SALAMMBÔ, Gustave FlaubertFiche de lecture

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Un roman-opéra

Tâche bien difficile en effet que celle de faire revivre une ville et une civilisation que Rome a si bien détruites qu'il n'en reste quasiment pas de traces. Pourtant, mû par un « toupet exorbitant », Flaubert va, pendant des mois, « se livrer par l'induction à un travail archéologique formidable ». Il se plonge dans Polybe, Appien, Hérodote, Pline l'Ancien ou la Bible. Il hante les bibliothèques, traquant toutes sortes d'ouvrages érudits, anciens ou modernes. En 1858, il se rend en Tunisie sur les ruines de Carthage, afin de repérer précisément les lieux de l'action. Bref, il s'emploie à engranger les données qui, dès l'incipit, doteront sa narration des apparences du plus parfait réalisme : « C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar. »

Toutefois, l'objectif de Flaubert est non seulement de ressusciter des faits historiques et leurs décors, mais aussi de recréer des mentalités, des manières de penser et de sentir. Avec le personnage de Salammbô, fille du suffète Hamilcar, vierge vouée au culte de la déesse Tanit, c'est la femme orientale et ses sortilèges qu'il veut peindre. Quand Mathô, qui va être le chef des mercenaires, l'aperçoit, il en est aussitôt comme possédé. Pour briser cet envoûtement, il s'introduit dans le sanctuaire de Tanit afin de dérober le voile sacré de la prêtresse. Venue au cœur du camp ennemi pour le reprendre, alors que la révolte a éclaté et que les Carthaginois ont essuyé une défaite, Salammbô se livre à Mathô dont l'image peu à peu l'obsède. Lorsqu'elle voit celui-ci, une fois les Barbares anéantis, se faire lyncher par les Carthaginois, son cœur s'arrête : « Ainsi mourut la fille d'Hamilcar pour avoir touché au manteau de Tanit. »

En marge de la narration historique, c'est donc une intrigue de nature « opératique », qu'on pourrait rapprocher de celle de Norma ou d'Aïda, que développe Flaubert. L'écrivain tira d'ailleurs de son roman un livret qu'il souhaitait proposer à Berlioz ou à Verdi. Ce fut Ernest Reyer qui le mit en musique (1890) ; Moussorgski ébaucha lui aussi un opéra sur le sujet. Mentionnons également le poème symphonique de Florent Schmitt (1925) et l'opéra de Philippe Fénelon (2000). Dans le livre, cette intrigue reste néanmoins au second plan. Salammbô prend plus de place dans le titre que dans un récit constitué pour les trois quarts de scènes de bataille dont Flaubert redoutait l'aspect répétitif : « On sera harassé de ces troupiers féroces. »

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  • : agrégé de lettres modernes, ancien élève de l'École normale supérieure

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Pour citer l’article

Philippe DULAC, « SALAMMBÔ, Gustave Flaubert - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/salammbo/