ROLAND BARTHES PAR ROLAND BARTHES, Roland BarthesFiche de lecture

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« Je est un autre »

À sa sortie, le livre est vu comme un exercice ludique et une sorte de gag. Ce qui frappe d'abord le lecteur, c'est son aspect de pastiche. Des Écrivains de toujours, en effet, il copie la présentation, le format et surtout la forte présence de l'iconographie, dotée d'une valeur informative égale à celle du texte. C'est sur un petit album de photographies, assorties de commentaires, que s'ouvre l'ouvrage. Photos de la mère d'abord, Henriette née Binger, prise à Biscarosse en 1932, qui apparaît dès la deuxième page ; puis du père, Louis, officier de marine mort en 1916 dans un combat naval, des aïeux, des maisons et des jardins d'enfance, des rues de Bayonne avant-guerre et des rives de l'Adour ; enfin celles de l'auteur lui-même, dans ses divers avatars, du nourrisson sur les genoux maternels à l'intellectuel intervenant dans un colloque.

Cette introduction en images peut laisser penser que le livre sera tout entier voué à l'évocation nostalgique du passé. En fait, dès que le texte commence, cette dimension exclusivement rétrospective disparaît. Roland Barthes par Roland Barthes, en effet, n'est pas une autobiographie, c'est un roman, mais un roman dont on aurait supprimé l'intrigue, le décor et les personnages – à l'exception du narrateur – pour n'en garder que la quintessence : ce que Barthes nomme le « romanesque », soit « un mode de notation, d'investissement, d'intérêt au réel quotidien, aux personnes, à tout ce qui se passe dans la vie ».

C'est ainsi que celui qui dit « je » n'est pas Barthes ou du moins ne l'est qu'en partie (l'auteur se désigne d'ailleurs par d'autres pronoms, le « il » ou le « vous », ou par ses initiales R.B.). C'est un personnage de fiction qui s'étonne, s'interroge, commente, critique, définit, se souvient, analyse ou juge, tout au long d'un monologue intérieur ou d'un journal intime traversé de rêveries et d'obsessions. « L'effort vital de ce livre est de mettre en scène un imaginaire », dit Barthes. Celui-ci explorera plus tard l'imaginaire de l'amour (Fragments d'un discours amoureux, 1977) et celui du deuil (La Chambre claire, 1980), mais c'est ici l'imaginaire de l'intellect qui fait l'objet de ses investigations au gré de quelques thèmes dominants : le langage, l'écriture, l'idéologie, le politique, l'inconscient mais aussi le corps, le désir, la sensualité ou la répulsion.

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Écrit par :

  • : agrégé de lettres modernes, ancien élève de l'École normale supérieure

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«  ROLAND BARTHES PAR ROLAND BARTHES, Roland Barthes  » est également traité dans :

BARTHES ROLAND (1915-1980)

  • Écrit par 
  • Philippe DULAC
  •  • 4 712 mots
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Dans le chapitre « Barthes par Barthes »  : […] On comprendra que le texte ne se présente pas comme objet de discours scientifique et de théorie (comme l'était auparavant le signe), mais bien plutôt comme le générateur d'un discours métaphorique et subjectif, bref d'une écriture. « La pratique d'une écriture textuelle, dit Barthes, est la véritable assomption de la théorie du texte. » Entendons qu'il désigne ainsi la mutation personnelle qui l […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Philippe DULAC, « ROLAND BARTHES PAR ROLAND BARTHES, Roland Barthes - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/roland-barthes-par-roland-barthes/