RUTEBEUF (1230?-? 1280)

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Engagement et repentance

La signature du poète nous renvoie à une personne inconnue. Nous ne savons de l'auteur que ce que ses œuvres veulent bien nous dire. La critique moderne hésite donc entre une interprétation naïve de ses aveux et un scepticisme total, compte tenu des aspects conventionnels de la complainte, mode d'expression le plus constant chez Rutebeuf. Certains chercheurs ont réagi contre la perspective strictement formaliste en faisant apparaître une logique possible de l'existence, derrière les variations de l'œuvre. On peut ainsi suivre dans ses grandes lignes l'hypothèse de M. Dufeil pour reconstituer la biographie de l'auteur. Il a dû naître en 1229, et s'est signalé en composant le Dit des Cordeliers, œuvre de polémique locale, à Troyes (1249). Il met ensuite son talent au service du clan universitaire de Paris qui résiste à l'implantation des ordres mendiants. Guillaume de Saint-Amour est la vedette de cette résistance, les franciscains représentent le parti ennemi. De 1255 à 1259, Rutebeuf compose notamment la Descorde de l'université, Des règles, De Sainte Église, La Bataille des Vices et des Vertus, Des Jacobins, Des ordres de Paris. Dans cette bataille, l'attaque déborde naturellement le cadre de l'Université et s'en prend à l'influence de la papauté sur le pouvoir royal et sur l'enseignement par l'intermédiaire des religieux, il faut bien dire, pleins de talent. Rutebeuf regrettera un jour les excès de la satire. C'est que le parti de Guillaume est vaincu. On peut voir là la raison de l'infortune, thème des poèmes les plus célèbres et les plus attachants, qui dateraient donc des années 1260-1262 : Renart le Bestourné, Le Mariage, La Complainte Rutebeuf, la Griesche d'hiver et la Griesche d'été. Un changement de poétique et de philosophie s'exprime alors dans la Repentance.

Le nouvel état d'esprit s'inscrit dans La Voie de paradis, dans la Complainte de Constantinople, Frère Denise. Une sorte de conversion fait écrire à Rutebeuf sa belle Vie de saint [...]


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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-Sorbonne

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Pour citer l’article

Daniel POIRION, « RUTEBEUF (1230?-? 1280) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/rutebeuf/