SAXE (histoire)

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La Saxe électorale (XVe-XVIIe s.)

Bien que le margraviat de Meissen ait beaucoup souffert des guerres contre les hussites au temps de Frédéric le Querelleur (1381-1428), ces guerres entraînèrent un changement décisif. En 1423, pour remercier Frédéric de l'avoir soutenu contre les hussites, l'empereur l'investit de la dignité électorale en lui inféodant le duché de Saxe-Wittenberg, détenteur de celle-ci. Ce duché était redevenu fief d'Empire quand la branche wittenbergeoise des Ascaniens s'était éteinte. Le duché de Saxe-Wittenberg était la partie orientale du vieux duché saxon des Billung, qui avait connu sous Lothaire de Supplinburg et sous Henri le Lion un accroissement territorial considérable. En 1180, après la chute de Henri, les terres occidentales (les diocèses de Cologne et de Paderborn) étaient échues à l'archevêché de Cologne sous le nom de duché de Westphalie. Les terres orientales étaient revenues en tant que duché de Saxe à Bernard d'Anhalt, un Ascanien. En 1260, les héritiers de Bernard partagèrent encore une fois cet ensemble, qui fut divisé en deux duchés, la Saxe-Lauenbourg et la Saxe-Wittenberg. Frédéric, nouveau prince électeur, donna le nom de Saxe à l'ensemble du territoire qu'il administrait. C'est sous son règne, en 1409, que fut fondée l'université de Leipzig, qui devint bientôt l'une des plus importantes universités allemandes. Aux épreuves apportées par les guerres hussites vinrent s'ajouter les pertes occasionnées par la guerre civile qui ne cessa d'opposer, de 1446 à 1451, les deux frères Frédéric le Placide (1428-1464) et Guillaume. Les fils de Frédéric, le prince électeur Ernest (1464-1486) et le duc Albert, se partagèrent en 1485 les possessions des Wettiner. Les héritiers d'Ernest reçurent la Saxe-Wittenberg et la dignité de prince électeur, la Thuringe et une grande partie du Vogtland.

La branche albertine hérita du cœur du pays autour de Meissen, de la région de Leipzig et de quelques bandes de terre en Thuringe septentrionale.

L'attitude qu'adoptèrent les princes saxons à l'époque de la Réforme influença de manière décisive l'histoire de l'Allemagne. Le prince électeur Frédéric le Sage, qui avait fondé l'université de Wittenberg (1502) où travaillait Luther, encouragea la nouvelle doctrine, comme le fit aussi son successeur Jean le Constant (1525-1532). Par contre, le duc Georges, descendant d'Albert (1500-1539), fut un adversaire implacable de Luther. Il fallut attendre sa mort pour que la Réforme pût pénétrer dans la Saxe albertine. Le prince électeur Jean-Frédéric (1532-1547) fut avec Philippe de Hesse l'un des chefs de la ligue de Smalkalde, parti des princes protestants : il dut renoncer, après la défaite de Mühlberg que leur infligèrent les troupes de l'empereur Charles Quint, à sa dignité électorale au profit de Maurice, de la branche albertine, qui avait soutenu l'empereur. La principauté électorale albertine née de la capitulation de Wittenberg se maintint jusqu'en 1815. La guerre de Trente Ans dévasta une grande partie de la Saxe. De 1631 à 1635, cette dernière fut l'alliée de la Suède, mais très vite le prince électeur Jean-Georges Ier (1611-1656) se tourna vers l'empereur : en conséquence, la Saxe fut soumise aux déprédations des troupes suédoises. Si les ruines dues à la guerre furent assez rapidement réparées, entre-temps le Brandebourg avait supplanté la Saxe et était devenu la principale puissance parmi les États protestants d'Allemagne. Dans les traités de Westphalie, c'est le Brandebourg qui obtient le contrôle de l'archevêché de Magdebourg sécularisé, dont il deviendra l'incontestable possesseur en 1680. Cette possession vaut au Brandebourg et à la Prusse d'exercer une influence prépondérante dans la vallée moyenne de l'Elbe. Frédéric-Auguste Ier (Auguste le Fort, 1694-1733) prôna l'absolutisme dans ses États. Alors qu'il était Électeur de Saxe, l'occasion lui fut offerte en 1696 de devenir roi de Pologne. Il fut élu en 1697 contre le candidat du roi de France. Il dut se convertir au catholicisme, mais il ne modifia pas son comportement à l'égard de ses sujets saxons luthériens. Comme il n'existait aucun lien territorial entre ses terres situées en Saxe et la Pologne, il était difficile d'imaginer que la monarchie polonaise pût devenir héréditaire dans la famille de Saxe. Pourtant avec l'aide de la Russie, en 1733, son fils, Frédéric-Auguste, obtint de lui succéder, mais à la mort de celui-ci, en 1763, la Pologne et la Saxe furent définitivement séparées. Le ministre d'État, le comte Brühl, avait entraîné la Saxe dans la guerre de Sept Ans. Alliée à la France et à l'Autriche, la Saxe fut le théâtre des opérations, et son argent permit à la Prusse de financer une grande partie de ses dépenses de guerre.

Malgré la politique malheureuse que menèrent Frédéric-Auguste Ier et son fils, Dresde, résidence des princes saxons, devint l'une des plus belles villes de toute l'Allemagne. L'art baroque allemand est intimement lié aux constructions de Dresde : le Zwinger de M. D. Pöppelmann, avec les statues de B. Permoser, la Frauenkirche de G. Bähr et la Hofkirche de C. Chiaveri. À la pinacothèque et à la Grünes Gewölbe furent constituées de riches collections. Après que Böttger eut découvert la porcelaine, une manufacture était créée à Meissen, qui joua non seulement un grand rôle économique mais produisit aussi des objets d'une haute qualité artistique. Leipzig, qui, par ses privilèges de 1497 et 1507, avait droit de tenir des foires, devint alors la plus importante place commerciale de l'Allemagne.

Nymphe (détail), B. Permoser

Photographie : Nymphe (détail), B. Permoser

Balthasar PERMOSER, Nymphe (détail), grès. Zwinger, Dresde, Allemagne. 

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Sous le règne de Frédéric-Auguste III, qui fut très long (1768-1827), l'économie saxonne fit des progrès considérables. De nouvelles branches d'activités apparurent, comme le tissage du coton, l'impression des indiennes et surtout la bonneterie avec le tissage des bas et des chaussettes. Ce développement fut très influencé par la présence des émigrés français. En 1765 fut fondée l'École des mines (Bergakademie) de Freiberg pour permettre une meilleure exploitation des abondantes ressources minières de l'Erzgebirge. Son rôle fut effectivement très important. En 1785, l'Électeur Frédéric-Auguste III devint membre du Fürstenbund, alliance des princes allemands. Puis, en 1806, Saxons et Prussiens furent anéantis à Iéna par les troupes françaises. La même année, la Saxe concluait la paix de Posen avec Napoléon : elle entrait dans la Confédérat [...]

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Nymphe (détail), B. Permoser

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Écrit par :

  • : attaché de recherche à l'institut historique allemand, Paris

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Pour citer l’article

Klaus STOCK, « SAXE (histoire) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/saxe-histoire/