STARS ET VEDETTES

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Essai de définition

Les grands acteurs de théâtre furent entourés d'un rituel spécifique dès l'époque préromantique et romantique. C'est là que fait son apparition la vedette, c'est-à-dire l'acteur placé comme « en sentinelle » (le mot est d'origine militaire) pour recueillir le maximum d'applaudissements. Au même moment, la principale danseuse d'un ballet reçoit, pour la première fois, le titre flatteur d'étoile (1845). Le cinéma opérera le croisement de ces deux notions, mais cela ne se fait pas d'emblée. Bien que l'on connaisse en effet le nom de plusieurs acteurs et actrices ayant joué dans les tout premiers films « à personnages », ce nom restait en général ignoré du public. Quand Méliès créa sa firme, en 1896, il la baptisa Star Film, certainement par allusion aux « étoiles » du music-hall et du cabaret, genres de spectacle qu'il connaissait bien et où le terme, anglicisé ou non, était d'emploi fréquent, voire métaphorique (« étoiles filantes », etc.).

Les premières affiches mettant en valeur le nom des interprètes d'un film datent de 1907-1908. Cette saison-là, L'Assassinat du duc de Guise réunissait, en effet, le « gratin » de la Comédie-Française, et l'opération avait été montée sur le seul nom des interprètes. À la même époque, les comédiens américains demeuraient dans l'anonymat. Mais la situation changea quand un magazine réclama pour le public le droit de connaître le véritable nom de celles que la publicité présentait comme la « Vitagraph Girl » et la « Biograph Girl » (d'après leurs firmes respectives). Et quand les fondateurs de la Paramount, installés à Hollywood, établirent leur succès sur le slogan : Famous players in the most famous plays (« Des acteurs connus dans les pièces les plus célèbres »), la vedette de la scène devenait, en tant que catégorie, vedette de l'écran (1914). Les firmes françaises ne furent pas en reste ; il y eut ainsi des « étoiles Pathé ». Le héros du Judex, série de Feuillade, René Cresté, fut peut-être le premier en date à supporter les inconvénients de l'identification de la « star » à ses personnages : il aurait été interpellé dans un café par des spectateurs furieux du comportement de Judex et... acclamé par d'autres pour la même « mauvaise » raison !

À l'exception de quelques vedettes qui n'avaient pour le public d'autre nom que celui de leur personnage, nom qui changeait d'ailleurs lors de l'exportation des films, les acteurs comiques furent parmi les premiers à « se faire un nom » (Max Linder, Charlie Chaplin, Buster Keaton...). Ils furent suivis de près par les premières « femmes fatales » du cinéma : vamps à Hollywood, ou divas dans le cinéma italien. Quant à Douglas Fairbanks, il joua son propre rôle en quelque sorte sous le nom de Doug dans des courts métrages policiers ou farfelus avant d'affronter ses grandes compositions dans les films d'aventures.

Buster Keaton

Photographie : Buster Keaton

L'acteur comique américain Buster Keaton (1895-1966), de son vrai nom Joseph Francis Keaton. 

Crédits : Hulton-Deutsch/ Hulton-Deutsch Collection/ Corbis Historical/ Getty Images

Afficher

En 1920, la personnalisation de la vedette était devenue générale, le nom des interprètes (richement payés) jouait un rôle capital dans la publicité. Mieux encore, c'est à cette époque qu'eurent lieu les premiers essais de typologie des vedettes féminines : à la « femme fatale » s'opposa la « petite fiancée de l'Amérique » (Mary Pickford) au cœur tendre et pur, puis la « flapper », jeune fille délurée, à la limite du libertinage. Les types hollywoodiens engendraient des imitations européennes.

L'industrialisation de Hollywood, qui culmina dans les débuts du parlant (1927) puis de la couleur (1934), eut pour effet de séparer la vedette de la star. Cette dernière, homme ou femme, appartient à un monde passablement fermé, lentement renouvelé, où l'on n'accède qu'en fonction de la place qu'on tient au box-office, c'est-à-dire au « service comptabilité (recettes) » de la firme à laquelle la star est attachée par contrat, puis dans le calcul global de ces recettes, et, finalement, dans le rayonnement qu'on prête à toute l'industrie. Dans le monde déjà assez clos de Hollywood, les stars forment un microcosme suprême, modelé par le talent, la beauté, l'énergie, la chance, très rarement les relations familiales, qui jouent au contraire un grand rôle dans la production (le cas d'Irving Thalberg « imposant » Moira Shearer reste isolé ; celui de David Oliver Selznick, « fabriquant » avec succès Jennifer Jones, appartient à une époque ultérieure, où le système se disloque). Mais sur ce microcosme règnent, outre le pouvoir de l'argent, les caprices de la presse « à potins », l'une des plaies de Hollywood, et, par-dessus tout, les engouements du public, ou plutôt des publics.

Le star system ne consiste pas seulement, comme on le croit parfois, à miser le succès d'un film sur la star ou, plus souvent, les stars qui en sont les vedettes. Il implique la confection assez fréquente de films rassemblant le plus grand nombre de stars d'une même firme, l'effet attractif se multipliant au lieu de se diviser. Cette pratique, héritée du music-hall et du théâtre de Broadway, laissera longtemps l'Europe réticente.

L'importance des stars dans l'industrie hollywoodienne déclinera lentement quand cette industrie sera elle-même obligée de se restructurer, au lendemain de la Seconde  

Guerre mondiale. Certes, nombre de stars continueront et même renouvelleront leur carrière (Bette Davis, Joan Crawford, Gary Cooper, Clark Gable, par exemple) et de nouvelles stars plus ou moins fugitives apparaîtront. C'est l'époque, d'ailleurs, où se forgera en France le mot « starlette » pour désigner ironiquement une jeune actrice désireuse de devenir vedette avant même d'être reconnue comédienne. C'est aussi l'époque où les cinémas européens croiront avoir leurs stars, en dépit du désordre qui caractérise leur production et de l'absence, dans la plupart des pays, d'un vrai « petit monde » du cinéma. (L'imitation la plus approchante des stars de Hollywood serait fournie par l'Italie avec la « trinité » Mangano-Loren-Lollobrigida, si les actrices italiennes n'étaient tenues de mener une vie assez sage, et si le modeste faste de Cinecittà n'était guère orienté vers le « scandale ».) Enfin, depuis les années 1960-1970, il ne subsiste plus que quelques stars au sens plein du terme dans le cinéma américain. Les grandes vedettes ne se sentent plus tenues à des rituels de mondanité (ou au refus admis de ces rituels) qui ont longtemps caractérisé Hollywood. En Europe, l'irruption de comédiens non professionnels ou peu connus submerge les célébrités officielles (là encore, la fidélité du public italien à ses vedettes fait un peu exception). À noter que la plupart des stars du cinéma français, c'est-à-dire les dernières « têtes d'affiche » sur lesquelles on peut « bâtir une affair [...]

Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?, R. Aldrich

Photographie : Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?, R. Aldrich

Joan Crawford (1908-1977) et Bette Davis (1908-1989) dans une scène du film de Robert Aldrich Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? (1962). 

Crédits : Hulton Getty

Afficher

Autant en emporte le vent, V. Fleming

Photographie : Autant en emporte le vent, V. Fleming

Vivien Leigh (1913-1967) et Clark Gable (1901-1960), Scarlett O'Hara et Rhett Butler dans Autant en emporte le vent, une superproduction du cinéma hollywoodien, réalisée par Victor Fleming en 1939. 

Crédits : MoviePix/ Silver Screen Collection/ Getty Images

Afficher

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Médias de l’article

Buster Keaton

Buster Keaton
Crédits : Hulton-Deutsch/ Hulton-Deutsch Collection/ Corbis Historical/ Getty Images

photographie

Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?, R. Aldrich

Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?, R. Aldrich
Crédits : Hulton Getty

photographie

Autant en emporte le vent, V. Fleming

Autant en emporte le vent, V. Fleming
Crédits : MoviePix/ Silver Screen Collection/ Getty Images

photographie

Alain Delon

Alain Delon
Crédits : Hulton Getty

photographie

Afficher les 11 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  STARS ET VEDETTES  » est également traité dans :

ALAGNA ROBERTO (1963- )

  • Écrit par 
  • Pierre BRETON
  •  • 1 585 mots

La carrière de Roberto Alagna accumule tous les poncifs d'un véritable roman-photo. Il n'est donc pas étonnant que le chanteur, rapidement promu au rang de star, étende son public bien au-delà du cercle étroit des amateurs éclairés. Les réserves que suscitent parfois quelques postures théâtrales mal venues, de fréquents abandons aux lucratives séductions du monde de la variété et la mise en scène […] Lire la suite

AUTANT EN EMPORTE LE VENT, film de Victor Fleming

  • Écrit par 
  • Michel CHION
  •  • 951 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Des personnages forts »  : […] Le film présente des personnages énergiques dans des situations dures, avec une héroïne féminine comme en avaient joué Bette Davis et Joan Crawford. Super-production, Autant en emporte le vent est paradoxalement l'un des films les moins lénifiants du cinéma américain classique : les gentils (Melanie, Ashley) sont au second plan, tandis qu'une garce et un trafiquant qui fréquente les mauvais lieux […] Lire la suite

BARDOT BRIGITTE (1934- )

  • Écrit par 
  • Françoise PIERI, 
  • Aldo TASSONE
  •  • 739 mots
  •  • 1 média

Star ou « femme enfant », vamp ou sauvageonne, adulée ou décriée, adorée ou honnie, Brigitte Bardot , dite B.B., a constitué assurément le mythe féminin le plus évident du cinéma des années cinquante. Des ouvrages multiples lui ont été consacrés ; des études signées d'auteurs célèbres comme Simone de Beauvoir, Marguerite Duras ou François Nourissier l'ont choisie pour thème. Elle a battu tous les […] Lire la suite

BOGART HUMPHREY (1899-1957)

  • Écrit par 
  • Christian VIVIANI
  •  • 1 495 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Un aventurier sentimental »  : […] Profitant du passage au cinéma parlant qui valut à plusieurs acteurs de théâtre, familiers de la diction, d'être engagés à Hollywood, Humphrey Bogart part pour la Californie où la Fox lui fait tourner cinq films (dont un avec John Ford). Le fils de grand bourgeois est déjà le mauvais garçon patibulaire, à la démarche nerveuse et au débit de mitraillette, mais il n'impressionne guère et revient à B […] Lire la suite

BOURVIL ANDRÉ RAIMBOURG dit (1917-1970)

  • Écrit par 
  • Robert de LAROCHE
  •  • 892 mots

Sans aucun doute possible, Bourvil a été le plus grand acteur comique de sa génération. Son registre s'étendait à tous les genres, de l'humour bouffon au drame , avec une subtilité qui lui a permis de passer d'un extrême à l'autre en donnant l'impression de rester toujours naturel. Tout au long de sa carrière, il eut, à plusieurs reprises, le courage de ne pas se satisfaire d'un succès trop facile […] Lire la suite

CINÉMA (Aspects généraux) - Histoire

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO, 
  • Jean COLLET, 
  • Claude-Jean PHILIPPE
  •  • 21 828 mots
  •  • 37 médias

Dans le chapitre « Le Nouvel Hollywood »  : […] Il ne faudrait pas cependant se contenter d'une lecture purement économique. Le désir de fiction – le fait n'est pas nouveau – rencontre toujours sur son chemin la production américaine, et le blockbuster n'est pas nécessairement synonyme de « navet ». Des Aventuriers de l'Arche perdue (1981), de E.T. (1982) à La Liste de Schindler (1993), Il faut sauver le soldat Ryan (1998) et Munich (2005 […] Lire la suite

CINÉMA (Réalisation d'un film) - Photographie de cinéma

  • Écrit par 
  • Joël MAGNY
  •  • 4 318 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « La dramatisation de l'image »  : […] C'est autour de 1915 que se généralise la possibilité de recourir entièrement à l'éclairage artificiel. Il n'est guère surprenant, dès lors, que ce ne soit plus sur la côte ouest des États-Unis que se produisent de véritables révolutions en matière de photographie mais plutôt dans des pays moins favorisés par l'ensoleillement, comme les pays nordiques et l'Allemagne. L' expressionnisme allemand f […] Lire la suite

COOPER GARY (1901-1961)

  • Écrit par 
  • Joël MAGNY
  •  • 1 638 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Un héros au naturel »  : […] Frank James Cooper, dit Gary Cooper, est né le 7 mai 1901 à Helena (Montana), où son père, Charles Cooper, fils de fermiers anglais, avait émigré en 1885 et étudié le droit parallèlement à son emploi de mécanicien, jusqu'à devenir juge. Comme son frère aîné Arthur, Frank est envoyé avec sa mère en Angleterre pour ses études. Au retour, il se montre surtout passionné d'art et de dessin. Le succès d […] Lire la suite

CULTURE - Culture de masse

  • Écrit par 
  • Edgar MORIN
  •  • 7 499 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « L'Olympe et le bonheur »  : […] Il y a en fait trois étapes décisives de la culture de masse. La première (19001930 env.) fait de celle-ci avant tout une culture de divertissement-évasion pour publics populaires. Elle est marquée par l'âge du cinéma muet. Celui-ci est l'héritier du roman-feuilleton du xix e  siècle, qui est lui-même l'héritier des légendes et épopées archaïques transcrites dans le cadre réaliste des grandes cité […] Lire la suite

DELON ALAIN (1935- )

  • Écrit par 
  • Joël MAGNY
  •  • 1 622 mots
  •  • 2 médias

« L'histoire du cinéma est remplie de stars, les années passent, elles s'éteignent, on n'en reparle plus. L'art cinématographique est rempli de visages dont certains vivent et marquent l'écran d'une vie singulière. Acteurs, ou au contraire êtres dotés d'une acuité particulière, pourquoi leur nom est-il associé aux chefs-d'œuvre de l'art muet ou parlant ? On a le sentiment étrange qu'ils y sont plu […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Gérard LEGRAND, « STARS ET VEDETTES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/stars-et-vedettes/