STRUCTURALISME

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Le structuralisme linguistique

Le structuralisme ne constitue pas à proprement parler une communauté de doctrine. Il se caractérise plutôt par le partage d'un ensemble de principes très généraux qui peuvent orienter ou infléchir les recherches dans des directions différentes : attention portée au signifiant phonique, tentative pour rendre compte de la langue en termes de pure combinatoire, réflexion sur la forme dans les phénomènes linguistiques, prise en compte de la diversité des codes et des normes qui règlent la langue (écrit et oral), etc. Seule, d'ailleurs, cette orientation méthodologique et épistémologique du structuralisme linguistique assure la continuité réelle à partir de Ferdinand de Saussure : le Cours de linguistique générale (publié en 1916) propose une réflexion sur les conditions de possibilité les plus générales d'une connaissance des langues plutôt qu'une doctrine linguistique développée.

Principes généraux

Les écoles structuralistes en linguistique se développent à partir des années 1920 essentiellement à Prague, Copenhague et aux États-Unis. Genève et Paris (les deux villes où Saussure enseigna) donnèrent plutôt naissance à des personnalités originales, informées, mais relativement isolées. Le point de vue structural, dans ses différentes versions, dominera l'avant-garde des recherches linguistiques jusqu'au début des années 1960 et l'apparition du générativisme de Noam Chomsky. On pourrait schématiser ainsi les caractéristiques communes à ces écoles :

– Le fonctionnement de toute langue obéit à des règles que les sujets parlants adultes mettent en œuvre individuellement, sans connaître explicitement le système dont elles relèvent. La description de ce système, ainsi que la détermination des différents niveaux de l'analyse linguistique (phonème, morphème ou monème, syntagme, phrase, etc.) incombent au linguiste dans une perspective délibérément non normative et constructiviste : la langue est l'objet d'une reconstruction à partir des données individuelles de la parole des sujets. Dans le structuralisme américain, par exemple, le travail sur corpus (échantillon de langue constitué d'énoncés oraux ou écrits) va devenir un enjeu de la théorie du langage et de ses méthodes. L'orientation synchronique du structuralisme (on étudie un état de langue et non le devenir d'une langue, son évolution diachronique) découle de ce premier principe : les sujets parlants ignorent les lois d'évolution de la langue qu'ils parlent ; ils obéissent à des contraintes de structure « actuelles ». Ce principe méthodologique implique à son tour un choix fondamental : ce sont des énoncés dont il s'agit de rendre compte, et non de la situation de communication ou de l'intention de l'émetteur. L'idée de structure implique bien, de ce point de vue, qu'on travaille sur un ensemble clos de données : certains linguistes parlent à ce sujet de texte, dont le modèle explicatif devrait pouvoir rendre compte de manière exhaustive, en ce qui concerne tant la structuration du signifiant que celle du signifié. Par rapport à ce texte, les intentions du sujet parlant et les conditions concrètes de l'énonciation échappent à l'analyse structurale qui, sans en dénier l'existence, en laisse la charge aux disciplines connexes : sociologie, psychosociologie, psychanalyse, anthropologie, etc. Si toutefois Roman Jakobson, Émile Benveniste, Charles Bally étudient certains aspects du procès de l'énonciation, c'est uniquement dans la mesure où le code linguistique (dans le système des pronoms, des embrayeurs, du système verbal, des modalisateurs, etc.) porte la trace systématique et manifeste, objectivée, de la subjectivité des locuteurs. Là encore, ce n'est donc pas la subjectivité toute-puissante, infiniment variable dans ses manifestations discursives, qui les intéresse, mais plutôt la subjectivation contrainte par le jeu des règles systém [...]

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Écrit par :

  • : maître de conférences à l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud
  • : directeur de recherche émérite au C.N.R.S.
  • : docteur en sciences du langage, professeur des Universités

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Pour citer l’article

Jean-Louis CHISS, Michel IZARD, Christian PUECH, « STRUCTURALISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/structuralisme/