les traditions locales. Les 14 et 15, au Cameroun, le pape évoque la question des droits de l'homme ainsi que les assassinats inexpliqués de plusieurs membres du clergé catholique. Les 16 et 17, Jean-Paul II effectue une visite […] Lire la suite

Pour citer l’article

Dario SABBATUCCI, « SYNCRÉTISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/syncretisme/