SOMESTHÉSIE

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La fonction somesthésique

Les progrès récents des méthodes d'analyse micro-électro-physiologique ont apporté d'importantes précisions sur le fonctionnement des terminaisons nerveuses sensibles cutanées, l'organisation des messages qui en proviennent et les voies nerveuses centrales qu'ils empruntent.

Propriétés générales des récepteurs

Un certain nombre de ces propriétés et des caractères du message sont identiques à ceux d'autres terminaisons.

On peut ainsi établir tout d'abord la notion de seuil : celle-ci signifie que des influx nerveux ne partent dans une fibre venant d'une terminaison somesthésique que si l'intensité du stimulus est suffisante. Ces influx sont déclenchés par une dépolarisation électrique du récepteur lui-même, dépolarisation engendrée par le stimulus (pression, par exemple) et dénommée potentiel-récepteur. Il existe une relation précise entre l'intensité du stimulus et la fréquence des influx émis, celle-ci s'accroissant avec celle-là, le rapport de proportionnalité pouvant d'ailleurs varier assez notablement selon le type de récepteur considéré. Un autre caractère fonctionnel essentiel des récepteurs réside dans la propriété d'adaptation ou d'accommodation de ceux-ci. En réponse à une excitation de durée suffisamment longue, certaines terminaisons peuvent fonctionner durant tout le temps d'application du stimulus (on dit alors que la terminaison « n'accommode pas »), ou au contraire n'émettre des influx nerveux que pendant un bref instant lors de cette application et demeurer ensuite silencieuses (la terminaison est dite dans ce cas « à accommodation importante »). Il a été montré qu'en fait tous les intermédiaires existent entre ces deux types extrêmes. Le plus souvent, le récepteur cutané stimulé répond par une bouffée d'influx de fréquence relativement élevée au moment de l'application du stimulus, puis la fréquence d'émission décroît, mais une certaine activité persiste qui ne s'interrompt qu'avec l'arrêt de l'excitation.

Ces caractères : seuil, potentiel-récepteur, relation entre l'intensité et la fréquence du message, accommodation, sont dans leur ensemble communs à tous les types de récepteurs sensoriels.

Caractères spécifiques

Les récepteurs de la somesthésie présentent en outre nombre de traits particuliers liés à leur spécificité. C'est ainsi que, dans le cas des récepteurs tactiles, la sensibilité de certains peut être très élevée, un déplacement de la peau de 6 à 8 microns étant suffisant pour faire varier leur fréquence d'émission de façon significative.

La possibilité de distinguer spatialement deux stimuli tactiles appliqués au même instant sur la peau est bien connue, et l'on sait que la distance entre les deux points qu'il est possible de discriminer varie en fonction de la localisation de ceux-ci. Cette distance est beaucoup plus grande sur le torse que sur la pulpe des doigts où l'on peut identifier comme distincts deux reliefs séparés de 2,5 mm seulement. Ce pouvoir de discrimination peut d'ailleurs s'élever considérablement si le doigt n'est plus immobile mais balaie la surface de l'objet, ce qui permet alors de percevoir des différences très faibles de rugosité. On s'explique ainsi qu'un aveugle ayant appris le Braille puisse lire jusqu'à 600 lettres par minute, c'est-à-dire plus rapidement qu'un sujet voyant.

D'autres types de mécanorécepteurs encapsulés présentent également une sensibilité remarquable à leur stimulus spécifique. C'est ainsi que les corpuscules de Pacini spécialisés dans la détection des vibrations ont un seuil particulièrement bas pour des oscillations de fréquence comprise entre 250 et 300 Hz, puisqu'un sujet peut percevoir à ce rythme des déformations de la peau qui n'excèdent pas un micron d'amplitude.

La sensibilité kinesthésique consciente informe le sujet sans le secours de la vue sur les positions des différents segments de son propre corps dans l'espace et sur les déplacements articulaires actifs ou passifs ; ce sens révèle aussi une sensibilité discriminative d'une précision et d'une fidélité remarquables. Pour des articulations aussi massives que celles de la hanche ou de l'épaule, un déplacement du bras ou de la cuisse qui ne dépasse pas un degré par seconde est aisément perçu, et ce seuil s'abaisse au dixième de cette valeur pour les articulations des phalanges des doigts. De même, la reproduction d'une angulation déterminée de l'avant- [...]

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Écrit par :

  • : professeur de psychophysiologie à l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie

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Pour citer l’article

Paul LAGET, « SOMESTHÉSIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/somesthesie/