SCEPTICISME

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Signification du scepticisme ancien

Données historiques

Le fondateur du scepticisme grec est Pyrrhon (fin du ive s. av. J.-C.). Il n'a laissé aucun écrit philosophique. Né à Élis, petit bourg du Péloponnèse, il y vécut d'abord comme peintre, puis se convertit à la philosophie, principalement sous l'influence d'Anaxarque, un abdéritain, en compagnie duquel il suivit Alexandre le Grand lors de la campagne d'Asie. De retour à Élis, il fonda une école philosophique qui lui valut une grande réputation auprès de ses concitoyens. Il vivait pauvrement et simplement en compagnie de sa sœur, Philista, qui exerçait le métier de sage-femme. Son historiographe tardif, Antigone de Caryste, a exprimé en langage anecdotique l'indifférence d'âme, l'impassibilité et la maîtrise de soi qui étaient les siennes. Il eut pour élève Timon, auteur de plusieurs ouvrages en vers et en prose : les Silles (ou Regards louches ; le verbe « sillaniser » signifie désormais : « se livrer à une critique acerbe »), les Images ; un dialogue, le Python (jeu de mots sur Pyrrhon ?) ; deux traités en prose Sur les sensations et Contre les physiciens. Mais son œuvre n'est que très fragmentairement connue.

L'école sceptique connaît une éclipse qui équivaut à une disparition. Une certaine forme de scepticisme est alors pratiquée par les néo-académiciens : Arcésilas (première moitié du iiie s. av. J.-C.), scolarque de la moyenne Académie, et Carnéade (fin du iiie s., début du iie s. av. J.-C.), chef de la nouvelle Académie.

Ensuite, l'école renaît grâce à l'activité d'Ænésidème dont l'œuvre est très bien connue, mais dont la vie l'est tellement peu que l'on hésite sur l'époque où il vécut (fut-il contemporain de Cicéron ou vécut-il un siècle plus tard ?) et le lieu où il enseigna (Alexandrie ?). Après lui, la figure la plus marquante est celle d'Agrippa, de la carrière duquel on ne connaît rien, sinon les cinq arguments que lui attribue Diogène Laërce. Vient ensuite Sextus Empiricus, le grand historien du scepticisme, dont on ne sait pas non plus quand et où il a vécu (entre le début du iie s. et la seconde moitié du iiie s. apr. J.-C., sans doute en Grèce, quoiqu'il paraisse connaître assez bien, outre Athènes, Alexandrie et Rome). Il appartenait à l'école empirique, le mot « empirique » étant presque synonyme de médecin. Cette école avait été remise en honneur par le médecin Ménodote de Nicomède, disciple d'Antiochus de Laodicée. L'histoire du scepticisme ancien s'achève au iiie siècle.

Divergence des traditions

Le scepticisme grec est bien connu, principalement par le témoignage de Sextus Empiricus, dont les ouvrages exposent en détail l'intention et les arguments. À peu près à la même époque, Diogène Laërce consacre une part importante du livre IX de ses Vies à l'école pyrrhonienne. Ensuite, Eusèbe de Césarée (début du iiie s.) rapporte, dans sa Préparation évangélique (xiv, 18), un assez long témoignage relatif à Timon et conservé par un péripatéticien de Messène, Aristoclès, qui était presque son contemporain. On voit donc que les sources relatives au scepticisme ancien sont extrêmement tardives, puisque la doctrine n'en a été fixée que cinq siècles plus tard.

Les sources latines comptent un chapitre des Nuits attiques d'Aulu-Gelle (début du iie s. apr. J.-C.) qui utilise Favorinus, Gaulois d'Arles, contemporain d'Hadrien, et qui maintient une distinction entre sceptiques et académiciens.

Reste Cicéron. Comme souvent, Cicéron est notre source la plus ancienne en matière d'histoire de la philosophie antique. De même que l'exposé de Caton dans le De Finibus constitue le plus ancien exposé d'ensemble du stoïcisme, de même les Académiques et, à un degré moindre, les Tusculanes contiennent un certain nombre d'informations relatives aux aspects moraux du pyrrhonisme et aux aspects épistémologiques de la philosophie académique. Mais il faut limiter l'importance du témoignage de Cicéron pour trois raisons. D'abord, il est, bien que le plus ancien, déjà lui-même fort tardif. D'autre part, Cicéron ne connaît pas le mot grec σκεπτικ́ος, pas plus qu'il n'use du mot latin scepticus (non classique) ; donc il ne saurait envisager vraiment le scepticisme. Enfin, il parle surtout d'Arcésilas et de Carnéade, [...]

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Pour citer l’article

Jean-Paul DUMONT, « SCEPTICISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/scepticisme/