TCHERNIKHOVSKY SAÜL (1875-1943)

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Un « Athénien hébreu »

Alors que Haïm-Nahman Bialik, le chantre national tout imprégné des traditions ancestrales, vivait au sein de la dense population juive de la « Petite Russie » où l'on suivait strictement les prescriptions religieuses (et cela dans un paupérisme endémique), Saül Tchernikhovsky, lui, venait d'un tout autre milieu. Il est né à Mikhaïlovsk, village de la Crimée méridionale dont le climat rappelle à la fois la Grèce et la Judée. Ses parents, relativement aisés, étaient les descendants des colons juifs installés dans la luxuriante campagne de la presqu'île depuis de nombreux siècles. Sans oublier leur origine, ils vivaient en bonne intelligence avec leurs voisins, les Tatares. Aussi le jeune et impétueux Saül se gorgeait-il de soleil et de la beauté du site. Deux savants lituaniens, qui s'étaient installés dans cette attrayante région, lui donnèrent le goût de l'hébreu. À douze ans, il écrivait déjà des poèmes dans la langue des prophètes. Trois ans plus tard, on l'envoya étudier à Odessa où s'était constitué un centre hébraïque qui accueillit le nouveau venu.

C'est là qu'il est saisi par le démon de la poésie. Tchernikhovsky chante, en hébreu, des thèmes qui, par leur licence, ne sont guère familiers à la langue sacrée. Il se montre fort peu soucieux des doctrines officielles du judaïsme.

À Odessa, il s'applique, en outre, à l'étude du français, de l'allemand et de l'anglais, au point qu'il arrive à lire, dans le texte, Goethe, Shelley, Alfred de Musset. Comme il désire entrer à la faculté des sciences naturelles, il lui faut aussi apprendre le grec et le latin dont il profitera grandement plus tard.

Ayant opté pour la médecine, il se rend à Heidelberg où, tout en étudiant, il continue à écrire en puisant largement aux sources païennes. Il y célèbre les mérites des filles et des vins rhénans, comme il avait vanté ceux des filles tatares. Se considérant comme un Athénien hébreu, enhardi par le cadre romantique et subissant l'influence de ses maîtres allemands, il écrit un poème, « Devant la statue d'Apollon », qui fait sensation et... scandale :

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  • Valentin NIKIPROWETZKY, 
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Dans le chapitre « La renaissance : pogroms et sionisme »  : […] Deux événements vont marquer la littérature hébraïque entre 1880 et 1917 : les pogroms de Russie (1881...) et l'apparition du mouvement des Amants de Sion avec le sionisme politique et culturel. L'ambition déçue de la Haskala, réussir l'émancipation des juifs et en faire des Européens (de confession ou d'origine juive), cède la place à une volonté inébranlable de réussir l'« auto-émancipation » ( […] Lire la suite

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Isaac POUGATCH, « TCHERNIKHOVSKY SAÜL - (1875-1943) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 février 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/saul-tchernikhovsky/