STURM UND DRANG

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Herder, Goethe et Hamann

Le sourcier génial du groupe a été incontestablement Herder qui, le premier, mit l'accent sur les origines populaires de la poésie. C'est que pour lui le chant a précédé le discours, les hommes ont rythmé leurs efforts par des cadences chantées avant de savoir dire consciemment ce qu'ils ressentaient. Dans la campagne autour de Riga, il avait entendu les chants des paysans lituaniens qui lui étaient apparus comme une révélation. Il s'est intéressé aux chants populaires slaves autant qu'aux allemands, et son grand recueil de chants folkloriques s'intitule Les Voix des peuples (Stimmen der Völker).

Mais ses disciples allemands, lecteurs d'Ossian et de Klopstock, ont donné un tour plus patriotique à leurs recherches des anciennes chansons populaires. Cet enthousiasme pour les antiquités nationales, pour les poèmes du peuple et, en même temps, pour l'art gothique déclaré « art proprement allemand » renforce l'hostilité aux règles des Français, à leur littérature « poudrée et surannée » (Goethe), à leur prétention à monopoliser le bon goût. Le mouvement revêt ainsi un aspect national sinon encore nationaliste, qu'il ne prendra qu'au temps de l'occupation française, quand les disciples romantiques de Herder, les frères Grimm par exemple, continueront son œuvre de collecte des textes anciens.

En faisant naître un intérêt nouveau pour les chants et les épopées nationales, Herder et ses amis ont fait œuvre durable et renouvelé, pour des générations, l'inspiration des poètes de langue allemande. L'idée d'une création collective, d'une poésie née dans « l'âme du peuple » constituait pour Herder une évidence révélatrice.

Goethe, à Strasbourg en 1770-1771, puis durant les années de Francfort, de Darmstadt et de Wetzlar, jusqu'à son départ pour Weimar en 1775, a été très sensible à l'idée des grands hommes créateurs, des « génies ». S'il célèbre le gothique comme une œuvre nationale allemande, il chante plus haut encore la louange d'Erwin de Steinbach, architecte de la cathédrale de Strasbourg, qui a été pour lui une découverte exaltante. Shakespeare, par la force créatrice de son génie, fait sortir un monde du néant et, toujours selon Goethe, il enfante des hommes tout comme Prométhée. Le demi-dieu inventeur du feu, rival de Zeus et des Olympiens, apparaît comme le modèle de tous les créateurs artistiques, des artistes dionysiaques aurait dit Nietzsche.

Johann Georg Hamann (1733-1788), qui a fourni au mouvement le feu sombre de ses vaticinations et de ses prophéties, songe moins à l'ivresse bachique qu'à l'infinie fécondité d'un mâle triomphant et affirme qu'il « ne peut concevoir un génie créateur sans parties génitales ». L'esthétique mystique de Hamann, qui a la religion de l'originalité ; l'horreur du rationalisme, propagée par Herder, a renforcé la révolte et le goût du mystère comme aussi de tout ce qui est populaire.

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Pour citer l’article

Pierre GRAPPIN, « STURM UND DRANG », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sturm-und-drang/