FRANGIÉ SLEIMANE (1910-1992)

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Né en 1910 dans la grosse bourgade chrétienne de Zghorta au nord du Liban, Sleimane Frangié, chrétien maronite, était le fils cadet d'une famille féodale ; il menait l'existence simple d'un chef local connu pour son caractère belliqueux et pour ses qualités de tireur d'élite dans son territoire de Zghorta quand son frère aîné, Hamid Frangié, qu'une brillante carrière politique destinait à la présidence de la République, fut victime d'une attaque cérébrale. Sleimane Frangié prit la relève et entama une carrière politique sur le plan national. Il fut successivement député, ministre puis président de la République.

En juin 1957, Sleimane Frangié dut fuir le Liban et se réfugier en Syrie, après avoir été impliqué dans un incident violent dans l'église paroissiale de Miziara, une localité voisine de Zghorta. Durant son séjour dans la ville de Lattaquié, il rencontra deux jeunes officiers alaouites, Hafez et Rifaat el-Assad. Hafez el-Assad devint son ami et son partenaire au jeu de trictrac. Cette amitié allait dicter à Sleimane Frangié une règle dont il ne devait jamais se départir au cours de toute sa carrière politique : préserver coûte que coûte des relations privilégiées avec la Syrie, ce qui à ses yeux ne contredisait en rien son patriotisme farouche.

Amnistié, il rentra au Liban, où il fut nommé ministre à plusieurs reprises. Il détint successivement les portefeuilles de l'Agriculture, de la Justice, de l'Économie nationale et, en 1968, celui de l'Intérieur.

Le 17 août 1970, il fut élu président de la République par cinquante voix contre quarante-neuf à son concurrent, Elias Sarkis. Les milieux chrétiens accueillirent l'élection de Sleimane Frangié à la tête de la République libanaise avec jubilation, manifestant leur joie en tirant des coups de feu en l'air, car ils voyaient dans ce baroudeur un homme capable de mettre un terme aux exactions croissantes des Palestiniens installés au Liban comme « un État dans l'État ».

La première année du mandat de Sleimane Frangié fut marquée par une certaine prospérité économique, accompagnée d'un rétablissement de l'autorité de l'État. Mais, très vite, ce qui avait commencé dans l'euphorie allait se terminer dans le chaos et la guerre. En 1973, les premiers accrochages eurent lieu entre armée libanaise et Palestiniens. Le président Frangié accepta un règlement de la crise après l'intervention de treize ambassadeurs arabes réunis à Beyrouth. Cependant, près de deux ans plus tard, le 13 avril 1975, la guerre du Liban éclata durant son mandat. Le document constitutionnel que le président Frangié proposait comme solution à la guerre arriva trop tard. Finalement, en 1976, il fit appel aux forces syriennes pour arrêter la poussée de plus en plus irrésistible des forces palestiniennes et de leurs alliés de la gauche libanaise. En 1976, après la fin de son mandat, le président Frangié élut domicile à Naccache, dans la banlieue de Beyrouth.

Affrontements au Liban, automne de 1975

Photographie : Affrontements au Liban, automne de 1975

Violents affrontements dans le centre de Beyrouth, opposant les phalanges chrétiennes aux forces islamo-progressistes dans une quasi-guerre civile (octobre 1975). 

Crédits : Claude Salhani/ Sygma/ Getty Images

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Cependant, au sein du camp chrétien, les rivalités augmentaient, notamment avec la montée en puissance de Béchir Gemayel, fils d'une famille de la petite bourgeoisie beyrouthine. En outre, l'alliance de Sleimane Frangié avec la Syrie et son opposition à Israël créèrent des dissensions dans le camp chrétien. En 1978, Sleimane Frangié fut frappé par un drame personnel. Un raid monté par une fraction des Forces libanaises se termina par la mort de son fils Tony Frangié, de sa belle-fille et de leur fille. Le président Frangié se retira alors dans son fief du Nord, nourrissant une vive rancune contre Béchir Gemayel, qui fut assassiné à son tour en 1982.

En 1983, le président Frangié se fit remarquer par sa fermeté aux conférences interlibanaises de Genève et de Lausanne, qu'il fit échouer car il les jugeait contraires aux intérêts de sa communauté maronite. En 1988, il se porta à nouveau candidat à l'élection présidentielle avec l'appui de la Syrie. Cependant, il rencontra l'opposition à la fois de ses rivaux chrétiens et des États-Unis. Il en résulta une vacance du pouvoir et l'entrée en fonctions du général Aoun, auquel le président Frangié ne fut pas insensible malgré l'opposition du premier à la Syrie.

Le président Sleimane Frangié est décédé le 23 juillet 1992, à l'âge de [...]

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  • : professeur à l'université Notre-Dame-de-Louaizé, Liban, président de l'École nationale d'administration-Liban

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Dans le chapitre « La nouvelle guerre civile »  : […] La guerre de l'été de 1982, l'occupation israélienne et la présence armée syrienne attisent une nouvelle guerre civile, plus meurtrière encore que celle de 1975, sur un fond de crise générale avec enlèvements et attentats. La critique s'amplifie non seulement contre les négociations et l'accord avec Israël, mais aussi contre les liens entre le président Gemayel et les Forces libanaises qui se con […] Lire la suite

Pour citer l’article

Georges LABAKI, « FRANGIÉ SLEIMANE - (1910-1992) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sleimane-frangie/