SPORT (Histoire et société)Histoire

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De la Renaissance au siècle des Lumières

En dépit de ses hésitations et de ses errements, on peut affirmer que l'esprit de la Renaissance avait sorti le sport de l'indétermination dans laquelle il demeurait plongé au Moyen Âge, sans cependant imprégner aussi profondément la société française qu'il allait le faire en Angleterre : « Vaillance n'est pas la qualité du corps, mais de l'âme – écrit Charron dans son traité De la sagesse (1601) –, fermeté non des bras et des jambes, mais du courage. Roideur de jambes et de bras est qualité de portefaix. »

Cultiver son corps

On se préoccupe ainsi de l'utilité des exercices physiques et des motifs que l'homme peut avoir de cultiver son corps. L'ouvrage de l'Italien Mercurialis (Girolamo Mercuriale), où sont doctement étudiés les exercices des Anciens, fut lu dans toute l'Europe. Ces pages, composées au fil de très longues recherches et publiées en 1569, connurent un succès durable et retentissant. Mercurialis, imprégné des œuvres d'Homère, de Plutarque, de Pindare, écrivit un traité intitulé De arte gymnastica ; réédité en 1573 à Venise, cet ouvrage comprenait d'étonnantes planches gravées, dues à Cristoforo Coriolano, qui illustraient les différents « sports » auxquels l'homme devait se livrer pour atteindre à un harmonieux équilibre. Mercurialis, qui s'était interdit d'écrire en langue vulgaire, ce qui eut empêché toute diffusion hors de la péninsule italienne, rédigea en latin son traité, destiné à tous les lecteurs éclairés de la société occidentale. Le prestige de la Rome antique était alors tel qu'il suffisait d'alléguer son exemple : Mercurialis ne s'en priva point qui s'ingénia à expliquer ce qu'étaient les jeux de paume, de ballon, les exercices violents développant les muscles, tels le pancrace, le pugilat, le grimper à la corde lisse, les haltères, la natation, sans oublier la marche, la course et le lancer du disque. Il sut ainsi célébrer les mérites et les bienfaits du jeu en plein air en s'efforçant de démontrer que maintes maladies pouvaient être évitées ou guéries par le mouvement. Il influença probablement Montaigne dont on rappellera le fameux « éduquer le corps quand l'âme ».

Rabelais avait pour sa part précédé Mercurialis en propageant des doctrines empruntées à la tradition d'Érasme et des grands pédagogues italiens du siècle précédent. L'éducation physique de Gargantua – dont l'un des compagnons se nomme Gymnaste – n'est pas moins soignée que son éducation littéraire : « Tout leur jeu n'était qu'en liberté, car ils laissaient la partie quand leur plaisait et cessaient ordinairement lorsque suaient parmi les corps ou étaient autrement las. Adonc étaient alors essuyés et frottés, changeaient de chemise et doucement allaient se promener » (Gargantua, chap. xxiii). Pourtant, en dépit de cette complémentarité entre l'étude et le sport, parfaitement définie par Montaigne (« Les jeux, même physiques, seront une bonne partie de l'étude »), la France va peu à peu dédaigner ce qu'elle avait pratiqué avec tant de détermination. Ces préceptes tomberont progressivement dans l'oubli au xviie et au xviiie siècle, alors que le sport connaissait un développement foudroyant en Angleterre, puis en Allemagne. Une sorte d'amollissement des âmes et des corps se généralisait, frappant d'abord les hautes classes : seule la chasse subsista. Voltaire expliquera plus tard qu'on intellectualisait les plaisirs au détriment de l'action. Dans le même temps, en Angleterre, la pratique des sports suit une courbe ascendante : ils sont dotés de règles et, tout en concernant au premier chef la haute société, ils ne cessent d'appartenir au peuple.

Le fossé se creuse

Au xviiie siècle, le fossé s'est ainsi creusé entre les deux pays, et la tendance s'est totalement inversée. Les voyageurs étrangers sont frappés par l'activité sportive qui règne outre-Manche – football, lutte, escrime, course et boxe, où le plus ancien titre du sport moderne est attribué, en 1719, à James Figg – au point que Voltaire écrit en 1727, dans ses Lettres anglaises : « Je vis des courses de jeunes gens, de jeunes filles et de chevaux sur le bord de la Tamise à Greenwich, et je me crus transposé aux jeux Olympiques. »

Tandis qu'outre-Manche on codifiait de nombreux sports, que des pairs d'Angleterre mettaient au point les règles du cricket et prenaient part aux mêlées du football, en France on importait le goût des courses de chevaux et des paris. L'éducation oubliait totalement la dimension physique : le « sport » était réservé au « vulgaire », par exemple ces lutteurs de foire dont on se gaussait... Pourtant, Jean-Jacques Rousseau, dans L'Émile, prônait avec chaleur les exercices naturels : « On voit de plus en plus souvent d'hommes sans mouvement ; le pire est que dès les collèges on s'y prépare. Il faudrait des collèges hors des villes, en plein champ. Voyez ceux de Paris : je trouve une cour, point de jardin, point de pré où un air libre vienne rafraîchir les poumons d'une jeunesse bouillante. »

La Révolution tentera d'apporter certains correctifs que Daunou exprima, dès 1790, dans son Plan d'éducation : « Les jours de congé, les élèves seront conduits par leurs gouverneurs en différents ateliers ou manufactures pour y considérer les procédés des arts. Il y aura plusieurs exercices physiques et militaires par semaine. » Mais, après 1815 et la chute de Napoléon, la nation, épuisée, n'avait plus envie de lutter. Les idées encourageant l'éducation physique végètent et, en dépit des efforts d'Amoros, elles ne connaîtront pas, à l'école, de réels prolongements. Dans les autres pays, au contraire, on prit un soin de plus en plus grand de la « machine humaine », travaillant à l'accroissement méthodique de ses forces et de son pouvoir de résistance non sans arrière-pensées nationalistes et belliqueuses parfois.

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Pour citer l’article

Robert PARIENTÉ, « SPORT (Histoire et société) - Histoire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sport-histoire-et-societe-histoire/