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Quel bilan pour la science ?

Il semble raisonnable que la science fasse périodiquement un retour sur elle-même et se livre à une réflexion sur sa nature. La science a rendu de grands services à l'humanité au cours du xxe siècle. Elle a permis de satisfaire nos besoins alimentaires, d'améliorer notre santé et d'éradiquer des maladies ; elle nous a délivrés de tâches ardues et répétitives ; elle a révolutionné nos modes de transport, nos systèmes de communication et nos industries, même si les fruits de ces progrès n'ont pas été répartis assez équitablement dans le monde. Force est de dire aussi que le mauvais usage qui a parfois été fait des connaissances scientifiques a été, au cours du xxe siècle, la cause de certaines des pires épreuves que l'humanité ait connues. Néanmoins, rares sont ceux qui iraient jusqu'à nier que le bilan, dans son ensemble, soit positif. Cependant, si l'on s'accorde presque universellement à reconnaître que la science est le moteur du développement socio-économique, les efforts déployés par beaucoup de pays (et de régions) dans le domaine scientifique restent souvent en deçà du minimum jugé souhaitable.

Un fossé qui ne cesse de se creuser

Le tableau que l'U.N.E.S.C.O. dresse de la science à la fin du xxe siècle dans son Rapport mondial sur la science met en évidence un déséquilibre persistant. Plus de 80 p. 100 des activités de recherche-développement (R-D) restent concentrées dans un tout petit nombre de pays industrialisés. Un soutien et un engagement accrus en faveur de la science s'imposent donc de toute urgence, notamment de la part des administrations nationales. En sa qualité d'institution spécialisée des Nations unies, l'U.N.E.S.C.O. exhorte sans relâche les pays en développement à s'efforcer sans plus tarder de dépasser l'actuel état des choses pour constituer des communautés scientifiques viables, durables et indépendantes, en augmentant les investissements qu'ils consacrent à la R-D de 0,05 p. 100 de leur produit intérieur brut (P.I.B.) par an pour atteindre au minimum 0,4 p. 100 d'ici à 2005 par exemple. En même temps, les États du Tiers Monde pourraient envisager d'affecter à la science et à la technologie, et ce dans un très proche avenir, au moins 3 p. 100 de l'assistance qu'ils reçoivent au titre du Programme des Nations unies pour le développement (P.N.U.D.). De nombreux gouvernements comptent encore trop sur l'aide extérieure pour leurs activités scientifiques – les investissements étrangers représentent de 60 à 70 p. 100 du financement total de la R-D dans plusieurs pays africains, en majorité subsahariens –, aussi toute injection de fonds devrait-elle être assortie d'une ferme volonté des administrations nationales de fixer un but précis et valable aux activités scientifiques. Faute d'agir rapidement, le retard dont souffrent leurs États s'aggravera irrémédiablement.

Production scientifique

Tableau : Production scientifique

Production scientifique. Ce tableau présente la production de R-D (recherche-développement) mesurée par le nombre de publications scientifiques et de dépôts de brevets, indexé sur le P.I.B. pour l'ensemble du monde afin d'obtenir la moyenne mondiale. Les indicateurs présentés sont le... 

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Investissement régional dans la science

Dessin : Investissement régional dans la science

Investissement régional dans la science. Engagement des principaux groupes régionaux, en 1994, en faveur de la science en termes de dépenses intérieures de recherche-développement (D.I.R.D.) et de leur rapport au produit intérieur brut (P.I.B.). L'Amérique du Nord compte pour 37,9 p.100 de... 

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Tant que ce déséquilibre et cette faiblesse des investissements persisteront, l'exode des compétences continuera de peser comme une menace permanente sur la plupart des pays en développement, notamment en Afrique. Depuis une dizaine d'années, quelques pays d'Asie et d'Amérique latine connaissent un renversement de cette tendance, et ce « reflux des compétences » leur est bénéfique, car les personnes qualifiées qui reviennent dans leur pays d'origine apportent l'expérience qu'elles ont acquise à l'étranger ; on estime toutefois que dans l'hémisphère Sud environ 30 000 titulaires de doctorat n'habitent ni ne travaillent dans leur pays de naissance – ce qui constitue une perte énorme pour ces États. À l'aide des nouvelles technologies de la communication, des pays en développement tentent actuellement de mobiliser le potentiel de leurs chercheurs expatriés au moyen de réseaux électroniques et institutionnels reliant leur diaspora scientifique à leurs communautés nationales de chercheurs, mais le problème classique posé par la perte du personnel scientifique persiste encore dans maints pays du Tiers Monde.

La science dans le village planétaire

La mondialisation – phénomène récent engendré par la fin de la guerre froide et les progrès technologiques dans le domaine de l'information et de la communication – entraîne actuelleme [...]

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Pour citer l’article

Federico MAYOR, Evry SCHATZMAN, « SCIENCES - Sciences et société », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sciences-sciences-et-societe/