SONNETS, William ShakespeareFiche de lecture

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Une peinture de la relation amoureuse

Le recueil adopte une ligne narrative lâche, où on reconnaît les thèmes familiers de la poésie pétrarquiste. Construit comme un diptyque asymétrique, il oppose les figures du jeune homme « blond » ou « beau » (fair youth), qui lui inspire un amour homoérotique, et de la « Dame brune », pour laquelle la passion se fait plus charnelle, voire obsessionnelle. La séquence commence par un ensemble de 17 sonnets assez conventionnels, vraisemblablement de commande, ayant pour thème l'invitation au mariage : le poète commence par encourager un jeune seigneur, manifestement réticent, à se marier pour perpétuer son nom, avant de célébrer le pouvoir qu'a la poésie d'immortaliser son modèle. Thème sur lequel il revient à la fin de la première section, quoique dans une tonalité différente, en mettant symboliquement en scène l'oubli dans lequel tombera le jeune homme coupable de parjure. Les sonnets 18 à 125 marquent une progression dans l'intensité et dessinent toutes les étapes d'une relation amoureuse, du bonheur mutuel à la rupture : là encore, comme dans la poésie néo-pétrarquiste (adressée certes, en principe, à une dame), le poète célèbre la beauté de l'être aimé et son attachement pour le jeune homme ; il alterne entre phases de félicité dans l'amour partagé et de désespoir lorsque s'installent l'incertitude et le doute. Le temps des retrouvailles cède finalement la place à la diatribe. Il revient au sonnet 126 de mettre en scène l'abandon symbolique par le poète du jeune homme au temps qui passe et l'emporte vers la tombe.

La deuxième section, consacrée à la « Dame brune », évoque un amour d'un réalisme presque cru, qui permet à Shakespeare de jouer avec les clichés de la poésie pétrarquiste : « Ma maîtresse a des yeux qui n'ont rien du soleil [...] quand va ma maîtresse, elle a les pieds sur terre » (sonnet 130). Mais le désir peut aussi se faire violent, lorsqu'il est associé au mensonge mutuel et à l'abjection de soi. Shakespeare trouve alors des accents d'une modernité extraordinaire : « Ardeur qui se gaspille en honte ruineuse/ E [...]

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Écrit par :

  • : agrégée d'anglais, ancienne élève de l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, maître de conférences à l'université de Paris-VIII-Saint-Denis

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SHAKESPEARE WILLIAM

  • Écrit par 
  • Henri FLUCHÈRE
  •  • 8 219 mots
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Pour citer l’article

Line COTTEGNIES, « SONNETS, William Shakespeare - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juillet 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sonnets/