SCIENTIFIQUES ET LOBBIES INDUSTRIELS

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Communiquer la science

L'indignation qu'on peut ressentir à l'égard de ces savants qui semblent trahir l'« idéal » scientifique est-elle justifiée ? Compte tenu de l'importance de la place de la science dans nos sociétés modernes, le scientifique se doit d'être impartial, sa parole ne pesant qu'en fonction de la confiance qu'on lui accorde. Il doit se protéger des préjugés communs, des préventions politiques, partisanes et religieuses – une neutralité dont se targuent les scientifiques eux-mêmes lorsqu'ils affirment détenir la vérité. Des affaires ont régulièrement remis en cause la neutralité des scientifiques (ou même leur capacité à détenir la vérité), notamment lorsqu'ils sont sollicités en tant qu'experts et qu'ils n'agissent qu'en fonction d'intérêts plus ou moins occultes – sans même évoquer l'eugénisme ou leur participation à l'élaboration d'armements sans cesse plus destructifs. En définitive, notre étonnement devant les manipulations commises par des scientifiques n'est sans doute dû qu'à notre naïveté, parce que nous croyons cette neutralité possible.

En réalité, les scientifiques impliqués dans ces prises de position « sceptiques » sont critiquables non pas parce qu'ils ont trahi cet idéal de neutralité largement imaginaire, mais parce qu'ils ont commis des fautes réelles : mensonge, manipulation délibérée, attaque personnelle, utilisation pernicieuse des médias, diffusion de fausses informations. Ils sont « coupables » non pas parce qu'ils ont des opinions contraires au courant dominant, mais parce qu'ils trichent délibérément.

Ces manipulations à grande échelle ne sont possibles que grâce à la communication de masse (planétaire) et, aussi, à la profonde méconnaissance du fonctionnement réel de la science par le public. Le format des informations imposé par les médias revient à réduire la complexité du travail scientifique : il gomme notamment la notion de consensus scientifique ou en fait une simple question d'opinion. Or la science n'est pas une opinion qu'on partage ou non en fonction de ses convictions pe [...]


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Écrit par :

  • : docteur en sciences de l'environnement, historienne des sciences et de l'environnement, chercheuse associée au laboratoire SPHERE, CNRS, UMR 7219, université de Paris-VII-Denis-Diderot

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Pour citer l’article

Valérie CHANSIGAUD, « SCIENTIFIQUES ET LOBBIES INDUSTRIELS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/scientifiques-et-lobbies-industriels/