SEXE ET GENREEnseigner les études sur le genre au lycée

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À l'origine du débat : deux pages abordant identités et orientations sexuelles

Le chapitre « Féminin, masculin » du manuel Hachette consacre deux pages à la question de l'identité et de l'orientation sexuelles. En citant plusieurs études de sciences sociales, l'ouvrage présente des thèses selon lesquelles l'identité sexuelle serait « déterminée par la perception subjective que l'on a de son propre sexe et de son orientation sexuelle ». Celle-ci serait à la fois le fruit d'une « construction de l'esprit » et d'attributs sexuels « influencés par les attentes de la société et les normes culturelles ». Le manuel met l'accent sur le poids de la socialisation, des normes sociales, du « contexte socio-culturel ». Ceux-ci entreraient en interaction avec les données biologiques pour construire, à partir du sexe biologique d'un individu (mâle ou femelle), une identité sexuelle progressivement acquise. Un encadré est consacré à une longue citation du Manuel de sexologie (2007) de Patrice Lopes : « Le sexe biologique nous identifie mâle ou femelle, mais ce n'est pas pour autant que nous pouvons nous qualifier de masculin ou de féminin. » Le manuel introduit l'idée d'une identité sexuelle « en débat », évoquant les notions d'intersexualité et d'hermaphrodisme (difficulté à identifier le sexe biologique d'une personne), pour aborder ensuite la transsexualité (conviction profonde d'un individu d'appartenir à un sexe opposé à celui de son anatomie).

Affiche de J. Howard Miller (1943)

Photographie : Affiche de J. Howard Miller (1943)

Cette célèbre affiche de 1943 encourageait les femmes américaines à travailler dans l'industrie de l'armement, où les bras masculins manquaient. Plusieurs millions d'entre elles occupèrent des postes jusque-là réservés à des hommes, comme l'avaient fait des centaines de milliers... 

Crédits : National Museum of American History/ Smithsonian Institution

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Enfin, l'ouvrage envisage la question de l'orientation sexuelle. Il explique que le désir affectif et sexuel peut porter sur des personnes du même sexe, du sexe opposé ou « indistinctement sur l'un ou l'autre sexe » (homosexualité, hétérosexualité, bisexualité). Là encore, le poids de la société est fondamental, car « les facteurs affectifs et cognitifs, et surtout le contexte culturel, ont une influence majeure sur la sexualité ». Dans une présentation qui ne porte aucun jugement sur ces sexualités, le manuel Hachette met l'accent sur les difficultés affectives et psychologiques rencontrées par les jeunes qui, au moment de l'adolescence, découvrent une homosexualité qui les expose à l'incompréhension de leur entourage et de la société. Les auteurs soulignent la nécessité d'un cadre juridique permettant le respect de la sexualité des individus, quelle que soit leur orientation sexuelle.

Le manuel Hachette fut la principale cible des débats, les deux autres éditeurs, Hatier et Bordas, ayant adopté une présentation plus succincte, donnant une large part à une approche biologico-physiologique de la question. Bordas ne dédie que quelques lignes à l'idée qu'une identité sexuelle puisse être liée à une identité de genre et à « un conditionnement social ». Suivent une description de la transsexualité, puis un paragraphe consacré à l'orientation sexuelle qui, de son côté, relèverait « totalement de l'intimité des personnes », de la sphère privée. Hatier consacre lui aussi quelques lignes à la question de la construction sociale des orientations sexuelles, en affirmant simplement que « hommes et femmes peuvent aussi se distinguer par des caractéristiques comportementales. Notre société a aussi des codes dans ce domaine et ils peuvent avoir une influence ». Si l'identité sexuelle « est en principe bien définie [...] d'un point de vue biologique (anatomique et physiologique) », l'orientation sexuelle « ne dépend pas de caractères chromosomiques ou anatomiques, mais relève de l'intimité et des choix de vie ».

Sans manifester de zèle particulier sur la question, Hachette insiste donc plus que ses deux concurrents sur le rôle de la société dans la formation des identités sexuelles. Il s'attarde davantage également sur la question de la révélation des orientations sexuelles, fréquemment vécue avec difficulté par des adolescents découvrant leur homosexualité sous le regard parfois réprobateur de leur entourage. Est ainsi évoquée la question de la souffrance provoquée par la stigmatisation sociale, dont les autres manuels ne parlent pas. Hachette interprète donc le programme de septembre 2010 en soulignant le rôle de l'environnement social, ce que n'impliquait pas nécessairement la formulation officielle, assez vague et sans référence aux analyses du « genre ». Les enseignants étaient seulement [...]

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Écrit par :

  • : maître de conférences en sciences politiques à l'université de Rennes-I, Centre de recherches sur l'action politique en Europe (U.M.R. 6051)

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Pour citer l’article

Christine GUIONNET, « SEXE ET GENRE - Enseigner les études sur le genre au lycée », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sexe-et-genre-enseigner-les-etudes-sur-le-genre-au-lycee/