ROUMANIE

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Nom officielRoumanie (RO)
Chef de l'ÉtatKlaus Iohannis (depuis le 21 décembre 2014)
Chef du gouvernementLudovic Orban (depuis le 4 novembre 2019)
CapitaleBucarest
Langue officielleroumain
Unité monétairenouveau leu roumain (RON)
Population19 165 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)238 397

Arts de la Roumanie

Antécédents et expériences (IVe-XIIIe s.)

L'« abandon » de la Dacie par l'empereur Aurélien (274) et les conditions nouvelles d'existence de cette province ont amené la disparition graduelle des formes de vie urbaine et la prédominance, pour de longs siècles, d'une civilisation rurale. C'est dans ces cadres ruraux, dominés du point de vue de l'organisation sociale par les communautés de village, que se forma – en relation avec la romanité sud-danubienne et avec l'assimilation, de nombreux éléments migrateurs, surtout slaves – le peuple roumain. Mais une partie du moins de l'ethnogenèse roumaine achevée aux ixe-xe siècles, se fit au contact des autorités roumaines puis des autorités byzantines de la Dobrogea, qui ne fut complètement perdue par l'Empire que dans la seconde moitié du viie siècle. Des têtes de pont de dimensions parfois assez étendues, sur la rive nord du Danube, se sont même ajoutées à la Dobrogea, à certaines périodes. Les fouilles archéologiques effectuées en Dobrogea ont mis au jour les vestiges de vingt-sept basiliques des ve et vie siècles, des chapiteaux sculptés, des objets de parure, de la céramique. Cette vie artistique assez intense des régions byzantines voisines ne manqua pas d'exercer une certaine influence, surtout par les objets d'art somptuaire et les céramiques, à l'intérieur même du territoire nord-danubien.

Il y a eu ainsi, dans l'aire où se formait le peuple roumain, une circulation d'éléments d'art byzantin, que l'effondrement de la frontière du Danube ne fit pas cesser et qui offrait aux artisans locaux des modèles ou des sujets d'inspiration. À côté des impulsions venues de Byzance, il faut noter l'apport, d'origine souvent très variée, des peuples migrateurs qui traversèrent le territoire roumain ou y séjournèrent. Enfin – fait fondamental pour l'art populaire roumain et qui marquera aussi l'art mis au service des classes cultivées –, on trouve, attestée par les fouilles, une transmission de formes, de techniques, de principes décoratifs qui proviennent du fonds ethnique primitif des Géto-Daces, et aussi de l'époque de la domination romaine. Cette influence a dû être beaucoup plus étendue que ne permettent de le constater les objets découverts jusqu'à présent – surtout de la poterie – car elle est encore décelable dans les productions de l'art populaire d'une époque plus récente. Ainsi, Nicolae Iorga a souvent insisté sur l'origine thrace de la vision géométrisante si caractéristique de l'art paysan roumain.

Vers le viiie siècle, se constitue une culture matérielle locale, possédant de modestes aspects artistiques, et qui, en s'enrichissant d'éléments nouveaux, persiste jusqu'au xiie siècle, c'est-à-dire jusqu'à l'époque de genèse de ce que l'on peut appeler l'« art médiéval roumain ». S'étendant sur presque tout le territoire de la Roumanie actuelle, mais encore, dans des formes très proches, au sud du Danube, elle a été nommée soit « civilisation de Dridu », du nom d'une station archéologique roumaine, soit « civilisation balkano-danubienne », et peut-être plus proprement, « civilisation balkano-carpatique ». Ses éléments prépondérants sont de tradition locale, romaine provinciale ou d'origine plus lointaine encore.

Le retour de Byzance sur le Danube, au xe siècle, créa des conditions nouvelles à la pénétration de la civilisation byzantine. De la période qui s'étend du xe au xiie siècle, époque de transformation structurelle de la société du bas Danube, marquée par la constitution d'une classe de maîtres de la terre et par l'organisation des premières formations politiques dans les milieux roumains et slavo-roumains, il reste d'assez nombreux témoignages d'ordre artistique, mais qui sont loin de constituer des séries cohérentes. Les chapelles rupestres de Basarabi xe s., Dobrogea), au tracé mal assuré et qui présentent des fragments de décor peint ou incisé aussi naïfs qu'hétéroclites, intéressent pourtant par le mélange de traits archaïques et de souvenirs de régions éloignées (Grèce, Cappadoce). À Păcuiul lui Soare, sur le Danube, on élevait (fin xe s.-début xie s.), une puissante forteresse d'après les meilleurs principes de l'art de la construction des Byzantins. Les petites églises, dont les vestiges ont été découverts à Dinogetia-Gărvan (xie-xiie s.) et à Niculiţel (xiie s.), dans la zone du Danube, retiennent l'attention. Le parement en couches alternées de pierre brute et de brique apparente de la première et le plan trilobé de la seconde sont devenus caractéristiques de l'époque ultérieure, sans que l'on puisse toutefois établir des relations entre ces derniers et ces premiers exemplaires. Des objets de parure, des fragments de tissus précieux indiquent un certain raffinement du goût. La céramique émaillée connut une importante diffusion ; ses procédés furent empruntés par les potiers roumains et eurent une longue et brillante transmission.

L'évolution artistique de la Transylvanie fut marquée par son entrée, à la suite d'une lente progression achevée au début du xiiie siècle, au nombre des possessions de la couronne de saint Étienne. Les formations politiques indépendantes des Roumains – illustrées par quelques forteresses en terre et en bois (Moreşti, Dăbîca, etc.) – disparurent, tandis que les nouvelles conditions faites à la religion orthodoxe et, en général, à la population autochtone empêchèrent l'art roumain de connaître un développement semblable à celui des autres provinces et le contraignirent à se manifester surtout – mais cette fois-ci de manière remarquable – au niveau des arts populaires. La domination magyare hâta le développement des structures féodales, en voie de formation, au moment de la conquête, sur tout le territoire roumain, et favorisa les relations artistiques avec l'Europe centrale et occidentale. Les grands courants de l'art européen trouvèrent un milieu accueillant dans la société magyare de Transylvanie et dans celle des Saxons installés dans certaines de ses régions, et influencèrent aussi l'art des Roumains ; la Transylvanie constitua une voie importante de pénétration des influences occidentales au-delà des Carpates, où elles participèrent d'une manière notable, surtout en Moldavie, à l'élaboration des synthèses régionales.

Si les plus anciennes traces du roman transylvain datent du début du xiie siècle (première basilique d'Alba Iúlia), c'est surtout dans la seconde moitié du xiiie siècle, après la grande invasion mongole, qui fut extrêmement destructrice, que sont élevées de nombreuses constructions en pierre et en brique, qu'il s'agisse de l'architecture militaire (forteresses de Feldioara, Codlea, Hunedoara ; donjons nobiliaires de Cheresig, Cîlnic) ou de l'architecture religieuse. S'inscrivant dans l'évolution du style roman en Europe centrale, les églises sont principalement des basiliques à trois nefs, couvertes, dans une première phase, de charpentes en bois (Cisnădioara, Herina) et ensuite, pour les collatéraux, de voûtes en [...]

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Roumanie : carte physique

Roumanie : carte physique
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Roumanie : drapeau

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Monts  Făgăraș, Roumanie

Monts  Făgăraș, Roumanie
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Agriculture traditionnelle en Transylvanie (Roumanie)

Agriculture traditionnelle en Transylvanie (Roumanie)
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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Bucarest, directeur de l'Institut d'études est-européennes
  • : professeur agrégé de l'Université, docteur d'État
  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur honoraire à l'Institut national des langues et civilisations orientales et à l'université de Paris-Sorbonne
  • : professeur à l'université de Göttingen.
  • : chargée de cours à l'Institut d'études européennes de l'université de Paris-VIII, analyste-rédactrice aux éditions de la Documentation française
  • : rédacteur en chef de Lettre(s), titulaire d'un D.E.A. de roumain, Institut national des langues et civilisations orientales, doctorant à l'université de Paris-III
  • : professeur à l'Institut national des langues orientales vivantes
  • : journaliste

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Pour citer l’article

Mihai BERZA, Catherine DURANDIN, Alain GUILLERMOU, Gustav INEICHEN, Edith LHOMEL, Philippe LOUBIÈRE, Robert PHILIPPOT, Valentin VIVIER, « ROUMANIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/roumanie/