SEUILS ÉCONOMIQUES

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Principes économiques et seuils

L'adaptation théorique de l'étude économique doit se faire aussi bien sur le plan des méthodes d'analyse que sur celui des grandes conceptions d'ensemble, par exemple celles qui concernent l'équilibre, la croissance, les liaisons macro-microéconomiques ou l'économie généralisée, pour ne mentionner que quelques-uns des cas les plus importants.

Rôle dans l'analyse économique

L'appareil d'analyse habituel en économie politique ne traduit pas la discontinuité – il en est ainsi du marginalisme et des « lignes d'indifférence » dans leur acception traditionnelle – ou la traduit de manière insuffisante, et c'est le cas de la théorie des jeux (cf. théorie des jeux). D'ailleurs, ces approches se schématisent soit en lignes continues dans le cas de la marge ou des courbes d'indifférence, soit en matrices, qui n'indiquent pas l'importance de la discontinuité entre les diverses situations, pour la théorie des jeux.

L'analyse par seuil est beaucoup plus concrète que l'analyse à la marge ; par exemple, un entrepreneur saura clairement quand les salaires tombent au-dessous du seuil minimal : des mouvements ouvriers l'en avertiront. Il ne saura guère, par contre, quand il atteint les valeurs marginales, et les fluctuations des prix, des salaires et de la productivité l'empêcheront, dans la pratique, de savoir quel est l'ouvrier marginal, le dernier qu'il a encore intérêt à embaucher. On marque parfois cette différence entre seuil et marge pour la signalisation, en disant que le seuil est une limite où il se passe quelque chose, tandis que la marge est une limite purement conceptuelle. L'analyse par seuil est donc plus pratique que l'analyse traditionnelle, et, de plus, elle peut être exprimée en général par des moyens mathématiques relativement simples, par exemple des fonctions linéaires comportant des discontinuités ou encore que l'on dit « définies par morceaux ».

Renouvellement des idées d'équilibre et de croissance

L'équilibre économique, tel qu'on le trouve exposé par les économistes les plus classiques comme L. Walras, repose essentiellement sur les quantités et les prix des marchandises et des services. D'où les équations qui balancent exactement des quantités égales, par exemple l'offre et la demande à un prix déterminé. On ne se préoccupe pas de savoir si ce prix provoque des tensions d'ordre psychologique ou social. L'équilibre de seuil, ou équilibre total, est fondamentalement différent : c'est un équilibre qui existe non pas sur le seul point de jonction de deux lignes, mais dans une zone située entre un seuil supérieur et un seuil inférieur. Il en est ainsi des salaires pour lesquels, nous l'avons vu, il existe un « plancher » psychologique et un « plafond » dû à des contraintes de productivité économique. À l'intérieur de la zone limitée par les seuils, les tensions ne déterminent pas de trouble ; au-delà, elles dépassent le point où elles deviennent dangereuses. Les seuils d'équilibre sont donc plus riches de signification que les « équivalences » traditionnelles : ils traduisent tout un contexte psychosociologique. Ils permettent donc de meilleures prévisions. Même si la Russie atteignait dans certaines années du début du xxe siècle un équilibre de type traditionnel, les tensions existantes montraient qu'elle se trouvait loin de l'équilibre total, or cette seconde forme d'équilibre était la plus significative.

Après la statique des équilibres, les seuils permettent de mieux comprendre la dynamique de la croissance. Les principales étapes du développement sont séparées par des seuils. Le seuil de départ, ou de «  décollage » (W. W. Rostow), sépare le sous-développement des phases suivantes, il se situait vers 150-250 dollars de produit intérieur brut par tête en 1962. Les seuils de modernisation (P.-L. Reynaud) viennent ensuite : vers 500 dollars, où l'on entrait dans la société préindustrielle, et vers 1 500 dollars pour la société industrielle. Le passage de ces seuils est fréquemment marqué par des remous de tout genre. Les théories de psychologie économique (P.-L. Reynaud) ont montré comment les besoins variaient brusquement en nature et en intensité quand on franchissait un seuil. Assurer les besoins vitaux suffisait à beaucoup de consommateurs des pays sous-développés, mais, dans les phases suivantes, les désirs de confort (« avoir plus »), puis les b [...]

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Pour citer l’article

Pierre-Louis REYNAUD, « SEUILS ÉCONOMIQUES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/seuils-economiques/