RUSSIE (Le territoire et les hommes)Histoire

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Débuts d'un État

Les Varègues

Les Slaves orientaux, venus des Carpates, occupaient aux viiie et ixe siècles une large bande de territoire, entre le golfe Baltique et le lac Nevo (Ladoga) au nord, les rives nord-ouest de la mer Noire au sud. Divisés en tribus, ils avaient dépassé le stade de l'économie naturelle ; la cueillette et la chasse ne fournissaient plus qu'un appoint aux produits de l'agriculture et déjà se créaient de petits centres d'échanges, embryons de villes. Barbares voisins, au sud, de l'Empire byzantin, dont la riche capitale était une tentation, ils subirent au ixe siècle l'infiltration des Normands, ces hardis navigateurs scandinaves qui, au même moment, écumaient et conquéraient en partie les côtes de l'Europe occidentale et de la Méditerranée. Ces Normands, les Varègues, fournirent aux Slaves des mercenaires, mais aussi des chefs militaires, parlant bientôt en maîtres dans les principales villes (Novgorod, Kiev), et une dynastie de princes qui, établissant leur souveraineté sur l'ensemble du pays, fondèrent le premier État russe, capable d'entretenir avec Byzance, des échanges réguliers, de traiter avec lui d'égal à égal et de se défendre (jusqu'à son écroulement au xiiie s.) contre les attaques des nomades asiatiques venus de l'est (Petchenègues, Polovtses, et enfin Tatars Mongols).

Le rôle des Varègues, exagéré par l'historiographie allemande du xixe siècle, est à la base de la théorie normaniste, qui fait du premier État russe une organisation d'origine scandinave, introduisant un ordre politique souhaité par les peuples slaves arriérés et anarchiques. La Chronique de Nestor, ou Chronique des temps passés, panégyrique de la dynastie, rédigée au xive siècle et racontant les débuts de l'État russe, imagine un « appel aux Varègues » (en 862 ?) qui fit du chef normand Rurik (Rjurik) le maître de Novgorod, et de son successeur Oleg le prince de Kiev. Les historiens russes d'avant et d'après 1917 ont fortement réagi, par une explication antinormaniste qui tenait compte du niveau de développement des Slaves de l'Est au ixe siècle, de l'existence de villes et des ébauches d'organisation étatique antérieures sous forme de confédérations de tribus. Un néo-normanisme raisonnable reprend actuellement ces arguments, mais reconnaît l'initiative et le dynamisme de la dynastie de Rurik, d'ailleurs rapidement slavisée et opérant dans un milieu économique et social où étaient déjà réunies toutes les conditions d'existence d'un État.

La Kiévie

Le nouvel État, dont le prince souverain a fait de Kiev sa capitale (d'où l'expression de Kiévie), est une sorte de domaine familial – tous les fils recevant une part de l'héritage –, souvent ensanglanté par des luttes fratricides, affaibli par les attaques des Scandinaves, des Polonais, des nomades, et par ses conflits avec Byzance. Son unité n'a été réalisée que momentanément sous Vladimir (980-1015) et Jaroslav le Sage (1019-1054). Le pillage de Kiev (la « mère des villes russes ») par un prince de Souzdal (Suzdal') en 1169 marque son déclin. Il disparaît définitivement lorsque les Tatars Mongols s'emparent de sa capitale en 1240.

Russie, Xe-XIe siècle

Dessin : Russie, Xe-XIe siècle

Aux origines de la Russie : le royaume de Kiev aux Xe et XIe siècles. 

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1000 à 1100. Seldjoukides

Vidéo : 1000 à 1100. Seldjoukides

Empire seldjoukide de l'Anatolie à l'Asie centrale. Les Fatimides contrôlent l'Égypte et la mer Rouge.L'Occident chrétien se renforce au XIe siècle. Les Vikings cessent leurs raids pour fonder des principautés puissantes à l'image de l'État anglo-normand.Le renouveau religieux se traduit... 

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La conversion au christianisme oriental

Le fait essentiel de cette histoire primitive est la conversion des Slaves orientaux au christianisme sous sa forme orientale par l'intermédiaire de Byzance (Tsargrad [Cargrad]) et des pays bulgares qui dépendaient d'elle. Le baptême du grand-prince Vladimir en 988, imposant à tout son peuple une nouvelle foi, clôt une période de pénétration des influences chrétiennes où se sont affrontées, face au paganisme, Rome et Byzance. Mais la légende du choix religieux de Vladimir, racontée par la Chronique, masque une décision de caractère politique : le christianisme oriental, par son organisation hiérarchique, son autorité sur les fidèles et l'autonomie de son clergé, relié à Byzance par des liens très lâches, fournit à la Kiévie une religion nationale, facteur d'unité, de soumission au pouvoir, de civilisation. Il introduisit l'écriture et l'instruction religieuse par les Livres saints copiés en slavon grâce à l'alphabet cyrillique, œuvre des évêques de Salonique, Cyrille et Méthode. Une hiérarchie ecclésiastique fut mise en place, encadrée par une quinzaine d'évêques et un métropolite à Kiev, dépendant du patriarche de Constantinople. Au-dessus de la grisaille des cités bâties en bois ou en torchis, s'élevèrent de blanches églises de pierre et des monastères dont le plus célèbre fut celui des Catacombes (Kievo-pečerskaja Lavra) près de Kiev, fondé dans la seconde moitié du xie siècle. Cependant, comme le christianisme aidait le pouvoir à briser les libertés tribales, détruisant les idoles, il se heurta à une longue résistance dans les campagnes où les traditions païennes, plus ou moins intégrées à la nouvelle foi, subsistèrent longtemps.

Par la religion, la Kiévie est entrée dans le monde occidental ; si ses rapports commerciaux sont particulièrement actifs avec Byzance, toute proche, les liens diplomatiques s'étendent à toute l'Europe. Une fille de Jaroslav, Anne, a épousé le roi de France Henri Ier (vers 1040). En dépit des conflits qui ont séparé l'Église latine et l'Église grecque (Grand Schisme d'Occident à l'époque de Cérulaire : 1054), la Kiévie a entretenu les meilleures relations avec l'Occident. Mais à partir du xiie siècle, les coups répétés des attaques nomades dans les steppes du Sud ont entraîné, avec le déclin puis la chute de Kiev, le replis des centres politiques sur la haute Volga et l'isolement des principautés russes. Au xiiie siècle, tandis que les Mongols soumettent peu à peu à leur protectorat la presque totalité de l'ancienne Kiévie, les principautés russes doivent se défendre à l'ouest contre une véritable croisade menée par les États occidentaux contre les pays d'Orient. La conquête et le pillage de Constantinople en 1204, la création de l'Empire latin d'Orient, ont été le premier stade d'une offensive qui se prolonge au nord de l'Europe par les entreprises de l'ordre Teutonique, conquérant la Prusse orientale, amorçant la germanisation des pays baltes et poussant jusqu'aux villes russes de Iouriev (Dorpat, actuellement Tartu) et de Kolyvan (Reval [Revel'], actuellement Tallin). À cette croisade a répondu une contre-croisade marquée par les victoires du prince Alexandre Nevski sur la Néva et sur les glaces du lac de Pskov (1240-1242). La « bataille des glaces » a arrêté la progression germanique, permis à Novgorod de conserver son indépendance au moment où les principautés du centre devaient payer tribut aux Mongols, et a fixé une limite aux aires d'extension des peuples qui [...]

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Russie, formation de l'empire

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1200 à 1300. L'Asie des Mongols

1200 à 1300. L'Asie des Mongols
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Russie, XVIIIe siècle

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Alexandre Ier, tsar de Russie

Alexandre Ier, tsar de Russie
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  • : professeur à l'université de Paris-I, directeur de l'Institut de recherches comparatives sur les institutions et le droit du C.N.R.S.
  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris

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Pour citer l’article

Michel LESAGE, Roger PORTAL, « RUSSIE (Le territoire et les hommes) - Histoire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/russie-le-territoire-et-les-hommes-histoire/