CIEL SYMBOLISME DU

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Verticalité et transcendance

C'est d'abord le symbolisme de la verticalité que suggèrent « la voûte étoilée au-dessus de nos têtes » et le simple zénith du ciel azuré diurne. Cette verticalité ascendante est liée à l'une des données les plus caractéristiques de l'anthropologie, mais en même temps elle dépasse en dignité et en puissance cette donnée existentielle. Les anthropologues, les paléontologues, les psychologues généticiens et les poètes (A. Leroi-Gourhan, P. Werner, G. Durand, R. Desoille, M. Montessori, H. Wallon, G. Bachelard) se rencontrent pour affirmer que la verticalité dressée de l'homo sapiens est, selon le mot de Bachelard dans L'Air et les Songes, « une métaphore axiomatique ». L'anthropologie paléontologique a définitivement montré que la libération de la main et l'ajustement neurologique qui l'accompagne, si capital pour l'espèce humaine, se faisaient au sein du redressement de la station corporelle du primate humain (Leroi-Gourhan, J. Brun). De même, les psychologues mettent en évidence le caractère « dominant » du réflexe postural chez le nouveau-né et classent le redressement vertical comme l'un des « groupes » de l'espace postural déterminant dans le processus d'hominisation (J. Gibson, O. H. Maurer, N. Kostyleff, K. Koffka). Le Ciel, et son symbolisme, est comme l'asymptote imaginaire de ce redressement humain. Du mythe d'Icare aux réalisations des modernes cosmonautes, en passant par les techniques chamanistes (M. Eliade) et les prouesses des pionniers de l'aviation, la « conquête » du Ciel possède une dignité de signification qui dépasse de bien loin la conquête prométhéenne du feu. Certes, si les conquêtes de l'astronautique peuvent être un jour rentables, pour l'instant elles n'ont été que le témoignage de la lutte « titanesque » de deux superpuissances mondiales pour s'assurer un prestige, un renom, une publicité qu'aucun autre exploit n'est capable d'égaler. Dans nos sociétés laïques, le culte du cosmonaute et la rêverie scientifique qui l'accompagne sont un répondant des innombrables rituels d'ascension des liturgies religieuses. Car l'ascension céleste est l'un des thèmes majeurs de tous les rituels et mythologies religieux. L'ascension peut se faire rituellement par un procédé mécanique quelconque (échelle à neuf, sept ou douze échelons des chamans ouralo-altaïques, climax des prêtres de Mithra, ascension de la montagne sacrée ou de son succédané, le ziqqurat, chez les Sémites) ou mythiquement par la méditation et la rêverie « ailée » (ascension de Mohammed sur la jument ailée Boraq, ascension au moyen d'une corde, d'un fil d'araignée, d'un « chemin de flèches », chez des Océaniens, les Indiens d'Amérique, les Africains ; cf. Pettazoni, Werner, Thompson). Mais l'ascension céleste comporte toujours une rupture de niveau ontologique, qui coïncide soit avec la mort (chez les Égyptiens, le verbe myny est un euphémisme pour « mourir » et signifie « s'accrocher à la montagne » ; chez les Mongols, le « chemin des morts » gravit les montagnes ; cf. M. Eliade), soit avec les degrés d'une initiation ou de l'extase (degrés de l'échelle chamaniste, spécialement chez les Bouriates et les Ostiaks, « degrés » de l'échelle de Jacob, des cercles du Paradis de Dante, des stations de la montée au mont Carmel chez saint Jean de la Croix, élévation de Plotin, de saint Paul au troisième ou au septième ciel). La hauteur inaccessible du Ciel coïncide donc avec l'au-delà de l'expérience quotidienne, elle est sur la lancée de notre désir, de notre fondamentale verticalisation. C'est pour cela que le Haut, et à plus forte raison le Très-Haut, exprime l'ordre de toute valeur positive, bienfaisante. L'antithèse de l'ascension bienheureuse pour Icare, Lucifer ou Adam, c'est la chute.

S'ajoute à cette valorisation de la verticalité céleste celle de la lumière et de la vision. L'on pourrait même dire que cette survalorisation lumineuse et visionnaire du célestiel est à double entrée. Une entrée se fait parce que toute ascension mythique et mystique est visionnaire, qu'elle s'accompagne de photismes lumineux et colorés. Aux degrés de l'échelle chamaniste correspondent des « couleurs » divines qui symbolisent le degré de la vision initiatique. Cette traduction « visuelle » des degrés ascensionnels se retrouve aussi [...]

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Pour citer l’article

Gilbert DURAND, « CIEL SYMBOLISME DU », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/symbolisme-du-ciel/