ROME ET EMPIRE ROMAINLe Haut-Empire

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Le temps de la crise (235-268)

La pression des Barbares

Pendant cette période, la plus funeste de l'histoire de l'Empire, aucun souverain ne put fonder de dynastie durable, les armées proclamèrent sans cesse de nouveaux empereurs, légitimes quand ils survécurent, mais usurpateurs et « tyrans » quand le sort des armes se déclara contre eux. Ce fut une grande cause de faiblesse, malgré la valeur de certains, car rien n'assurait la continuité d'une politique au moment où de toutes parts le danger barbare se faisait plus pressant : Maures de l'Afrique, nomades du Sud égyptien, Sassanides entreprenants de Sapor (Shâhpur ou Shāpur) rêvant de recouvrer les anciens pays achéménides, c'est-à-dire tout l'Orient jusqu'au Bosphore, grâce aux forces renouvelées de la Perse réorganisée, où les féodaux furent mis à la raison, l'armée renforcée d'archers à cheval et de cuirassiers, la religion de Zoroastre mise au service du Roi des rois ; sur le Danube la pression des Goths venus de Scandinavie précipite sur le « limes » les Barbares traditionnels, si l'on peut dire (Quades, Marcomans, Sarmates), auxquels depuis 238 s'ajoutent les Goths sous les rois Ostrogotha et Kniva, bientôt divisés en Ostrogoths et Wisigoths, mais aussi dangereux, aidés des Hérules, des Vandales, des Burgondes. Ces derniers se dirigent plutôt vers le Rhin, derrière les nouvelles confédérations de tribus qui rassemblèrent les Alamans sur le Rhin supérieur et les Francs plus au Nord, tous désireux sur mer et sur terre de fructueux pillages. Après la mort de Sévère Alexandre régna quelque temps Maximin le Thrace, très hostile au Sénat et aux élites mais vaillant général qui lutta contre les Germains et les Sarmates, que renversa la révolte de l'Afrique, avec les Gordiens, puis celle de l'Italie, où sénateurs et prétoriens élevèrent à l'Empire les éphémères Pupien et Balbin (deux Augustes absolument égaux, ce qui était nouveau), puis le jeune Gordien III, qui se maintint plus longtemps malgré la guerre contre les Perses grâce à l'énergie de son beau-père, le préfet du prétoire Timésithée (238-241). Vinrent ensuite des empereurs soldats, Philippe l'Arabe, né aux confins du désert syrien, et Dèce, Romain de Pannonie. Tout en combattant les Perses et les Goths, le premier eut le temps de célébrer avec faste le millénaire de Rome (244) et le second d'engager contre les chrétiens la première grande persécution, qui décima le clergé et contraignit tous les habitants de l'Empire à sacrifier aux dieux du paganisme : Dèce voulait, dans un esprit traditionaliste et patriote, restaurer totalement, autour des dieux et de l'empereur leur protégé, l'unité morale de l'Empire. Mais il fut tué au combat par les Goths, non loin de la mer Noire, en 251.

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Dèce

Photographie : Dèce

Buste de l'empereur Dèce (Cneius Messius Decius). Durant son court règne (249-251), il déclencha la première grande persécution contre les chrétiens. 

Crédits : Araldo De Luca/ Corbis Historical/ Getty Images

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Après le passage et la mort de plusieurs usurpateurs, Dèce eut pour successeur le vieux sénateur romain Valérien, qui s'adjoignit aussitôt son fils Gallien, à qui l'Occident fut confié : pour la première fois apparaît le besoin de dissocier, en vue d'une défense plus efficace, les deux parties du monde romain (253). Valérien fut un bon administrateur, mais il eut le tort de reprendre la persécution contre les chrétiens (257) et le malheur d'être capturé en Perse par Sapor (259 ou 260) qui s'en glorifia (inscription de Naks-i-Rustem, appelée Res gestae divi Saporis) et Gallien gouverna seul de 260 à 268. De nombreuses usurpations, dues la plupart du temps aux inquiétudes de l'armée de Pannonie (Ingenuus, Regalianus, Aureolus) et d'incessantes invasions (Goths et Perses) l'obligèrent à courir d'un bout à l'autre de l'Empire, manifestant une activité et des capacités dignes d'un meilleur sort et d'une estime que la tradition ancienne lui refusa. Plusieurs innovations d'avenir distinguent pourtant son règne : dès 260 il mit fin à la persécution, inaugurant ainsi la « petite paix de l'Église » qui assura au christianisme quarante ans de tranquillité et le rendit par la suite inexpugnable. Il réforma profondément l'armée, créant à côté des troupes de couverture un corps de manœuvre, formé de détachements légionnaires (vexillations) et d'une pu [...]

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-200 à 200 apr. J.-C. La loi romaine

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Système impérial romain

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Détail du décor de l'Ara Pacis Augustae

Détail du décor de l'Ara Pacis Augustae
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Trajan, buste en marbre

Trajan, buste en marbre
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Pour citer l’article

Yann LE BOHEC, Paul PETIT, « ROME ET EMPIRE ROMAIN - Le Haut-Empire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rome-et-empire-romain-le-haut-empire/