ROMANCERO

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le romancero, genre national espagnol

Il peut sembler étonnant qu'un simple patron métrique revête autant d'importance. En réalité, le romance est plus que cette forme : à travers ses métamorphoses, qu'il soit narratif ou lyrique (et c'est le mélange de ces deux qualités qui fait sa saveur particulière), qu'il soit long ou court, précieux ou débraillé, satirique ou amoureux, côtoyant le roman ou la chanson, il garde un même esprit, un caractère propre qui tient, peut-être, à sa forme même. Celle-ci peut être définie comme une suite non limitée de vers octosyllabes espagnols dont les vers pairs sont assonancés. Ces trois éléments sont en effet ceux qui ont assuré la faveur toujours agissante du romance. D'abord, l'absence de longueur fixe, la seule loi étant qu'il se compose d'un nombre pair de vers afin que le dernier soit assonancé et ne reste pas sans répondant (qu'on songe aux contraintes que l'octave italienne imposa aux poèmes épiques de la Renaissance et du baroque, ou à celles que le sonnet fit subir aux effusions du lyrisme endiguées par quatorze vers à rimes bien établies). Ensuite, la rime, plus libérale, se réduit à l'assonance (comme celle des anciennes chansons de geste, ou de la chanson populaire) qui n'est requise que tous les deux vers et permet en espagnol, outre certaines libertés avec les voyelles post-toniques dont les timbres peuvent être librement comparés, le mélange de mots graves, aigus et esdrújulos (proparoxitons) : callar, allá, palta, nadie, Nájera sont entre eux des assonances parfaites (on a mis en caractères gras les voyelles portant l'accent tonique). L'octosyllabe espagnol constitue d'autre part la coupe qu'on pourrait dire naturelle de la langue parlée, et il n'est guère difficile de passer d'un rythme prosaïque au débit naturel du romance, ce qui advient parfois involontairement. Cela explique, du moins en partie, l'universalité du romance, et le qualificatif d'« universel » n'est guère excessif si l'on songe à une popularité non seulement presque au [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 5 pages

Écrit par :

  • : docteur ès lettres, universités de Buenos Aires et de Paris-Sorbonne, directeur de recherche au C.N.R.S.

Classification

Autres références

«  ROMANCERO  » est également traité dans :

ALARCÓN PEDRO ANTONIO DE (1833-1891)

  • Écrit par 
  • Sylvie LÉGER
  •  • 531 mots

L'époque d'Alarcón est celle de la Restauration espagnole. Sa technique et son esprit constituent une transition entre la production romantique et les représentants les plus typiques du réalisme, tels Pereda et Pérez Galdos. Défenseur des idées libérales dans sa jeunesse, il se convertit au catholicisme traditionnel et au conservatisme après une crise de conscience, consécutive à un duel. Engagé v […] Lire la suite

CID LE

  • Écrit par 
  • Charles Vincent AUBRUN
  •  • 2 814 mots

Dans le chapitre « Le romancero du Cid »  : […] Comme tous les héros d'épopée, le Cid attire sur son personnage les exploits légendaires célébrés de tous temps par la nation castillane. Les jongleurs le pourvoient de « jeunesses » fantastiques, où l'imagination puérile l'emporte sur le respect dû à l'histoire ou à la vraisemblance. Leur public, on le sent, est certes plus populaire et plus jeune. Ces poèmes marginaux ont disparu, mais ils ont l […] Lire la suite

ESPAGNE (Arts et culture) - La littérature

  • Écrit par 
  • Jean CASSOU, 
  • Corinne CRISTINI, 
  • Jean-Pierre RESSOT
  •  • 13 806 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Le XVe siècle »  : […] Du règne de Jean II à celui des Rois Catholiques, tous les genres se forment. La poésie reprend les rythmes des chansons populaires ou tourne à une savante rhétorique. Aux recueils des cancioneros s'ajoutent ceux des romances , lesquels formeront le Romancero. L'origine de ces merveilleuses pièces octosyllabiques a été beaucoup discutée : les plus anciennes sont peut-être des éclats arrachés à de […] Lire la suite

ESPAGNE (Arts et culture) - La musique

  • Écrit par 
  • Luis CAMPODÓNICO, 
  • Pierre-Paul LACAS
  •  • 5 663 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Des « cantigas » au Siècle d'or »  : […] Tout comme le romancero sera, dès le xiv e  siècle, le point de départ d'une poésie née dans le peuple et aboutissant au verbe lumineux des poètes du Siècle d'or (Garcilaso de la Vega, saint Jean de la Croix, Luis de Góngora y Argote, Lope de Vega, Francisco Gómez de Quevedo y Villegas), contemporains du Greco (1541-1614) et de Zurbarán (1598-1664), les cantigas auront été l'antécédent lointain […] Lire la suite

GARCÍA LORCA FEDERICO (1898-1936)

  • Écrit par 
  • Marie LAFFRANQUE
  •  • 3 362 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'art, chaîne de solidarité spirituelle »  : […] Lorca donne pour fin dernière à l'art, sous toutes ses formes, de rétablir une continuité explicite et expressive entre l'homme et la vie universelle, entre les hommes d'un même temps, entre ceux d'aujourd'hui et ceux qui les ont précédés d'âge en âge. Il prend place lui-même au cœur de ce réseau de « solidarité spirituelle ». Ainsi, leur nature même l'exige, sa poésie et son théâtre plongent déli […] Lire la suite

MORISQUE LITTÉRATURE

  • Écrit par 
  • Daniel DEVOTO
  •  • 272 mots

Les fastes des Arabes résidant en Espagne attirèrent dès le Moyen Âge l'attention et l'admiration des chrétiens de la Péninsule, qui imitèrent les usages et les costumes des Maures. Déjà le premier grand prosateur castillan, don Juan Manuel, montre, au xiv e  siècle, sa connaissance du style de vie de ses voisins et son admiration certaine pour leur élégance et leur luxe ; son contemporain Juan Ru […] Lire la suite

RIVAS ÁNGEL DE SAAVEDRA duc de (1791-1865)

  • Écrit par 
  • Bernard SESÉ
  •  • 448 mots

Poète et auteur dramatique espagnol. Ángel de Saavedra connut une existence mouvementée. Nommé officier de la garde du roi après avoir été élevé au séminaire des nobles de Madrid, il se distingue au cours de la guerre de l'Indépendance (1808) ; condamné à mort par Ferdinand VII à cause de ses idées libérales, il réussit à s'enfuir et reste exilé pendant dix ans en Angleterre, en Italie, à Malte, e […] Lire la suite

TIMONEDA JOAN (1518?-1583)

  • Écrit par 
  • Bernard GILLE
  •  • 645 mots

Né à Valence, ce tanneur, devenu libraire vers 1547, se fait connaître à partir de 1553 en éditant ses œuvres ou celles de ses amis. À sa mort, il jouit d'une confortable aisance dont témoigne son testament. Cette biographie embourgeoisée et sa culture d'autodidacte boulimique ont pu conduire certains historiens à le qualifier d'« honnête boutiquier » ou de « vulgarisateur de profession » (H. Méri […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Daniel DEVOTO, « ROMANCERO », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 juillet 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/romancero/