SCIENTIFIQUES ET LOBBIES INDUSTRIELS

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Communiquer la science

L'indignation qu'on peut ressentir à l'égard de ces savants qui semblent trahir l'« idéal » scientifique est-elle justifiée ? Compte tenu de l'importance de la place de la science dans nos sociétés modernes, le scientifique se doit d'être impartial, sa parole ne pesant qu'en fonction de la confiance qu'on lui accorde. Il doit se protéger des préjugés communs, des préventions politiques, partisanes et religieuses – une neutralité dont se targuent les scientifiques eux-mêmes lorsqu'ils affirment détenir la vérité. Des affaires ont régulièrement remis en cause la neutralité des scientifiques (ou même leur capacité à détenir la vérité), notamment lorsqu'ils sont sollicités en tant qu'experts et qu'ils n'agissent qu'en fonction d'intérêts plus ou moins occultes – sans même évoquer l'eugénisme ou leur participation à l'élaboration d'armements sans cesse plus destructifs. En définitive, notre étonnement devant les manipulations commises par des scientifiques n'est sans doute dû qu'à notre naïveté, parce que nous croyons cette neutralité possible.

En réalité, les scientifiques impliqués dans ces prises de position « sceptiques » sont critiquables non pas parce qu'ils ont trahi cet idéal de neutralité largement imaginaire, mais parce qu'ils ont commis des fautes réelles : mensonge, manipulation délibérée, attaque personnelle, utilisation pernicieuse des médias, diffusion de fausses informations. Ils sont « coupables » non pas parce qu'ils ont des opinions contraires au courant dominant, mais parce qu'ils trichent délibérément.

Ces manipulations à grande échelle ne sont possibles que grâce à la communication de masse (planétaire) et, aussi, à la profonde méconnaissance du fonctionnement réel de la science par le public. Le format des informations imposé par les médias revient à réduire la complexité du travail scientifique : il gomme notamment la notion de consensus scientifique ou en fait une simple question d'opinion. Or la science n'est pas une opinion qu'on partage ou non en fonction de ses convictions personnelles, c'est une œuvre collective dont les mécanismes de validation sont élaborés par l'ensemble des scientifiques. Le tabac comme cause du cancer ou le réchauffement climatique ne sont plus, depuis longtemps, des objets de discussions au sein des communautés scientifiques. Les doutes qui subsistent portent uniquement sur des détails (les mécanismes précis de l'origine du cancer chez les fumeurs ou l'importance du réchauffement climatique) : or ces débats de spécialistes n'ont pas la moindre chance d'intéresser les grands médias. Apprendre à comprendre la science et son fonctionnement est donc une tâche essentielle, ne serait-ce que pour éviter qu'un petit groupe de scientifiques partisans et semeurs de doute ne puissent faire leur œuvre néfaste.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par :

  • : docteur en sciences de l'environnement, historienne des sciences et de l'environnement, chercheuse associée au laboratoire SPHERE, CNRS, UMR 7219, université de Paris-VII-Denis-Diderot

Classification

Voir aussi

Pour citer l’article

Valérie CHANSIGAUD, « SCIENTIFIQUES ET LOBBIES INDUSTRIELS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/scientifiques-et-lobbies-industriels/