SIGNORET SIMONE (1921-1985)

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Le choix de l'engagement

Étonnant parcours que celui de cette femme qui fut l'une des rares comédiennes françaises à atteindre une stature internationale. Rarement vedette de l'écran aura été plus populaire. Pourtant, Simone Signoret a toujours récusé l'étiquette de « star », encore plus celle de « monstre sacré ». Peut-être fut-elle davantage que cela : une sorte de conscience critique, qui jugea avec intransigeance l'histoire et cette gauche française qu'elle s'était choisie pour famille, au café de Flore, à l'âge de vingt ans. En effet, c'est là, après un bref détour par le secrétariat de Jean Luchaire, journaliste collaborationniste et directeur de Nouveaux Temps où elle entre par hasard (elle a été engagée en tant que sténo-dactylo par l'intermédiaire de sa fille, la comédienne Corinne Luchaire), qu'elle est « née », comme elle dit. « Ou plutôt, ce que je suis aujourd'hui, c'est quelqu'un qui est né un soir de mars 1941 sur une banquette du café de Flore, boulevard Saint-Germain, Paris VIe. Dans les contes de fées, il y a des citrouilles qui vous déposent au Flore, chez des princes, qui sont beaux, intelligents, doués, généreux, drôles et pauvres. Quelle chance j'ai eue ! À partir du Flore, j'avais vécu dans un milieu dit „de gauche“ et m'y trouvais très bien. J'étais le type même de „l'intellectuelle de gauche“ avec ce que cela comporte d'un peu ridicule, mais aussi de généreux. »

Liée aux frères Prévert et au groupe Octobre, Simone Signoret n'a cessé de s'engager pleinement. En 1950, notamment, elle figure parmi les signataires de l'Appel de Stockholm pour l'interdiction de l'arme atomique, sans se soucier de l'impact que ce choix aura sur sa carrière : « On se disait : „C'est dommage, on ne verra jamais Broadway, on ne verra jamais danser Fred Astaire, on ne rencontrera jamais Henry Fonda, on ne saura jamais comment c'est fait, Hollywood, ni le Golden Gate, ni le pont de Brooklyn, on ne connaîtra jamais tout ce que le cinéma américain a pu représenter pour tous les gens de notre génération et de notre métier.“ Mais c'était à ce niveau-là. Avec bonne humeur, on avait fait une croix dessus... » Dix ans plus tard, aux côtés des Duras, Sautet, Resnais..., elle signera le Manifeste des 121, appelant à l'insoumission pendant la guerre d'Algérie.

Cependant, aux dogmatismes, Simone Signoret préfère les coups de cœur et d'indignation vécus au côté d'Yves Montand qu'elle a épousé – après avoir divorcé d'Yves Allégret –, à la suite d'une rencontre à Saint-Paul-de-Vence, en 1949. Elle l'accompagnera lors de sa fameuse tournée en U.R.S.S. au lendemain de l'entrée des chars russes à Budapest. Au cours d'un mémorable dîner avec Khrouchtchev, ils lui feront part de leurs critiques, évidement en vain. Et ce n'est pas un hasard si – alors qu'ils avaient pris soin de conduire leur carrière séparément – Simone Signoret tourne, aux côtés de Montand, dans L'Aveu de Costa-Gavras, en 1973 ; de même, peu présente au théâtre (Dieu est innocent, pendant la Seconde Guerre mondiale ; Les Petits Renards de Lillian Hellman qu'elle a traduit elle-même, en 1962 ; un malheureux Macbeth qu'elle interpréta en anglais à Londres, en 1966), elle marque l'histoire de la scène lorsqu'elle devient la partenaire de Montand, en pleine guerre froide, dans Les Sorcières de Salem, d'Arthur Miller. La création a lieu le 17 décembre 1954, à Paris, au théâtre Sarah-Bernhardt (l'actuel Théâtre de la Ville). Marcel Aymé a signé l'adaptation du texte et Raymond Rouleau la mise en scène. « Une ligne maîtresse, au cours des répétitions, était le rappel constant des formes d'intolérance que nous autres Français avions pu constater sous l'Occupation [...]. La mise en scène de Raymond Rouleau, c'était aussi une formidable imagerie politique. Bien sûr, la référence aux Rosenberg était elle aussi constante. Nous étions dix-sept sur le plateau et je crois que très peu avaient une conscience politique. [...] La générale fut un triomphe [...] Moi, j'avais passé mon examen de passage cinéma-théâtre avec la mention bien. Pas le prix d'excellence... » En 1957, Raymond Rouleau adaptera sa mise en scène au cinéma, avec les mêmes acteurs, mais dans une adaptation de Sartre. Cette fois, le succès ne sera pas au rendez-vous. Truffaut, dans Arts, critiquera un film « solennel et sans grâce ».

Faut-il voir dans ces choix l'effet de souvenirs d'enfance placés sous le signe de l'exil et de la persécution ? Sans doute. Juif, le père de Simone Signoret a dû fuir l'Allemagne nationale-socialiste, puis la France occupée, s'engageant à Londres dans les Forces françaises libres ; et si Yves Montand s'est retrouvé à Marseille, c'est parce que ses parents avaient été contraints de quitter l'Italie d'avant guerre pour cause de dictature mussolinienne. Pourtant, si les déceptions ont marqué Yves Montand au point de le pousser à brûler ce qu'il a tant adoré, elles n'ont jamais réussi à détourner Simone Signoret de la route qu'elle s'était tracée. Qu'elle ait convoyé des vivres en Pologne, soutenu le syndicat Solidarité, assisté au procès de Pierre Goldmann, ou qu'elle ait pris position dans l'affaire de L'Affiche rouge, film qui, à propos de la chute du groupe de résistance Manouchian, met en cause l'attitude du Parti communiste français pendant la guerre, Simone Signoret se voulut sans ambiguïté, avec la même ferveur entière et sincère. Une femme combattante des droits et des hommes, actrice et témoin de son temps. « La dernière des justes », disait d'elle Marcel Bluwal.

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  • : journaliste, responsable de la rubrique théâtrale à La Croix

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Didier MÉREUZE, « SIGNORET SIMONE - (1921-1985) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/simone-signoret/