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Les restes humains

Les deux crânes les plus complets, Xuchang 1 et Xuchang 2, ont été retrouvés fragmentés (respectivement en 26 et 16 morceaux) et dispersés dans une zone circonscrite au sein de la couche 11. L’absence de distorsion postérieure au dépôt a permis une reconstruction manuelle de ces deux individus. Xuchang 1 est représenté par une grande partie de la voûte crânienne et une portion de la base du crâne, tandis que Xuchang 2 préserve la partie postérieure de la boîte crânienne avec l’occipital (base du crâne) et la zone tympanique des temporaux (parties latérales du crâne). Trois pièces additionnelles représentent autant d’individus supplémentaires, étant donné leur impossibilité d’association avec Xuchang 1 et 2.

Crâne de Xuchang 1

Photographie : Crâne de Xuchang 1

Cette reconstruction virtuelle montre le crâne humain de Xuchang 1 en vues antérieure (A), latérale droite (B), postérieure (C), supérieure (D), latérale gauche (E) et inférieure (F). Les parties en jaune représentent les fragments conservés du crâne. Les parties grisées indiquent des... 

Crédits : Xiujie Wu

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La numérisation des crânes par micro-tomodensitométrie a permis une étude comparative poussée de leur morphologie avec notamment l’analyse des structures du labyrinthe osseux de l’oreille interne. Il en ressort que les crânes de Xuchang présentent une morphologie dite en mosaïque qui les distingue à la fois des formes plus anciennes découvertes en Chine (Homo erectus) et des premiers hommes modernes (Homo sapiens) plus tardifs. Ils semblent se rapprocher par certains traits des individus néandertaliens européens, notamment en ce qui concerne la conformation de leur oreille interne ou la morphologie de leur occipital, mais ils s’en éloignent également si on considère le volume crânien ou la forme de leur arcade sourcilière. En effet, l’estimation du volume endocrânien de Xuchang 1 (environ 1 800 cm3) se situe à la limite supérieure de la variabilité des Néandertaliens et des hommes modernes ; et leur torus supra-orbitaire (saillie osseuse située au-dessus de l'orbite et au-dessous du front) est assez gracile si on le compare aux Néandertaliens et aux premiers représentants africains d’Homo sapiens.

Si la forme générale du crâne de Xuchang 1, caractérisée par une voûte basse et large, indique une continuité avec les ancêtres eurasiatiques du Pléistocène moyen, la présence de traits distinctifs propres aux Néandertaliens (espèce non encore retrouvée en Asie de l’Est) chez ces spécimens suggère des interactions fortes entre l’Europe et l’Asie durant le Pléistocène moyen et le début du Pléistocène supérieur. Les crânes de Xuchang ne sont pas les premiers à suggérer l’existence d’une continuité d’échanges génétiques dans l’est de l’Eurasie. Bien que plus fragmentaires, les restes humains de Xujiayao, venant du bassin du Nihewan au nord de la Chine (site localisé à plus de 800 km au nord de celui de Lingjing), possèdent des caractéristiques similaires. Ils présentent des affinités nettes avec les Néandertaliens, mais témoignent également d’une mosaïque de traits parfois plus proches des Homo erectus ou des Homo sapiens que des Néandertaliens, ne permettant pas une attribution claire à un de ces trois groupes.

Dans le débat actuel sur l’origine et l’évolution des populations humaines en Asie, on ne peut ignorer la présence en Sibérie, dans la grotte de Denisova, de quatre séquences d’ADN ancien extraites sur des fossiles humains très fragmentaires, datés du Pléistocène supérieur, qui identifient un nouveau groupe humain, frère des Néandertaliens européens, les Dénisoviens. Ces deux groupes auraient divergé génétiquement au cours du Pléistocène moyen. Cependant, l’absence actuelle de données paléogénétiques sur les fossiles chinois et la difficulté de faire un portrait physique des Dénisoviens sur la base des quatre fragments fossiles découverts (une phalange et trois dents qui appartiennent à autant d’individus différents d’après l’analyse de l’ADN) restreignent les tentations d’associer ces fossiles chinois à ce groupe paléogénétique. Seule la découverte de nouveaux restes fossiles et leur étude morphométrique intégrée (prenant en compte la morphologie globale des individus et pas seulement celle de certaines parties anatomiques) permettront d’améliorer la compréhension encore très partielle que nous avons de l’évolution humaine durant le Pléistocène moyen et supérieur dans cette vaste partie du monde, témoin des grandes dispersions et diversifications humaines hors d’Afrique.

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Écrit par :

  • : paléoanthropologue, chargée de recherche au CNRS, université de Bordeaux, UMR De la préhistoire à l'actuel (culture, environnement et anthropologie)

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Pour citer l’article

Isabelle CREVECOEUR, « LINGJING SITE ARCHÉOLOGIQUE DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/site-archeologique-de-lingjing/