ROME ET EMPIRE ROMAINLa République

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Les institutions

L'établissement de la République

Le récit que fait l'annalistique de l'établissement de la République est artificiel et tendancieux ; il faut en suivre le cours pour tenter de retrouver la réalité qu'il cache. Un des fils de Tarquin le Superbe s'éprend d'une matrone vertueuse, Lucrèce, femme de Tarquin Collatin. Ne pouvant réduire sa résistance, il la viole et Lucrèce se suicide. Le peuple romain se soulève sous la direction de Junius Brutus et les Tarquins doivent se résoudre à l'exil. L'assemblée du peuple, groupée par centuries, nomme les deux premiers consuls de la République, Junius Brutus et Tarquin Collatin, que remplace bientôt P. Valerius. Suivant la chronologie de Varron, ces événements décisifs eurent lieu en l'année 509 avant J.-C. Le roi de Chiusi, Porsenna, vient en aide aux tyrans expulsés et marche sur Rome. Deux épisodes héroïques, ceux d'Horatius Coclès et de P. Mucius Scaevola, frappent l'esprit de Porsenna qui accepte de conclure la paix avec Rome. L'armée de la ville latine d'Aricie et les troupes de la ville grecque de Cumes participent à la lutte contre l'armée de Porsenna.

Toute cette tradition est romancée et destinée à exalter les vertus romaines, qui jouent un rôle décisif lors de l'expulsion des Étrusques. En fait, ce départ ne s'est pas fait d'un seul coup et semble se placer plus tard que ne le veut la tradition. L'activité religieuse, édilitaire, économique de Rome persiste, égale à elle-même, jusqu'aux alentours de 480-470 avant notre ère, et les chefs étrusques ne l'abandonnent définitivement que vers cette date. Pourquoi celle-ci a-t-elle été remontée si sensiblement dans le temps ? Une exigence de la conscience nationale romaine semble en donner la raison. La seule base sûre de la chronologie de cette période est la dédicace du temple de Jupiter Capitolin, qui se situe le 13 septembre 509. Or le temple Capitolin a été le sanctuaire majeur de Rome, le symbole et le garant de sa puissance. Construit par les tyrans étrusques, il fallait au moins que sa dédicace fût romaine. Ainsi, en quelque sorte, l'honneur serait sauf. L'annalistique fait partir les Étrusques, presque miraculeusement, quelques mois avant que la dédicace du temple soit confiée à un Romain de bonne souche, M. Horatius Pulvillus. On lui annonce, au cours de la cérémonie solennelle, que son fils vient de mourir. Sans se départir de son calme, M. Horatius achève l'invocation commencée et dédie le temple. Ainsi non seulement celui-ci aura été consacré par un Romain, mais ce Romain aura su faire preuve alors d'une rare grandeur d'âme. Le tableau était ainsi instructif à souhait. À peine les tyrans étrangers venus d'Étrurie ont-ils été expulsés que les vertus essentielles du peuple de Rome, la piété et le courage, se manifestent de façon éclatante, et ce sont ces qualités qui vont permettre à la jeune République d'assumer son destin.

L'élaboration de la Constitution républicaine

L'absolutisme ayant disparu, l'esprit pragmatique des Romains les amène à créer une série de pouvoirs destinés à s'équilibrer tout en assurant une efficacité maximale à l'action nécessaire de l'État. Magistrats d'inégale importance, Sénat, assemblées du peuple se répartissaient les pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif. Ainsi se dessinèrent les traits d'une Constitution républicaine d'essence oligarchique dans laquelle une classe dirigeante, la nobilitas, eut constamment la première place.

Institutions de la République romaine

Dessin : Institutions de la République romaine

La vie institutionnelle et politique de la République était fondée non pas sur le principe de la démocratie directe comme à Athènes, mais sur un équilibre entre des institutions tenues par des notables élus en fonction de leur fortune, et se contrôlant mutuellement afin d'éviter... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

Il semble que, initialement, le pouvoir exécutif du roi soit passé à un seul magistrat, le praetor maximus  ; très vite, cependant, se constitue le collège des deux consuls qui détenaient la souveraineté du pouvoir, mais pour un an seulement. Cette limitation dans le temps et cette collégialité suffirent à interdire le retour d'un pouvoir tyrannique et personnel. À l'origine, le consulat ne semble pas avoir été fermé aux plébéiens. Mais rapidement le patriciat resserre ses rangs. La pression de la plèbe l'amène cependant à créer au milieu du ve siècle le tribunal militaire à pouvoir proconsulaire, sorte de promagistrature ouverte aux plébéiens. Il fallut, selon l'annalistique, attendre les lois dites liciniennes de 367 avant J.-C. pour que fût accepté le principe du partage de la magistrature suprême, l'un des deux consuls devant être nécessairement un [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 17 pages

Médias de l’article

-600 à -200. Philosophes et conquérants

-600 à -200. Philosophes et conquérants
Crédits : Encyclopædia Universalis France

chronologie

Institutions de la République romaine

Institutions de la République romaine
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Rome, expansion

Rome, expansion
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

-200 à 200 apr. J.-C. La loi romaine

-200 à 200 apr. J.-C. La loi romaine
Crédits : Encyclopædia Universalis France

chronologie

Afficher les 9 médias de l'article


Écrit par :

  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études

Classification

Autres références

«  ROME ET EMPIRE ROMAIN  » est également traité dans :

ROME ET EMPIRE ROMAIN - Les origines

  • Écrit par 
  • Raymond BLOCH
  •  • 5 635 mots
  •  • 1 média

Le départ dans l'histoire d'une ville ou bien d'un peuple destiné à un haut avenir est, le plus souvent, entouré d'un halo qui le dérobe à un examen et à une vision précise. On comprend aisément pourquoi. L'historien est mal armé pour l'étude d'une période, très reculée dans le temps, qui n'est connue que par des sources très postérieures. De plus, une tendance naturelle porte l'imagination du peu […] Lire la suite

ROME ET EMPIRE ROMAIN - Le Haut-Empire

  • Écrit par 
  • Yann LE BOHEC, 
  • Paul PETIT
  •  • 35 202 mots
  •  • 17 médias

Pendant plusieurs siècles, l'Empire romain a assuré la paix et l'unité du monde méditerranéen et façonné dans ses provinces la majeure partie de l'Europe. Les Romains n'avaient certes pas que des qualités et leur domination résulte partout de l'emploi judicieux de la force. Mais, une fois établie, cette domination s'est maintenue grâce à la diffusion d'une civilisation en partie héritée des Grecs, […] Lire la suite

ROME ET EMPIRE ROMAIN - L'Antiquité tardive

  • Écrit par 
  • Yann LE BOHEC, 
  • Paul PETIT
  •  • 5 460 mots
  •  • 7 médias

Les travaux les plus récents s'efforcent de montrer que le ive siècle, loin d'être une période de profonde « décadence », a connu au contraire une brillante renaissance dans tous les domaines de la civilisation. L'expression « Bas-Empire », jugée péjorative, est délaissée par certains historiens qui préfèren […] Lire la suite

ROME ET EMPIRE ROMAIN - La religion romaine

  • Écrit par 
  • Pierre GRIMAL
  •  • 7 018 mots

On entend par « religion romaine » un ensemble de croyances, de rites et d'institutions qui se forma à l'intérieur du Latium vers le milieu du viiie siècle avant J.-C. (date traditionnelle de la fondation de Rome) et persista dans le monde romain jusqu'à ce que la religion chrétienne vienne le supplanter. Cette re […] Lire la suite

ROME ET EMPIRE ROMAIN - L'art romain

  • Écrit par 
  • Gilbert-Charles PICARD
  •  • 14 648 mots
  •  • 35 médias

Rome est une des villes d'art les plus prestigieuses du monde, et une bonne partie des monuments qui font sa gloire remontent à l'Antiquité. Sur toute l'étendue de l'Empire qu'elle a régi, de l'Écosse au Sahara, de l'Atlantique à l'Euphrate, d'innombrables vestiges d'architecture, de sculpture, de peinture et de mosaïque […] Lire la suite

ROME ET EMPIRE ROMAIN - L'artisanat sous l'Empire

  • Écrit par 
  • Roger HANOUNE
  •  • 3 846 mots

Si l'analyse des modes de production antiques est de grande actualité dans l'historiographie moderne, on sait comme les mots sont trompeurs : l'esclave à Rome est bien différent de l'esclave des plantations américaines ; de même, l'artisan contemporain qui travaille à son compte après son apprentissage, qui est autonome et n'a que peu de collaborateurs est bien différent de l'artife […] Lire la suite

ROME ET EMPIRE ROMAIN - Rome et la pensée grecque

  • Écrit par 
  • Pierre AUBENQUE
  •  • 1 516 mots
  •  • 2 médias

Le rôle joué dans l'histoire de la pensée par la langue latine et, à travers elle, par la civilisation romaine est considérable. De Boèce à Kant, soit pendant près de treize siècles, le latin sera par excellence la langue philosophique de l'Occident chrétien. Mais ce latin, tour à tour classique, patristique et scolastique, et dont la […] Lire la suite

CIVILISATION ROMAINE (notions de base)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 4 283 mots
  •  • 18 médias

Le destin de Rome est celui d’une obscure bourgade de la péninsule italienne devenue, en l’espace de quatre siècles, une mégapole, capitale d’un immense empire s’étendant de l’Écosse à l’Arabie, des confins sahariens aux rives du Danube. Ce processus historique s’accompagna de la disparition de la République. Il abou […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Raymond BLOCH, « ROME ET EMPIRE ROMAIN - La République », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rome-et-empire-romain-la-republique/