ROME ET EMPIRE ROMAINL'art romain

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« Préhistoire » de l'art romain

Les fouilles effectuées sur le site de Rome, principalement au Palatin et au Forum, ont confirmé de manière assez inattendue la tradition qui datait la fondation de la ville, par le plus ou moins légendaire Romulus, du milieu du viiie siècle avant l'ère chrétienne. Elles ont montré aussi que les Romains du temps d'Auguste se faisaient une idée assez juste du niveau culturel et de l'évolution de leurs lointains ancêtres. Les compagnons de Romulus vivaient dans des cabanes de branchages assez primitives ; ils n'ignoraient pourtant pas entièrement l'art, comme le prouve le matériel des tombes creusées au nord du Palatin, dans la vallée du Forum : les objets les plus remarquables de cette nécropole sont des urnes cinéraires en terre cuite qui reproduisent la maquette des cabanes habitées par les vivants. Les tribus latines, dont les premiers Romains sont un rameau, ont une culture fortement apparentée à celle des « Villanoviens », dont le centre correspond à la future Étrurie, et subissent aussi l'influence de l'Italie méridionale.

La tradition avait encore raison en affirmant que, vers 600, Rome était tombée dans la dépendance de la civilisation étrusque, qui s'était entre-temps constituée au nord du Tibre. Aux Étrusques, Rome doit d'abord l'apport de l'urbanisme : dès le viie siècle, le Forum devient une place drainée et dallée, que bordent déjà des édifices monumentaux. Au vie siècle, la ville possède plusieurs temples, décorés de revêtements de terre cuite. Deux de ces sanctuaires ont été retrouvés au forum boarium. On connaît aussi les fondations du Capitole, dont la date traditionnelle (508 av. J.-C.) semble historique.

La révolution qui chasse la dynastie étrusque des Tarquins (509 selon la tradition ; un demi-siècle plus tard selon certains savants contemporains) entraîne probablement un certain recul culturel. On peut tenir pour assuré que des temples datent du ve siècle, et que certains d'entre eux, celui de Cérès notamment, étaient décorés par des artistes grecs. Le Latium était sans doute un carrefour où se sont rencontrés des hommes de race et de formation très diverses, Étrusques, Grecs venus des colonies proches de Campanie ou de plus loin, Phéniciens ; les tablettes d'or de Pyrgi, découvertes en 1963, attestent la présence vers 500 avant J.-C. d'une importante colonie phénicienne ou punique dans ce port situé à 60 kilomètres au nord-ouest de Rome.

Tablette d'or de Pyrgi

Photographie : Tablette d'or de Pyrgi

Tablette d'or portant des inscriptions bilingues provenant du sanctuaire de Pyrgi (le port de Caere). Vers 500 avant J.-C. Musée de la villa Giulia, Rome. 

Crédits : Bridgeman Images

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En 396 avant J.-C. les Romains détruisent Veii, l'un des principaux centres artistiques de l'Étrurie méridionale, d'où était venu le célèbre coroplaste Vulca qui avait modelé l'idole de Jupiter Capitolin. Les Romains emportèrent les nombreuses statues qui décoraient la ville ; c'est la première d'une longue série de razzias qui devaient rassembler sur les bords du Tibre une extraordinaire collection de chefs-d'œuvre. L'établissement (348 av. J.-C.) d'une véritable fédération avec Capoue, principale ville de Campanie et centre industriel et commercial de premier ordre, puis, après les dures guerres samnites, la conquête de l'Italie centrale tout entière, suivie de celle de l'Italie méridionale, marquent le début de l'impérialisme romain qui entraîne d'importantes conséquences sur le plan culturel. Au début du iiie siècle apparaît le premier artiste vraiment romain, Fabius le Peintre, membre d'une des gentes aristocratiques les plus anciennes et les plus conservatrices. Il illustre par ses fresques les combats victorieux de la conquête. Une peinture d'un tombeau de l'Esquilin conserve à notre avis un reflet indirect de son art. Cependant, tandis qu'une littérature nationale naît au iiie siècle, l'exemple de Fabius n'est pas suivi ; c'est alors que s'établissent en effet les rapports entre les chefs politiques, les guerriers et les artistes.

Entre la fin du ive siècle avant J.-C. et le début du iie cette coopération des maîtres d'œuvre romains et des techniciens presque toujours étrangers, et de plus en plus souvent grecs, s'ajoutant au butin des razzias, couvre Rome de monuments. Il n'en est presque rien resté, si ce n'est dans le domaine de l'architecture ; l'aire du Largo Argentina, au champ de Mars, aujourd'hui identifiée avec un quasi-certitude au portique Minucia Vetus, contient quatre temples, fondés pendant le iiie et le iie siècle avant J.-C. ; deux d'entre eux présentent des formes qui deviendront caractéristiques de l'architecture religieuse romaine [...]

Largo Argentina (porticus Minucia) à Rome

Dessin : Largo Argentina (porticus Minucia) à Rome

Aire sacrée du largo Argentina (porticus Minucia) à Rome. 

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Thermes de la villa de Piazza Armerina

Thermes de la villa de Piazza Armerina
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Barbare combattant un légionnaire romain

Barbare combattant un légionnaire romain
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Tablette d'or de Pyrgi

Tablette d'or de Pyrgi
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Largo Argentina (porticus Minucia) à Rome

Largo Argentina (porticus Minucia) à Rome
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Gilbert-Charles PICARD, « ROME ET EMPIRE ROMAIN - L'art romain », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rome-et-empire-romain-l-art-romain/