SOPHISTIQUE

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Les hommes, les actes, les œuvres

Les sophistes nous sont assez mal connus : leurs écrits ont presque tous disparu ; leurs témoins les plus proches et les plus autorisés sont leurs adversaires ; nos informateurs les plus bavards sont des compilateurs tardifs. Dans le champ de ruines qu'est pour nous leur œuvre, quatre figures se dressent avec un relief qui reste saisissant, celles de Protagoras, de Gorgias, de Prodicos et d'Hippias.

Protagoras d'Abdère

À part une légende peu croyable, d'après laquelle il aurait été portefaix et se serait fait remarquer de Démocrite par son art pour nouer le fagot, on sait peu de chose sur la formation de Protagoras (env. 490-env. 420) ; ses origines sont probablement moins humbles. Il eut une immense réputation d'éducateur, savoureusement décrite par Platon dans le dialogue qui porte son nom. Il fut l'ami d'Euripide et celui de Périclès, qui le chargea d'établir les lois de la cité panhellénique de Thourioi, fondée en 444. Une tradition, dont pourtant Platon ne dit mot, veut que son traité sur les dieux, où il faisait profession d'agnosticisme, lui ait valu d'être exilé d'Athènes.

De ses écrits assez abondants, le plus important paraît avoir été celui qu'on désignait sous les titres de Vérité ou de Discours démolisseurs, et qui s'ouvrait sur la phrase fameuse, maître mot de la pensée sophistique : « De toutes choses, l'homme est la mesure : de celles qui sont, qu'elles sont ; et de celles qui ne sont pas, qu'elles ne sont pas. » D'autres titres conservés (Sur les dieux, Sur l'être, Sur la république, Sur la condition primitive de l'homme, Sur les arts, Sur les mathématiques, etc.) étaient peut-être ceux de diverses sections des Antilogies (ou Arguments pour et contre) où il illustrait le principe selon lequel, sur tout sujet, il existe deux arguments opposés. Platon, qui selon certains auteurs anciens aurait plus d'une fois plagié Protagoras, lui donne la parole dans le dialogue homonyme (mythe d'Épiméthée et de Prométhée) et dans le Théétète, où il interprète et critique à fond sa pensée.

Gorgias de Leontinoi

Né en Sicile, Gorgias (env. 483-env. 374) fut, dit-on, l'élève d'Empédocle ; on lui attribue des théories physiques proches de celles de l'Agrigentin. Mais c'est comme technicien de la parole, orateur, improvisateur et styliste, qu'il devint célèbre et immensément riche. Il vint à Athènes en 427, comme ambassadeur de sa cité ; son style insolite fit sensation. Ses discours d'apparat, prononcés dans les grandes festivités de la vie panhellénique, marquent, avec des excès baroques qu'un Isocrate tempérera, les débuts de la prose d'art en Grèce. Plus esthète que Protagoras, moins soucieux que lui de former des citoyens et des chefs politiques, Gorgias trouva aussi le temps, dans sa vie plus que centenaire, d'écrire un surprenant traité Du non-être, ou De la nature, dont il nous reste deux abrégés tardifs, et dans lequel, retournant contre les Éléates une dialectique proche de la leur, il démontrait successivement que rien n'est ; que, même si quelque chose était, l'homme ne pourrait pas le connaître ; et que, même si l'homme pouvait le connaître, le langage ne pourrait pas l'exprimer.

On possède aussi deux échantillons du savoir-faire oratoire de Gorgias : l'Éloge d'Hélène et la Défense de Palamède, où il exhibe sa technique de persuasion et illustre, en réhabilitant des personnages décriés par la légende, le pouvoir quasi magique qu'il attribue au langage. Mentionnons aussi quelques fragments de son Discours olympique et de son Oraison funèbre. Platon, qui lui a consacré un dialogue où il joue un rôle assez falot, paraît le prendre moins au sérieux que Protagoras.

Prodicos de Céos

Plus jeune que Protagoras, Prodicos, né entre 470 et 460, mort après 399, fut peut-être son disciple. Il exerça le métier de sophiste avec grand succès et semble s'être intéressé à la physique et à l'anthropologie. Mais sa spécialité fut la distinction des synonymes et la précision dans l'usage des m [...]

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Pour citer l’article

Jacques BRUNSCHWIG, Barbara CASSIN, « SOPHISTIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sophistique/