SPARTE

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L'archaïsme

Toute l'histoire de la Sparte primitive est dominée par la figure de Lycurgue, un roi à qui l'on attribue l'institution d'une Constitution, la Grande Rhètra, et le partage des terres en lots égaux (klèroi, littéralement : « lots tirés au sort »). Mais ce roi réformateur, autour duquel les Anciens ont beaucoup fabulé, reste, comme ses réformes, entouré du plus grand mystère.

Égaux, périèques et hilotes

La société apparaît divisée en trois classes : les citoyens, les périèques et les hilotes. Les citoyens, ou Égaux, sont dotés chacun d'un klèros mis à leur disposition par l'État (qui reste propriétaire de la terre) : il ne leur est pas permis de s'adonner à l'agriculture, pas plus qu'à l'artisanat ou au négoce. Ils vivent du revenu fixe (apophora) de leur terre, qui leur est fourni en nature par les hilotes chargés de la cultiver pour eux. Le nom d'Égaux ou Pairs (homoioi) qu'ils portent dénote une société égalitaire, mais ses origines restent l'objet des plus vives discussions : l'égalité est-elle originelle, liée au partage de la terre consécutif aux invasions doriennes, ou bien est-elle le résultat de la réforme relativement démocratique de Lycurgue ? On penche plutôt pour la seconde hypothèse qui implique l'existence primitive d'une aristocratie de grands propriétaires fonciers à Sparte comme dans les autres cités de l'archaïsme grec, aristocratie dont les droits auraient été limités postérieurement par la distribution à tous les citoyens des terres de la vallée de l'Eurotas (dite désormais « terre politique », c'est-à-dire terre des citoyens). La véritable occupation des Égaux est la défense de la patrie. À cette fin, ils reçoivent une éducation appropriée, l'agôgè (dressage), comportant essentiellement la gymnastique et le maniement d'armes, qui fait d'eux les robustes hoplites parfaitement disciplinés qui vont peu à peu imposer leur loi à tout le Péloponnèse. Ils mènent une vie communautaire, vivant en caserne jusqu'à trente ans, et demeurent astreints à la pratique quotidienne des repas pris en commun (sissyties) où l'on consomme le détestable brouet noir.

Le poète athénien Tyrtée évoque ainsi leur idéal viril : « Que chacun reste ferme sur ses jambes écartées, qu'il fixe ses pieds au sol, morde sa lèvre de ses dents. Qu'il couvre ses cuisses et ses jambes, sa poitrine et ses épaules sous le ventre de son vaste bouclier. Que sa droite brandisse la forte lance, qu'il agite sur sa tête l'aigrette redoutable » (Élégies).

Les périèques sont des hommes libres qui pratiquent l'élevage, cultivent les terres moins fertiles de la périphérie et se livrent à l'artisanat et aux échanges. Ils administrent eux-mêmes leurs bourgades, sans jouir d'aucun droit politique dans la cité de Lacédémone.

Les hilotes sont des serfs attachés aux klèroi. Leur condition matérielle est sans doute supportable, puisque, une fois la redevance payée au maître, ils peuvent disposer des surplus. Mais ils sont privés de tous droits, méprisés, bafoués, voire massacrés dans les expéditions secrètes (crypties) qui servent à endurcir les jeunes gens.

Une société si rigoureusement divisée est apparemment l'héritage de la conquête dorienne. L'opposition des Égaux et des hilotes est celle des vainqueurs et des vaincus, des Doriens et des Achéens, à cette réserve près que certains Achéens, au prix de luttes farouches, ont réussi à entrer dans la communauté des citoyens. Les périèques, dans cette vue, doivent représenter des Doriens moins doués ou tard venus, qui n'ont pas réussi à s'imposer et ne jouissent que de droits limités.

Une hiérarchie sociale aussi marquée fait l'originalité de Sparte parmi les autres États grecs. Elle autorise l'existence d'un corps de soldats-citoyens, véritables professionnels de la guerre. Mais elle représente aussi une menace constante pour la cité, sur qui les hilotes font peser la crainte d'une révolte généralisée.

La Constitution

La Rhètra est la première Constitution d'une cité grecque que nous connaissions : bien que sa date soit très contestée, il paraît raisonnable de la placer assez tôt, vers le milieu du viiie siècle avant J.-C. Des amendements sont venus plus tard la compléter et, enfin, un rouage nouveau, l'éphorat, y a été ajouté.

Sparte reste une monarchie, fait rare parmi les cités archaïques. Elle a deux rois, appartenant à deux dynasties, dont l'une serait d'origine achéenne. Mais ces rois, largement dotés de privilèges, ne sont guère que des prêtres et des chefs militaires. Ils doivent chaque mois prêter serment de rester fidèles aux lois.

L'ensemble des Égaux forme l'assemblée du peuple, ou apella, qui élit les gérontes et les éphores et délibère sur les affaires publiques, mais elle ne fait guère qu'entériner les mesures qu'on lui propose. Le rouage essentiel est en fait le conseil des anciens, ou gérousia (sénat), composé des deux rois et de vingt-huit gérontes élus parmi les citoyens âgés de soixante ans au moins.

Les cinq éphores (surveillants) sont des magistrats annuels chargés d'assurer le respect des lois et de surveiller l'éducation des enfants et la conduite des rois. Dotés d'immenses pouvoirs occultes, ils veillent strictement au maintien de la Constitution traditionnelle. En outre, ils ne cessent, surtout au vie siècle, d'accroître leurs pouvoirs au détriment des rois.

Cette Constitution permet aux éléments traditionnels de s'imposer dans une cité où l'éducation tend à modeler uniformément tous les citoyens. La gérousia favorise la stabilité, objectif normal d'une gérontocratie. Les éphores exercent un pouvoir absolu pour assurer le respect des lois. Il ne faut pas en déduire que Sparte n'a pas évolué : ces institutions égalitaires représentent certainement un grand progrès par rapport à celles des sociétés aristocratiques nées de la conquête dorienne, et il faut noter que ce progrès a été plus précoce que dans d'autres cités, vraisemblablement parce que la menace des hilotes imposait une organisation communautaire forte qui, tout en laissant sans doute aux aristocrates leurs privilèges, donnait le pouvoir à la masse des Égaux. Mais Sparte s'est ensuite figée dans l'immobilisme, à l'intérieur de ces structures sociales et politiques très rigides.

On voit bien l'ambiguïté de la définition de Sparte comme une aristocratie, donnée par les Grecs eux-mêmes. C'est en fait un État égalitaire où le pouvoir n'est pas réservé aux nobles au détriment des autres citoyens. Mais le corps civique est particulièrement restreint, constitué par une minorité de citoyens qui oppriment une population dépendante très nombreuse (on estime qu'il y avait environ dix hilotes pour un citoyen).

L'expansion dans le Péloponnèse

Tout au long de la période archaïque, Sparte développe un impérialisme puissant, qui prend d'abord la forme de la conquête. La Messénie voisine, peuplée elle aussi de migrateurs doriens, est soumise et ses habitants réduits à la condition d'hilotes. Ce traitement indigne ent [...]

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Pour citer l’article

Pierre LÉVÊQUE, « SPARTE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sparte/