COASE RONALD HARRY (1910-2013)
C'est seulement à l'âge de quatre-vingt-un ans que Ronald H. Coase, professeur émérite de l'université de Chicago, se vit attribuer le prix Nobel d'économie, à la fois pour ses travaux sur la nature des organisations et pour ses analyses sur les modalités de certaines régulations étatiques.
La nature de la firme
Né le 29 décembre 1910 à Middlesex (Grande-Bretagne), Ronald Coase est diplômé de la London School of Economics où il enseigne de 1932 à 1951 en même temps qu'il rédige ses premiers articles, souvent à la frontière du droit et de l'économie. Dans les années 1930, il traverse une première fois l'Atlantique pour interroger les dirigeants de grandes entreprises (Ford, General Motors, Union Carbide) et comprendre la façon dont ils prennent leurs décisions. À son retour, il rédige un texte devenu fondateur, The Nature of the Firm (1937).
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il occupe un poste de statisticien au ministère de la Guerre alors qu'il ne cessera par la suite de persuader ses collègues économistes de passer moins de temps sur les hauteurs de leurs axiomes mathématiques, et davantage sur les problèmes réels de la société.
Au début des années 1950, Coase s'installe définitivement aux États-Unis et travaille successivement à l'université de Buffalo, puis de Virginie en 1958, avant d'occuper une chaire de droit à l'université de Chicago en 1964.
Le comité du Nobel 1991 a particulièrement distingué sa théorie des coûts de transaction introduite dès 1937 dans son article sur la nature de la firme, considérant même que cette notion, alors très originale dans la théorie micro-économique, avait été une sorte de nouvelle « particule élémentaire ».
Pendant longtemps, la science économique n'a en effet disposé que d'un seul modèle micro-économique, issu de l'approche dite néo-classique, pour analyser le comportement de la firme. Ce modèle s'est révélé progressivement insuffisant pour comprendre certaines conduites d'entreprises plus complexes et il a suscité dans les années 1960 et 1970 de nombreuses réinterprétations. Parmi elles, la théorie des coûts de transaction a incontestablement jeté les bases d'analyses alternatives qui ont toutes contribué au renouvellement de la vision économique de l'entreprise contemporaine.
Dans l'article précité, Coase part d'une interrogation toute simple : pourquoi les organisations existent-elles ?
Comment un fabricant de chaussures choisira-t-il entre produire lui-même les lacets dont il a besoin ou les acheter à un fournisseur ? Traditionnellement, le choix entre ces deux solutions est présenté comme dépendant du coût de production : si le besoin de lacets est marginal par rapport à la fabrication de chaussures, il vaut mieux recourir à un fournisseur extérieur et donc au marché qui reste le moyen le plus efficace pour l'allocation optimale des ressources. Le même raisonnement s'applique à toutes les fonctions de l'entreprise qui peuvent ainsi être sous-traitées par d'autres entreprises indépendantes.
Coase explique alors qu'un tel système permettrait certes de réduire efficacement les coûts de production, mais qu'il en créerait de nouveaux, les « coûts de transaction », mesurés par exemple par le coût d'accès aux informations du marché ou par le coût des contrats particuliers établis avec les fournisseurs. En effet, chaque ordre habituellement donné au sein de l'entreprise devrait faire l'objet d'un contrat d'échange séparé qui pourrait s'avérer très coûteux. Dans ce cas, l'entreprise aurait intérêt à absorber ses fournisseurs et à instituer une hiérarchie et une administration comme mode de coordination de ses activités. L'organisation se substitue alors au marché, des relations hiérarchiques (internes) remplacent les relations[...]
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Écrit par
- Françoise PICHON-MAMÈRE : maître de conférences, université Paris-Sorbonne
Classification
Pour citer cet article
Françoise PICHON-MAMÈRE, « COASE RONALD HARRY (1910-2013) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL :
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