RYTHMES RÉTROGRADABLES ET NON RÉTROGRADABLES

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En matière de rythme, Olivier Messiaen (1908-1992) se distingue nettement de la tradition occidentale. « Le charme des impossibilités » est une expression célèbre qu'il utilise pour la première fois dans Technique de mon langage musical (1944), où il décrit ce qui constitue une des spécificités de son langage, sa fascination pour « certaines impossibilités mathématiques des domaines modal et rythmique », au premier rang desquelles les novations harmoniques et rythmiques qu'il concrétisa respectivement dans les modes à transpositions limitées (cf. harmonie – Vers de nouvelles harmonies : Les modes à transpositions limitées) et dans les structures rythmiques singulières qu'il nomma rythmes non rétrogradables, « les modes à transpositions limitées [réalisant] dans le sens vertical (transposition) ce que les rythmes non-rétrogradables réalisent dans le sens horizontal (rétrogradation) ».

Un rythme n'est rétrogradable que si sa forme lue de gauche à droite est différente de sa forme lue de droite à gauche. Si sa forme lue de gauche à droite est identique à sa forme lue de droite à gauche, le rythme est non rétrogradable. La non-rétrogradation correspond au palindrome en littérature.

Un exemple de rythme rétrogradable est :

noire/double-croche/noire/noire

dont la forme « rétrogradée » est :

noire/noire/double-croche/noire

Un exemple de rythme non rétrogradable est :

noire/double-croche/double-croche/noire

dont la forme « rétrogradée » est :

noire/double-croche/double-croche/noire

À l'origine, Messiaen est convaincu que, dans la nature, les rythmes sont essentiellement asymétriques : les pas de l'homme, les ondulations de la mer, le bruit du vent ont des durées inégales, affirme-t-il (in J.-P. Derrien éd., XXe siècle, images de la musique française, 1986). Le concept de rythme non rétrogradable tire ses sources de la métrique grecque ancienne et des systèmes rythmiques des deśī-tālas de l'Inde, qui ont fourni à Messiaen l'idée d'une musique non mesurée, affranchie de la notion de barre de mesure et de celle du temps, héritée du solfège occidental traditionnel (deux temps, trois temps, quatre temps...). À la notion de mesure régulière, Messiaen substituera celle de groupe(s) rythmique(s) et de cellule(s) rythmique(s) apte(s) à subir toutes sortes de transformations.

Ses procédés de développements rythmiques agiront alors par ajout – la valeur ajoutée est « une valeur brève, ajoutée à un rythme quelconque, soit par une note, soit par un silence, soit par un point » – ou par retrait. Des techniques d'écriture rythmique spécifiques en découlent : augmentation proportionnelle, augmentation par valeur constante, amplification, élimination...

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Écrit par :

  • : compositeur, critique, musicologue, producteur de radio

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Pour citer l’article

Alain FÉRON, « RYTHMES RÉTROGRADABLES ET NON RÉTROGRADABLES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rythmes-retrogradables-et-non-retrogradables/