SOPHISTIQUE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La postérité de la sophistique

L'histoire de la philosophie, métaphysique de l'être et du sens, est d'abord platonico-aristotélicienne. C'est dire qu'elle a dû contribuer à mésentendre, circonvenir ou reléguer l'hétérodoxie sophistique.

En premier lieu, on peut facilement montrer que les réévaluations successives qu'a connues la sophistique ne sont, somme toute, que des mises en éloge des dévalorisations primitives : elles consistent à affecter d'un signe positif ce que Platon stigmatise. Ainsi s'explique, par exemple, le caractère paradoxal de quelques positions modernes, qui continuent d'utiliser le terme « sophisme » au sens usuel depuis Platon, tout en proposant une « réhabilitation des sophistes ». Le tour est vite fait. Sur le plan théorique, les sophistes traitent du non-être et des phénomènes ou des accidents : Hegel, dans ses Leçons sur l'histoire de la philosophie, montre combien Gorgias a logiquement raison d'insister sur le non-être de l'être et comment Protagoras inaugure « la réflexion dans la conscience ». Sur le plan pratique, les sophistes platoniciens sont immoraux, préférant la puissance et l'argent : Nietzsche, renversant les valeurs, fait l'éloge de Calliclès, non sans proposer, cette fois à la suite d'un certain Platon, de revenir sur « le cas Socrate » dans toute son ambivalence. Enfin, leur savoir-faire rhétorique si pernicieux est valorisé comme politiquement nécessaire au bon fonctionnement des assemblées de la démocratie, ainsi que le souligne George Grote, et, selon l'analyse de Heinrich Gomperz, comme porteur de normes esthétiques et pédagogiques. Les interprétations plus récentes ne font nullement exception. G. B. Kerferd par exemple, dans The Sophistic Movement, s'étonne que, dans un monde aussi peu platonicien que le nôtre, le rejet de la sophistique demeure si mal questionné. Mais, dans sa propre réinterprétation, il brosse l'image d'une sophistique hyperrationaliste, appliquant « la raison pour poursuivre la compréhension des processus tant rationnels qu'irrationnels » : les sophistes ont final [...]

1 2 3 4 5

pour nos abonnés,
l’article se compose de 11 pages




Écrit par :

Classification


Autres références

«  SOPHISTIQUE  » est également traité dans :

CASSIN BARBARA (1947- )

  • Écrit par 
  • Jean-Baptiste GOURINAT
  •  • 997 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Un langage actif »  : […] Quelle est la force du langage ? L’intuition qui anime son œuvre, c’est que les mots ne sont pas seulement les reflets du monde tel qu’il est, mais qu’ils possèdent aussi une puissance créatrice et sont capables de faire advenir quelque chose, y compris un ciment social. C’est cette dernière conviction qui l’a amenée, à travers un accord international avec le CNRS, à participer à la Commission Vé […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/barbara-cassin/#i_94464

DESCRIPTION

  • Écrit par 
  • Jean-Michel ADAM
  •  • 3 160 mots

Dans le chapitre « Locus amoenus »  : […] Le succès des Caractères de Théophraste correspond à la diffusion, à la fin du xvi e  siècle, des techniques de la seconde sophistique. En 1578, Blaise de Vigenère traduit les Tableaux de Philostrate, sophiste grec du ii e  siècle, qui servent de modè […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/description/#i_94464

ORATEURS ET HISTORIENS, Antiquité gréco-romaine

  • Écrit par 
  • François HARTOG
  •  • 2 587 mots

Dans le chapitre « Éloquence et cité »  : […] « Bon diseur d'avis » et « bon faiseur d'exploits » ( erga ) : tel doit être le héros homérique. Doublement excellent : en paroles et en actions, à la guerre comme à l'assemblée. Devant Troie, à l'assemblée des chefs achéens, chacun, tour à tour, est invité à faire prévaloir son avis ; en passant de main en main, le sceptre royal marque l'inviolabilité de l'orateur et rend vi […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/orateurs-et-historiens-antiquite-greco-romaine/#i_94464

THUCYDIDE (env. 460-env. 400 av. J.-C.)

  • Écrit par 
  • Jacqueline de ROMILLY
  •  • 2 433 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'esprit politique »  : […] Chez Hérodote, la préoccupation politique n'apparaissait qu'au second plan, mêlée à toutes sortes de renseignements, descriptions de pays et de mœurs, légendes et histoires édifiantes. Thucydide, lui, est le produit de cette Athènes démocratique et souveraine où la discussion politique constituait une habitude de tous les jours et la première des activités intellectuelles. Les sophistes avaient e […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/thucydide/#i_94464

Voir aussi

Pour citer l’article

Jacques BRUNSCHWIG, Barbara CASSIN, « SOPHISTIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 juin 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/sophistique/