SARCOPHAGE

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L'épithète sarkophagos, qui signifie « mange-chair », était attribuée aux animaux carnivores et à certaines divinités, telle Hécate. Par une dérivation curieuse, elle semble s'attacher un jour à la pierre d'Assos en Troade, dont la particularité est de consumer rapidement les corps. En fait, le nom de sarcophage paraît désigner dans l'Antiquité tous les réceptacles funéraires, indépendamment de leur matière et de leur forme. Actuellement, ce terme désigne une cuve plus ou moins allongée, fermée par un couvercle mobile. Le type primitif de ces cuves semble avoir été réalisé dans un tronc d'arbre creusé, mais les œuvres conservées sont en pierre, en terre cuite ou en bronze.

Sarcophage momiforme, Akhmim, Égypte

Photographie : Sarcophage momiforme, Akhmim, Égypte

Sarcophage en bois peint provenant d'Akhmim, Haute-Égypte. Époque ptolémaïque. Vers 250 avant J.-C. British Museum, Londres. 

Crédits : Bridgeman Images

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À l'époque archaïque, la cité grecque de Clazomènes en Asie Mineure paraît avoir été un important centre de production de sarcophages en terre cuite dont le décor, fait de motifs inspirés du répertoire oriental, s'apparente à celui de la céramique. La nécropole royale de Sidon, au Liban, a livré de nombreux sarcophages réalisés en pierre, généralement en marbre (conservés au Musée archéologique d'Istanbul), dont l'étude permet de conclure qu'il s'agit vraisemblablement de pièces commandées par des Orientaux à des artistes grecs qui, après les grands travaux du Parthénon et à la suite de la guerre du Péloponnèse, sont partis ou repartis à la périphérie du monde grec pour trouver du travail. Le Sarcophage du satrape, le plus ancien de la série, est antérieur à ~ 450. Il est décoré d'une scène en relief représentant une chasse à la panthère. Ce thème de la chasse n'apparaîtra dans les autres documents de l'art grec qu'au cours du ~ ive siècle, alors qu'il semble faire partie de l'iconographie orientale courante, de même que la scène d'hommage qui s'y trouve également sculptée. Le Sarcophage des pleureuses, exécuté environ un siècle plus tard, fut certainement destiné au roi de Sidon, Straton, mort en ~ 358. Les pleureuses sont placées dans les travées de la colonnade ionique suivant le schéma du Monument des Néréides de Xanthos, en Lycie. Le Sarcophage d'Alexandre, sculpté pour le dernier roi de Sidon, Abdalonymos (~ 333-~ 311), achève, s'il en est besoin, de démontrer la dépendance de la série sidonienne par rapport au répertoire oriental. La forme générale est celle d'un temple dont les riches moulurations sont proches de celles de Didymes. Sur les quatre côtés de la cuve, sur le couvercle, se distribuent des scènes de chasse et de bataille au schéma très dense où s'opposent des personnages vêtus à la grecque et à la perse. Tous ces sarcophages, comme les œuvres de la grande plastique du ~ ive siècle, étaient peints. Leur décoration sculptée se déroule sur les quatre faces et les différencie par là de la multitude des sarcophages d'époque romaine (le côté lissé était appuyé à la paroi de la tombe), ornés de reliefs sur un ou trois côtés seulement, à moins qu'ils ne s'inspirent toutefois des modèles grecs.

Sarcophage dit d'Alexandre le Grand

Photographie : Sarcophage dit d'Alexandre le Grand

Sarcophage dit d'Alexandre le Grand, 333-311 av. J.-C. Marbre blanc. Hauteur : 1,45 m, largeur : 2,86 m, profondeur : 1,18 m. Ce sarcophage servit de sépulture à un roi de Sidon. Découvert en 1887 dans la nécropole de Sidon. Musée archéologique, Istanbul, Turquie.  

Crédits : Bridgeman Images

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Les sarcophages romains peuvent être classés en trois catégories principales selon leur ornementation. Le premier type possède un relief de guirlandes plus ou moins riches, retenues par des bucranes, tel le Sarcophage d'Actéon (musée du Louvre) ; cette œuvre, qui date de la première moitié du iie siècle, représente toutefois une élaboration plus poussée de son décor : des figures allégoriques et des scènes champêtres viennent combler les zones vides. Les sujets mythologiques constituent la deuxième catégorie. D'autres sarcophages sont ornés de thèmes marins, d'autres de cortèges dionysiaques. D'inspiration nettement grecque, ces sarcophages se romanisent cependant par la présence dans une coquille du portrait du défunt ou de la défunte. Une dernière catégorie de décor se rapporte à la vie réelle, liée à des degrés divers à des allusions mythologiques d'influence hellénistique. Les différents sarcophages romains évoquent la brièveté de la vie ou associent le défunt en une sorte d'héroïsation à un grand sujet mythologique, ou bien encore idéalisent les qualités d'un personnage et de son époque. Parfois même, ces trois thèmes principaux peuvent être illustrés sur les différentes parties d'une même œuvre. L'iconographie païenne demeurera très vivace dans la sculpture des sarcophages chrétiens de la fin du iiie siècle et de la première moitié du ive siècle. Elle sera particulièrement en vogue à l'époque de la Renaissance et durant le [...]

Sarcophage d'Actéon, art romain

Photographie : Sarcophage d'Actéon, art romain

Sarcophage à guirlandes et scène illustrant le mythe de Diane et d'Actéon. Vers 130 après J.-C. Art romain. Marbre. Musée du Louvre, Paris. 

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Sarcophage momiforme, Akhmim, Égypte

Sarcophage momiforme, Akhmim, Égypte
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Sarcophage dit d'Alexandre le Grand

Sarcophage dit d'Alexandre le Grand
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Sarcophage d'Actéon, art romain

Sarcophage d'Actéon, art romain
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  • : archéologue, rédacteur en chef de la Revue archéologique, ingénieur du C.N.R.S., Institut de recherche sur l'architecture antique, Centre de documentation photographique et photogrammétrique

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Pour citer l’article

Martine Hélène FOURMONT, « SARCOPHAGE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sarcophage/