FEU SYMBOLISME DU

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Le feu réchauffant

Le feu calorifique est celui que l'alchimiste assimile aux « bains » de différents degrés (feu de cendre, feu de sable, feu de fumier, feu de limaille, feu de Perse, feu d'Égypte) ; il renvoie à deux grandes polarisations symboliques : le symbolisme érotique et le symbolisme filial.

Éros et le feu

Le symbolisme érotique est donné par toutes les images et métaphores qui font coïncider le feu et l'acte sexuel, la passion amoureuse ou simplement l'amour et l'affectivité. C'est la signification la plus vulgarisée, spécialement par l'iconographie et la littérature de l'Occident chrétien. Cependant, déjà dans la tradition gréco-latine, Éros-Cupidon, le dieu de l'Amour, est représenté très souvent porteur d'une torche en plus de son arc, ces deux instruments suggérant tous deux la blessure amoureuse. À ce symbolisme érotique – dont les structures semblent obéir au régime nocturne de l'image (cf. Gilbert Durand, Les Structures anthropologiques de l'imaginaire) – on peut découvrir des motivations psycho-physiologiques, et surtout technologiques, étroitement imbriquées.

La motivation psycho-physiologique naît de la variation concomitante entre l'augmentation thermique, l'« échauffement » du corps et l'émotion amoureuse, puis l'acte sexuel qui, chez les mammifères et l'homme, s'accompagne d'un frottement rythmique (caresses, coït, danses nuptiales, etc.). Bachelard, qui consacre les deux tiers de sa Psychanalyse du feu à cette expérience érotique de la « chaleur partagée » – qu'il dénomme « complexe de Novalis », « synthèse de l'impulsion vers le feu provoquée par le frottement, le besoin d'une chaleur partagée » –, se demande même si les briquets à friction (par lesquels le feu est engendré par frottement d'une lame de bois dur sur une planchette rainurée de bois tendre, les deux objets suggérant directement l'image du coït) ne seraient pas nés de la réflexion rêveuse sur le frottement érotique. L'amour serait alors « la première hypothèse scientifique pour la production objective du feu ». En témoigne encore le très curieux Cours d'électricité expérimentale, publié en 1753, dans lequel Charles Rabiqueau relie le « feu électrique » et les complaisants phénomènes électrostatiques à l'image du couple. Par là, Bachelard, très proche des théories d'Eugène Minkowski, place le sens figuré à égalité, sinon en priorité, avec le sens propre, montrant combien les mots et les productions humaines, même les plus objectives en apparence, sont filtrées et surdéterminées par la subjectivité transcendantale de l'imagination de l'espèce humaine.

La motivation technologique du briquet ne fait donc que renforcer la première et tendre rêverie des chaudes caresses. Comme l'écrit Frazer, « l'idée que le feu jaillit du corps d'une femme, et en particulier de ses organes génitaux, trouve une explication certaine dans l'analogie que beaucoup de primitifs voient entre le fonctionnement du foret-à-feu, d'une part, et les rapports des sexes de l'autre ». Le briquet à friction, lointain ancêtre de nos allumettes frottées sur le grattoir (le parler populaire dit aussi bien d'une chienne amoureuse qu'elle est « en chaleur » que d'une fille trop excitante qu'elle est une « allumeuse »), est, sinon le procédé le plus primitif pour produire le feu, du moins, selon A. Leroi-Gourhan, le procédé du « plus primitif des peuples vivants », les Mélanésiens.

Le briquet rotatif procède d'un perfectionnement du précédent par l'acquisition du mouvement circulaire continu. Ce primitif ancêtre de nos briquets relie, ainsi que E. L. Burnouf puis Frazer l'ont montré, le symbolisme sexuel du feu calorifique aux puissantes images technologiques de la croix (svastika : l'étymologie de ce mot serait liée à l'arâni, grand briquet à rotation dont les deux éléments sont placés l'un sur l'autre en forme de croix) et de la roue. La production du feu par le briquet à rotation du rituel védique (arâni) revêt la signification d'une véritable hiérogamie cosmogonique, telle que l'on pourra la retrouver dans l'alchimie. Dans l'un et l'autre cas, le feu et ses procédures de production se trouvent au cœur d'un symbolisme de l'accouplement générateur. Ainsi, dans sa première acception calorifique, on voit que le remplissement culturel – ici technologique – vient encore renforcer l'appartenance structurale des images de la chaleur ignée à un schème rythmique, voire cyclique, que nous classions sous la rubrique « structures synthétiques » de l'imaginaire. Sous ce régime nocturne de l'image où les schèmes de l'intimité sont survalorisés, on glisse de la production du feu aux « produits » calorifiques, c'est-à-dire de la sexualité à la cuisine ou à l'obstétrique.

Le feu et la table

On n'insistera pas sur la production culinaire et la symbolique des « contenants-conte-nus » qui y est jointe. Frazer a bien souligné tout au cours de son livre le caractère de contenu (dans le ventre, les organes féminins, l'oiseau, le bois, etc.) que revêtait le feu. Le parler populaire dénomme d'ailleurs les organes génitaux féminins par des termes empruntés aux contenants culinaires (pot, marmite, panier, etc.). Par ailleurs, les Mythologiques de Claude Lévi-Strauss débouchent tout naturellement sur Les Manières de table. Le symbolisme du foyer s'entend aussi bien pour l'intimité de la chambre nuptiale que pour la féminité quasi constante de l'âtre où chauffe la marmite. Le régime nocturne de l'image du feu se referme en quelque sorte sur les thèmes intimistes et les structures mystiques de l'imaginaire. Et, par une étrange métamorphose qualitative et élémentaire, comme si le symbole était absorbé et remodelé par sa structure, le feu devient eau : eau de vie, eau de feu. Comme le dit Bachelard, le « complexe de Novalis » laisse alors place au « complexe d'Hoffmann », celui de l'eau qui flambe, du punch cher à l'auteur des Contes : « Quand la flamme a couru sur l'alcool, quand le feu a apporté son témoignage et son signe, quand l'eau de feu primitive s'est clairement enrichie de flammes qui brillent et qui brûlent, on la boit. Seule de toutes les matières du monde, l'eau de vie est aussi près de la matière du feu. » On pourrait ajouter qu'elle est déjà née du feu, du feu quasi alchimique qui couve sous l'alambic.

L'image du fils

Par une autre sorte de production, le symbolisme du feu calorifique peut se maintenir dans les structures synthétiques : le feu sexualisé entraîne, en effet, les symboles de la fécondité, et plus particulièrement le symbolisme filial. Tout logiquement, le thème du contenu igné glisse vers la thématique du fils, du « fruit » du ventre de la mère. Le feu est fils, il est produit naturel ou industriel, il produit à son tour, homéopathiquement, naissance [...]

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Pour citer l’article

Gilbert DURAND, « FEU SYMBOLISME DU », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/symbolisme-du-feu/