POLKE SIGMAR (1941-2010)

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Figuratif / Abstrait

Les motifs que Sigmar Polke s'approprie à partir de 1962-1963 sont tributaires d'une prospérité économique retrouvée – Socken (Chaussettes, 1963), Kekse (Biscuits, 1964), Würstchen (Saucisses, 1964) – et stigmatisent un confort petit-bourgeois ouest-allemand auquel ce peintre au cynisme corrosif tend un miroir à peine déformé. La société dépeinte par Polke est une société en perte de repères et qui ne semble plus distinguer l'essentiel de l'accessoire. Tout est placé sur un pied d'égalité, à l'image des œuvres complètes de Goethe, dont les élégantes tranches en cuir servent de motif à une œuvre de 1963 (Goethes Werke). Vidé de sa substance, le corpus de Goethe dont le caractère répétitif des volumes n'est pas sans évoquer la démultiplication des saucisses et autres biens de consommation, devient pour Polke un signe parmi d'autres venant alimenter une mythologie où, en cohérence avec un principe du pop art, le high et le low, le sacré et le trivial, coïncident tout naturellement.

Son travail à partir du grain de l'impression mécanique, qui se transforme chez lui en un signe à la frontière de l'abstraction et de l'ornementation (Tisch, 1963 ; Ries, 1964 ; Girlfriends, 1965-1966), incite Polke à intégrer de « véritables » matériaux reproductibles et « sériels », notamment des tissus industriels. Dès lors, les tissus pré-imprimés vont servir aussi bien de support à des interventions picturales et manuelles que de patterns géométriques. Les tableaux produits durant cette période – Das Palmen-bild, 1964, Lampionblumen, 1966, Lila-Form, 1967 – résistent à ce titre à toute classification. Ils sont tour à tour, voire simultanément, abstraits et figuratifs, et démontrent que Polke, au même titre que son ami et bientôt rival Richter, ne saurait se plier à la bipolarité chère aux modernistes.

Ce qui caractérise les œuvres de Polke dès la seconde moitié des années 1960 tient à leur capacité à interroger l'image à « l'ère de sa reproductibilité technique », pour reprendre le titre de l'essai de Benjamin, et à mettre à nu la vulnérabilité et la précarité d'un m [...]


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Écrit par :

  • : maître de conférences en histoire de l'art contemporain à l'université de Valenciennes, critique d'art, commissaire d'expositions

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RICHTER GERHARD (1932- )

  • Écrit par 
  • Erik VERHAGEN
  •  • 2 306 mots
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Dans le chapitre « Le réalisme capitaliste »  : […] Indépendamment de ce premier virage stylistique, l'année 1962 coïncide dans la trajectoire de Richter avec la mise en place d'un collectif de circonstance réunissant les artistes Konrad Lueg, Manfred Kuttner et Sigmar Polke, également étudiants à la Kunstakademie de Düsseldorf. La rencontre avec Lueg (le futur galeriste Konrad Fischer) est la plus déterminante. C'est lui qui initie l'« incult […] Lire la suite

Pour citer l’article

Erik VERHAGEN, « POLKE SIGMAR - (1941-2010) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 mai 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/sigmar-polke/