SUBLIMATION, psychanalyse

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De la purification des traces à la parousie mythique

De l'usage chimique Freud retient la notion de dialyse ; mais d'emblée le concept est rendu solidaire d'une théorie de la mémoire. Et dix ans avant les Trois Essais sur la théorie de la sexualité (1905), les lettres à Fliess laissent présager l'évolution ultérieure, dans une double référence aux registres de l'éthique et de l'esthétique. Plus précisément, la sublimation est alors conçue non seulement comme principe de purification des souvenirs dans l'élaboration des fantasmes, mais encore comme « privilège » des « grands » hommes, capables seuls de conférer leurs lettres de noblesse aux ombres surgies du passé. Que le désir vise au cœur de la réalité l'inexistence comme telle, c'est en même temps dire sa nature nostalgique. Le souvenir voit alors son existence réduite à celle d'un « signe », clignotant étrange issu de traces mnésiques, caractérisées par l'extrême labilité tant de leur teneur que de leur mode d'ordination.

Cependant, certains signes s'avèrent plus efficaces que d'autres, ou plutôt les inscriptions sont susceptibles d'un travail de transposition plus ou moins heureux. Certes, le souvenir est déjà sublimé dans la mesure où il donne lieu, non à une impulsion, mais à un fantasme ; néanmoins, il faut encore établir une hiérarchie entre les fantasmes, puisque certains d'entre eux ont le pouvoir de prémunir contre les conséquences de l'histoire propre du sujet. Ainsi Goethe, prêtant à Werther son propre amour pour Lotte Kästner, parvient à trouver une issue à son désir de mort passionnel en s'identifiant fantasmatiquement à Jérusalem, dont il avait appris la mort tragique. Goethe a « vraisemblablement joué » avec l'idée de suicide, dit Freud, ce dont on trouve confirmation dans le récit autob [...]

Les Souffrances du jeune Werther, Goethe

Les Souffrances du jeune Werther, Goethe

Photographie

Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832), le premier, sut mettre en scène, notamment dans Les Souffrances du jeune Werther (1774), le terme métaphorique de sublimation pour « caractériser » et « travailler » certains états d'âme. Illustration de Tony Johannot. 

Crédits : AKG

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Pour citer l’article

Baldine SAINT GIRONS, « SUBLIMATION, psychanalyse », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 décembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/sublimation-psychanalyse/