ṢADRĀ SHĪRĀZĪ (1572-1640)

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Présence, témoignage et imāmologie.

La notion d'existence (wujūd) prend tout son sens dans la notion de présence (huḍūr). La présence est ce qui caractérise l'existence humaine. « Plus intense est le degré de présence, plus intense est l'acte d'exister » (Corbin), à savoir l'acte d'exister « pour au-delà de la mort ». Toute la métaphysique de l'être est centrée sur l'équivalence suivante : le degré d'être, c'est-à-dire le degré d'exister, est fonction du degré de présence, de présence à soi-même ; car cette présence ne doit pas se comprendre par rapport à ce monde-ci, mais par rapport aux mondes au-delà de la mort.

La « métaphysique de la présence » implique ainsi une métaphysique du témoignage. Être présent, c'est être témoin, shāihd, c'est-à-dire qui est présent à une chose, mais aussi et par conséquent celui par qui elle est présente. On voit ainsi comment la notion de présence, qui est absolument solidaire de la métaphysique, va impliquer l'imāmologie : chaque Imām assume en effet cette ambivalence du témoin, étant témoin de Dieu, présent à Dieu, celui par qui Dieu est présent aux autres et celui par qui les autres sont présents à Dieu. Cette double présence de l'Imām, qui fait de lui le Sage de Dieu en même temps que sagesse (« unification du sujet connaissant et de l'objet connu »), devient par suite, dans le fidèle qui médite l'Imām et en qui l'Imām se rend présent, une connaissance agissante, la preuve intérieure, « la conscience active dans l'homme ». L'Imām est ainsi témoin et guide intérieur pour le fidèle, en même temps qu'il est le témoin que Dieu regarde et par qui Il regarde : « C'est par son Imām intérieur qu'Il connaît son fidèle [...]. La métaphysique ishrāqī de la Présence culmine en une métaphysique de l'Imāmat comme Présence divine à l'homme présent à son Imām ; les Imāms, comme Témoins, sont cette Présence. » On voit du même coup comment l'imāmologie shī‘ite situe d'emblée les Imāms sur le plan métaphysique qui est le leur, indépendamment de toute perspective his [...]


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Jean-Pierre DUCASSÉ, « ṢADRĀ SHĪRĀZĪ (1572-1640) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/sadra-shirazi/