SHIN-KOKIN-SHŪ (1205)

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Huitième des anthologies japonaises officielles, le Nouveau Recueil [de waka] de jadis et naguère (Shin-kokin [waka] shū, ou Shin-kokin-shū) fut composé sur l'ordre de l'ex-empereur Go-Toba, qui avait en 1201 rétabli le Bureau de la poésie du palais, et qui révisa lui-même le texte du recueil, achevé en 1205. Divisé en vingt livres, il contient 1 980 poèmes de 396 auteurs, sans compter les anonymes. Sur ce nombre, 101 poètes seulement sont cités pour la première fois dans le Shin-kokin-shū, tous les autres figurant déjà dans l'un ou l'autre des recueils antérieurs, y compris le Man.yō-shū. Il semble donc que les compilateurs, dont le plus connu est Fujiwara Teika, aient voulu procéder à une sorte de révision des valeurs, en choisissant des pièces, anciennes ou modernes, qui correspondaient au goût de leur temps. Un conflit surgit du reste entre Go-Toba et Teika : ce dernier avait critiqué la révision effectuée par l'empereur et fut, de ce fait, tenu en disgrâce quelque temps. Trente ans plus tard, Go-Toba, dans son exil de l'île d'Oki, établira de sa main un manuscrit dans lequel il ne retiendra que 1 600 pièces.

Pour être relativement peu nombreux, les auteurs contemporains sont par contre les mieux servis : 94 poèmes du moine Saigyō, 92 du moine Jien, 79 de Fujiwara no Yoshitsune, 73 de Fujiwara no Toshinari (ou Shunzei, père de Teika et compilateur du septième recueil officiel, le Senzai-shū), 49 de la princesse Shikishi (la tante de Go-Toba), 46 de Teika, 33 de Go-Toba, etc. La postérité semble avoir largement ratifié ce choix, dont la valeur est confirmée par la lecture des « recueils privés » (Kashū) de ces poètes. C'est le cas en particulier pour Saigyō, que l'on tient généralement pour le plus grand des poètes classiques du Japon.

Toutes les pièces du Shin-kokin-shū sont des tanka (31 syllabes). 270 d'entre elles sont composées selon le procédé dit honka-dori (variation) que Teika recommandait à Sanetomo : il consiste à reprendre des fragments d'un poème connu et à les intégrer dans un contexte nouveau de façon à obtenir un sens tout à fait différent, les réminiscences du premier devant produire dans l'esprit du lecteur une série de « résonances ». Cet artifice, dont seuls quelques très grands poètes (et précisément Sanetomo) surent user avec bonheur, rend bien compte du goût sophistiqué de l'époque, qui se traduit d'autre part par un souci extrême de la forme, la recherche de l'épithète à double sens, la préciosité, l'expression contournée avec une tendance à l'obscurité.

—  René SIEFFERT

Écrit par :

  • : professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales

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FUJIWARA NO TEIKA ou SADAIE (1162-1241)

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  • René SIEFFERT
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Poète japonais. Infatigable, en dépit d'une santé toujours chancelante, Teika a laissé une œuvre immense : un journal tenu pendant cinquante-six ans, à partir de sa dix-neuvième année, le Meigetsu-ki  ; quelque quatre mille tanka (poèmes de trente et une syllabes), des renga , des poèmes en chinois (dans son journal) ; des traités […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/fujiwara-no-teika-ou-sadaie-1162-1241/#i_47178

Pour citer l’article

René SIEFFERT, « SHIN-KOKIN-SHŪ (1205) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 juin 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/shin-kokin-shu/