GOULD STEPHEN JAY (1941-2002)

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Un penseur et un écrivain engagé

Gould fut aussi un homme engagé, qui livra un combat quotidien contre les racismes et contre l'obscurantisme des faux savoirs. Dans La Mal-mesure de l'homme (1981), il dénonçait, à partir d'une étude critique et historique, toutes les tentatives menées depuis le xixe siècle pour fonder scientifiquement la thèse de l'inégalité intellectuelle des races : mesure des angles crâniens et faciaux, du volume cérébral, utilisation raciste des tests d'intelligence... Il s'était également engagé dans le débat opposant aux États-Unis évolutionnistes et créationnistes, en témoignant en 1982 au cours d'un procès contre les « fondamentalistes » protestants qui tentaient d'imposer dans l'État d'Arkansas l'enseignement des thèses créationnistes dans les écoles publiques. La brillante intervention de Gould dans ce procès a clos provisoirement le débat qui est loin cependant de s'être apaisé : le créationnisme continue de tenter de s'imposer aujourd'hui, aux États-Unis comme ailleurs, sous d'autres formes ou d'autres noms, par exemple l'Intelligent Design.

Enfin, Gould était un véritable écrivain qui sut mettre à la portée de tous les questions les plus difficiles et les découvertes les plus exaltantes, dépoussiérer les livres anciens et les tiroirs des musées pour y trouver matière à une réflexion sur les enjeux actuels de la science. Dans ses articles mensuels pour la revue Natural History, il livrait ses méditations et sa recherche avec rigueur et avec toujours la même passion d'expliquer. Ces courtes nouvelles, bien enlevées, souvent pourvues d'une morale comme dans les fables, montraient l'importance qu'il y a à regarder la biologie avec les lunettes de l'évolutionniste pour mieux comprendre les êtres vivants.

Les titres des recueils de ces essais, tous traduits en français, témoignent de son goût pour l'étude des menus secrets de la nature : Le Pouce du panda, Quand les poules auront des dents... Il n'hésitait pas à se mettre en scène avec humour, ni à présenter ses concepts sous la forme d'une méditation sur les exploits des champions de base-ball, l'évolution de Mickey et du Bonhomme Michelin, ou sur la phylogénie des barres de chocolat ! À ses yeux, cette forme de « l'essai », loin d'être un dévoiement de la science, continuait une grande tradition de la culture occidentale – qui va de Montaigne à Jean Rostand et à Thomas Henry Huxley.

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  • : professeure d'université, directrice d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, Paris

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Pour citer l’article

Claudine COHEN, « GOULD STEPHEN JAY - (1941-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/stephen-jay-gould/