ROMAN SENTIMENTAL

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Une littérature populaire

Le xixe siècle est marqué par la formidable expansion de la presse et des technologies de la communication. La production s’accélère dans tous les secteurs de la culture : la musique, les spectacles, bientôt le cinéma. Un public de nouveaux lecteurs émerge. L’Angleterre est un des premiers pays à faire du livre un objet destiné au grand public. Publié en 1740, Pamela, ou la Vertu récompensée de Samuel Richardson, roman d'amour à succès, est un des premiers best-sellers, avec cinq éditions imprimées en onze mois. De son côté, Jane Austen est considérée comme l'un des précurseurs du genre avec Orgueil et Préjugés, paru en 1813. En France, l’apparition du roman-feuilleton à partir de 1840 marque la naissance du roman populaire. Le roman sentimental se développe dans le dernier quart du xixe siècle, lorsque l’Église s’alarme du goût du peuple alphabétisé pour la lecture de romans. Elle choisit alors de l’encadrer. Les feuilletons issus des périodiques tels que Les Veillées des chaumières ou Le Petit Écho de la mode proposent alors un roman d’amour qui élève l’âme et l’esprit. M. Maryan a ainsi écrit plus de quatre-vingt-dix-sept romans d’éducation. Toujours optimistes, ces ouvrages préparent les jeunes filles au mariage.

Le roman sentimental connaît un large développement après la Première Guerre mondiale. Les principaux éditeurs en sont Joseph Ferenczi, Jules Tallandier et Jules Rouff. Ils produisent de multiples collections de petits romans : petits par le format, la pagination et le coût modique. Jusque dans les années 1980, la Librairie Jules Tallandier restera un des éditeurs majeurs dans ce domaine. Elle va codifier la littérature sentimentale, destinée à exprimer une vision enchantée de l’existence. Les Delly, pseudonyme des frère et sœur Frédéric et Jeanne-Marie Petitjean, sont des auteurs emblématiques du genre. Leurs romans proposent des féeries détachées de toute actualité ou modernité. La foi sincère et l’honnêteté y sont systématiquement récompensées. Max du Veuzit, pseudonyme d’Alphonsine Vavasseur, dont la production compte aussi des millions de lecteurs, mêle à la trame sentimentale de l’aventure et du mystère et contribue à ancrer ses personnages dans une certaine réalité sociale. Si Tallandier publie des « romans qu’on peut mettre entre toutes les mains », comme l’indique le catalogue de l’éditeur, il existe dans la presse féminine populaire (Nous Deux, Femme d’aujourd’hui, Intimité, etc.) une abondante production de romans d’amour, parfois mis en scène et en images, comme dans le roman-photo. À partir de ces magazines sont publiés des séries et des numéros spéciaux.

Le secteur va se transformer à la fin des années 1970 avec l’arrivée en Europe de l’éditeur canadien Harlequin, une société créée en 1949 par Richard Bonnycastle, avocat, négociant en fourrures et imprimeur. En 1957, Harlequin devient le distributeur nord-américain de la firme anglaise Mills & Boon. Spécialiste du roman sentimental, cet éditeur vend chaque semaine ses livres à deux pence dans les librairies et chez les marchands de journaux. Réalisant le potentiel économique d’une telle production, Richard Bonnycastle rachète Mills & Boon en 1971. Son nouveau directeur, W. Lawrence Heisey, applique les méthodes de vente des produits de consommation à l’industrie du livre : il fait réaliser des études de marché sur les publics ; il joue de l’effet de marque avec des collections thématiques et place les livres dans les supermarchés ; il supprime les retours et donc la gestion des stocks, investit dans la publicité et met en place un système d’abonnement. Grâce à ce système de marketing très performant, Harlequin devient un éditeur international et incontournable : il se vend un Harlequin dans le monde toutes les quatre secondes. Quant à la trame des romans, elle continue d’évoluer dans un cadre moral très éloigné de l’émancipation féminine en cours.

C’est en 1972 que la romance moderne est lancée avec le livre de Kathleen Woodiwiss, Quand l’ouragan s’apaise. Ce récit d’un genre nouveau met en scène des héros que l’on surnomme bodice-rippers (« déchireurs de corsage »). Il obtient un succès planétaire avec plus de deux millions d’exemplaires vendus. Les contenus de la romance [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 5 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par :

  • : docteure en histoire culturelle, conservatrice en bibliothèque, responsable de formations et enseignante au Pôle Métiers du livre de l'université Paris-ouest-Nanterre-La Défense

Classification

Autres références

«  ROMAN SENTIMENTAL  » est également traité dans :

CARTLAND BARBARA (1901-2000)

  • Écrit par 
  • Claude COMBET
  •  • 490 mots

Barbara Cartland fut la reine du roman sentimental. Dame of the British Empire depuis 1991, fut un auteur prolifique et sa longévité n'a d'égal que son succès. Elle a signé plus de 723 ouvrages, dont 460 romans, traduits en 36 langues et dépassant le milliard de ventes dans le monde. Bien que sa production compte déjà cinquante romans en 1950, c'est dans les années 1970 que son succès s'avère le p […] Lire la suite

LA CONFESSION D'UN ENFANT DU SIÈCLE, Alfred de Musset - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Guy BELZANE
  •  • 919 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Un roman sentimental »  : […] Le livre s'ouvre sur une brève déclaration liminaire de l'auteur, qui situe d'emblée l'enjeu du récit : « Pour écrire l'histoire de sa vie, il faut d'abord avoir vécu ; aussi n'est-ce pas la mienne que j'écris. » Suit le long préambule théorique du fameux deuxième chapitre, après quoi peut enfin commencer la « confession » proprement dite. Octave, jeune homme insouciant de dix-neuf ans, vient d'êt […] Lire la suite

ORGUEIL ET PRÉJUGÉS, Jane Austen - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Catherine BERNARD
  •  • 967 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Un roman sentimental »  : […] La trame du récit est étroitement calquée sur celle de la « comédie romantique » illustrée par certaines œuvres de William Shakespeare, en particulier Beaucoup de bruit pour rien (1600) : le lecteur suit les vicissitudes amoureuses d'un couple de jeunes gens que tout semble devoir séparer, mais que les strictes lois de la comédie prédestinent d'entrée l'un à l'autre. Le trait de génie de Jane Aus […] Lire la suite

PRESSE DU CŒUR ou PRESSE SENTIMENTALE

  • Écrit par 
  • Isabelle ANTONUTTI
  •  • 4 028 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Origines  »  : […] Le magazine Confidences, le journal des histoires vraies , créé en 1938 par Paul Winkler, est considéré comme le premier titre de la presse du cœur. Dans son éditorial du 13 mai 1938, cette publication propose de « partager les mystères de l’existence » et de « se délivrer du fardeau des secrets ». Confidences offre deux types de contenus : des romans et nouvelles sentimentales, des témoignages d […] Lire la suite

URFÉ HONORÉ D' (1557-1625)

  • Écrit par 
  • Nicole QUENTIN-MAURER
  •  • 567 mots

L'auteur de L'Astrée est né à Marseille ; son père est issu d'une ancienne famille du Forez, sa mère est apparentée à la maison ducale de Savoie, son oncle est gouverneur de la Provence. Honoré d'Urfé est d'abord élevé au château de la Bastie en Forez, puis à Paris au collège de Tournon. Encore tout jeune homme, il prend parti pour la Ligue et demeurera fidèle au duc de Nemours, chef du mouvement […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Isabelle ANTONUTTI, « ROMAN SENTIMENTAL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/roman-sentimental/