PETÖFI SÁNDOR (1823-1849)

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« L'instinct est mon guide »

Fils d'un aubergiste de campagne et d'une servante, Petőfi, né à Kiskőrös, eut une enfance et une adolescence assez mouvementées. Lorsque, en 1842, son premier poème fut publié dans une des principales revues littéraires de Hongrie, il avait déjà fréquenté une douzaine d'écoles, son père l'avait renié, il s'était engagé dans l'armée et en avait été renvoyé, et s'était essayé au métier d'acteur. Il mit un terme à ses vagabondages en 1844, lors de son engagement comme éditeur assistant du magazine littéraire Pesti Divatlap (La Revue de mode de Pest). Il était déjà tenu pour un des jeunes poètes les plus doués du moment, et son premier recueil, Versek (Poèmes), fut publié cette même année. Les meilleurs poèmes de Versek sont déjà tout à fait dégagés du mal du siècle et du maniérisme de l'époque ; ils relatent avec naturel et sincérité ses propres expériences. Il utilise la forme de la poésie populaire pour révéler la vie et les conceptions du peuple sur les relations humaines et sur les grands problèmes. Ses tableaux des différents types de vie villageoise, Puszta, sont tous peints de main de maître et brossés en quelques traits. Ils plaisent par leur spontanéité qui charme encore le lecteur. En 1844 paraît également Le Marteau du village (A helység kalapácsa), poème épique en quatre chants, qui est, en réalité, une parodie d'épopée : tout le prouve, le style aussi bien que les formules descriptives particulières à l'épopée. Le poème n'est pas écrit en hexamètres car, comme La Plaisanterie musicale de Mozart, à laquelle il ressemble sur bien des points, il se moque des exécutions ridicules et des conceptions ineptes, non seulement dans le langage où le sublime est associé au plus grossier pathos, mais aussi dans la construction maladroite et dans l'action continuellement ralentie par des apostrophes, des descriptions et des digressions inutiles. Le Helység kalapácsa a été inspiré par un débat littéraire : il s'agissait de savoir si l'épopée était une chose périmée ; mais le poète dépasse le problème particulier et fait une satire sur le faux sublime et sur l'incompatibilité entre le style et le sujet.

C'est toujours en 1844 que Petőfi écrivit son chef-d'œuvre de poésie narrative, Jean le Preux (János vitéz). Ce poème raconte l'histoire d'un enfant trouvé, un petit berger appelé Jancsi Kukorica (parce qu'il avait été trouvé dans un champ de maïs – kukorica, en hongrois). Jancsi est amoureux d'Iluska, orpheline comme lui, dont la belle-mère est aussi cruelle que le beau-père de Jancsi. Mais, ayant négligé son troupeau, Jancsi est chassé de la maison et, après un adieu pathétique aux siens, il s'en va de par le monde. En cet endroit, le récit se partage, comme il arrive fréquemment dans les contes populaires, entre un monde naturel et un monde surnaturel. Chez Petőfi, ces deux mondes se rejoignent sans effort, car il a compris que des transitions trop concertées nuiraient au récit. L'unité du réel et du fantastique est aussi naturelle que la réalité subconsciente où sont associés les désirs, les pensées et l'absurde. Le lecteur comprend que les épisodes et les personnages du poème sont les symboles du subconscient collectif des paysans hongrois. Dans János vitéz, l'unité artistique est due à deux thèmes, celui de l'amour constant que János voue à Iluska et celui de la persévérance du héros, qui, pour atteindre son but, triomphe à la fois des difficultés croissantes venant de l'extérieur et de la dépression, du découragement qui le guettent. Son désespoir ne se traduit jamais dans des actes, et le simple bon sens des petites gens lui évite de tomber dans l'abstraction. János vitéz est la meilleure expression du genre populiste dans la littérature hongroise.

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Dans le chapitre « Trois prospecteurs de génie »  : […] Trois poètes règnent successivement pendant plus d'un demi-siècle sur le cœur et l'esprit des lecteurs hongrois. Mihály Vörösmarty (1800-1855) est l'auteur de poèmes lyriques et épiques dont la musique et le fonds spirituel peuvent se comparer aux chants de Hugo, de Vigny, de Shelley et de Hölderlin ; son Appel ( Szózat ) au peuple hongrois, devenu chant national à côté de l'hymne de Kölcsey, exp […] Lire la suite

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Lorant CZIGANY, « PETÖFI SÁNDOR - (1823-1849) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sandor-petofi/