SYMBOLISMEArts

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Les dates et les théories

Les difficultés sont de deux ordres. Dans ce que l'on est maintenant contraint d'appeler le « noyau » symboliste – ceux qui à l'époque même ont reçu ou revendiqué cette dénomination – les manières diffèrent à l'extrême : la peinture de Puvis paraît à cent lieues de celle de Gauguin, qui l'admirait pourtant ; le « tuyau de cheminée » de Carrière semble aux antipodes des joailleries de Gustave Moreau ; les subtilités des nabis paraissent condamner les prétentieuses et lourdes naïvetés de certains des adeptes de Joséphin Péladan. C'est qu'en effet, et au rebours d'habitudes laborieusement acquises, imposées en particulier par la célébration trop exclusive de la peinture impressionniste, la considération de la forme devrait ici venir après celle du sujet, ou plus exactement de l'« idée ». La défense de l'idée, face aux réalistes, aux positivistes, aux matérialistes de tout ordre, passe avant les querelles d'école. Maurice Denis l'indique clairement à propos de la position de ses camarades nabis vis-à-vis de Gustave Moreau : « Moreau était à certains égards à l'antipode de nos idées, mais il représentait l'idéalisme avec un rare talent. » C'est assez pour le préférer à Cabanel et à Rochegrosse, ou même à un Renoir et à un Monet.

Alphonse Daudet et sa fille Edmée, E. Carrière

Photographie : Alphonse Daudet et sa fille Edmée, E. Carrière

Photographie

Eugène CARRIÈRE, Alphonse Daudet et sa fille Edmée, vers 1891. Huile sur toile, 90 cm × 116,5 cm. Musée d'Orsay, Paris. 

Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

Afficher

La seconde difficulté tient au rôle prédominant joué par la littérature dans les origines et le développement du mouvement ; c'est un écrivain qui le baptise, ce sont des littérateurs qui le prennent en charge : J.-K. Huysmans révèle en Moreau et en Redon les maîtres de la nouvelle avant-garde (À rebours, 1884) ; Charles Morice et Albert Aurier font de Gauguin « la proie des littérateurs », selon les termes de Félix Fénéon, qui se refuse pour sa part à jouer ce rôle auprès de ses amis néo-impressionnistes. Le sar Péladan quant à lui voudrait tenir la place d'un nouveau Marcile Ficin ; la vigueur de ses prédications et de ses tirades sur « l'art ochlocratique » (du grec ochlos, foule) tro [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 9 pages

Médias de l’article

La Nuit, F. Hodler

La Nuit, F. Hodler
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Alphonse Daudet et sa fille Edmée, E. Carrière

Alphonse Daudet et sa fille Edmée, E. Carrière
Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

photographie

Vision après le sermon, P. Gauguin

Vision après le sermon, P. Gauguin
Crédits : AKG

photographie

Ève bretonne ou Mélancolie, P. Sérusier

Ève bretonne ou Mélancolie, P. Sérusier
Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

photographie

Afficher les 4 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art moderne et contemporain à l'université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand

Classification

Autres références

«  SYMBOLISME, arts  » est également traité dans :

SYMBOLISME - Vue d'ensemble

  • Écrit par 
  • Daniel GROJNOWSKI
  •  • 2 696 mots
  •  • 2 médias

S'interrogeant, en 1939, sur l'Existence du symbolisme, Paul Valéry laissait entendre que ce terme lui posait problème – avant d'expliquer qu'il s'agissait d'une « construction » conçue a posteriori. On distingue désormais deux acceptions. La première concerne une école littéraire née à Paris à la fin du xixe siècle, avec ses précu […] Lire la suite

SYMBOLISME - Littérature

  • Écrit par 
  • Pierre CITTI
  •  • 11 889 mots
  •  • 3 médias

« Symbolisme » revêt couramment deux acceptions dans l'histoire de la littérature : d'une part, enseigne adoptée par des poètes de langue française en 1886, il désigne formes et formules de l'invention littéraire pendant une dizaine d'années. Ses valeurs esthétiques, comme le montre Michel Décaudin dans La Crise des valeurs symbolistes, sont mises en cause en France dès le débu […] Lire la suite

SYMBOLISME - Théâtre

  • Écrit par 
  • Mireille LOSCO
  •  • 1 635 mots
  •  • 1 média

Le théâtre symboliste s'est développé au cours de la dernière décennie du xixe siècle en France, dans un mouvement de réaction idéaliste à la fois contre le drame bourgeois et contre le théâtre naturaliste d'André Antoine. Issu de la poésie symboliste, il entend rompre avec la « pièce bien faite », devenue […] Lire la suite

ALLÉGORIE

  • Écrit par 
  • Frédéric ELSIG, 
  • Jean-François GROULIER, 
  • Jacqueline LICHTENSTEIN, 
  • Daniel POIRION, 
  • Daniel RUSSO, 
  • Gilles SAURON
  •  • 11 638 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Du XVIIIe au XXe siècle »  : […] À partir de la fin du xvi e  siècle, la personnification s'éloigne progressivement de l'ambivalence du symbole pour devenir le mode de représentation privilégié de l'allégorie, laquelle se constitue dès lors comme une catégorie à part entière et occupe une place prépondérante dans la hiérarchie des genres artistiques, codifiée par la tradition académique. Celle-ci lui assure un développement inint […] Lire la suite

ANTHROPOLOGIE DE L'ART

  • Écrit par 
  • Brigitte DERLON, 
  • Monique JEUDY-BALLINI
  •  • 3 610 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « L’art comme langage »  : […] Au cours des années 1970, un tournant s’opère dans l’étude de l’art qui s’affirme comme un domaine à part entière de l’anthropologie. Dans la discipline, l’accent placé sur les questions relatives au symbolisme (Leach, Turner, Bateson) stimule un regain d’intérêt pour l’art, qui se déploie de manière inédite au cours d’enquêtes ethnographiques de longue durée, particulièrement chez les spécialist […] Lire la suite

ART SACRÉ

  • Écrit par 
  • Françoise PERROT
  •  • 5 348 mots

Dans le chapitre « Maurice Denis et la théorisation de l'art religieux »  : […] Le xx e  siècle s'est ouvert, en France, sur la séparation des Églises et de l'État (1905), ce qui a ralenti les initiatives en matière d'art religieux pour deux décennies. Des artistes, évoluant le plus souvent au sein de groupes ou de mouvements divers, ont fait état d'une quête spirituelle, que plusieurs ont pensé retrouver dans l'art médiéval. C'est le cas de Maurice Denis (1870-1943) qui se r […] Lire la suite

BESNARD ALBERT (1849-1934)

  • Écrit par 
  • Bruno FOUCART
  •  • 483 mots
  •  • 1 média

Malgré ses réussites officielles (prix de Rome en 1874, il sera directeur de la villa Médicis), Besnard est resté, au milieu des mouvements artistiques de son temps, un indépendant. Par l'enseignement de Jean Bremond, un des plus discrets mais non des moins doués des élèves d'Ingres, il se rattache, certes, à la tradition d'un art construit ; mais son sens de la couleur, sa vitalité le mettent aux […] Lire la suite

CARRIÈRE EUGÈNE (1849-1906)

  • Écrit par 
  • Jean-Paul BOUILLON
  •  • 388 mots
  •  • 2 médias

Formé dans l'atelier de Cabanel, Carrière a connu, après 1870, des débuts difficiles de lithographe commercial. Ses premiers tableaux exposés ( La Jeune Mère , 1879, Avignon) se caractérisent déjà par l'intimisme discret qui marquera la plupart de ses sujets. C'est dans les années 1880 qu'il élabore peu à peu une manière très particularisée, renonçant presque totalement à la polychromie pour adopt […] Lire la suite

COSMOS (exposition)

  • Écrit par 
  • Jean-Louis GAILLEMIN
  •  • 1 063 mots

En France, certains conservateurs de musée n'aiment guère les expositions thématiques. Elles ne seraient pour eux qu'un fatras arbitraire, elles feraient fi de l'histoire et du document, bref elles ne seraient pas sérieuses ; elles ne feraient pas avancer l'histoire de l'art, comme les expositions monographiques. Les expositions thématiques comme Le Sexe de l'art au centre Georges-Pompidou en 199 […] Lire la suite

DENIS MAURICE (1870-1943)

  • Écrit par 
  • Paul-Louis RINUY
  •  • 1 505 mots

Dans le chapitre « Le théoricien du groupe des nabis »  : […] Le peintre qui expose pour la première fois au Salon des indépendants de 1891 un tableau intitulé Mystère catholique (1890, collection particulière) n'est pas tout à fait un inconnu. Né en 1870 à Granville dans une famille installée à Saint-Germain-en-Laye, où il demeurera toute sa vie, Maurice Denis a fait de sérieuses études classiques et fréquente depuis 1888 l'académie Jullian et l'École des […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Jean-Paul BOUILLON, « SYMBOLISME - Arts », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/symbolisme-arts/