RAUSCHENBERG ROBERT (1925-2008)

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Du monochrome aux Combine Paintings

Robert Rauschenberg est né à Port Arthur (Texas) en 1925. Sa formation de plasticien le conduit successivement au Kansas City Art Institute et au Black Mountain College en 1949. Il y suit l'enseignement de Josef Albers et se lie d'amitié avec Merce Cunningham, David Tudor et John Cage qui avait coutume de dire : « même le banal contient un potentiel esthétique ». Il y participe à un certain nombre de performances, dont la Theater Piece No 1 (1952) de John Cage, considérée comme le premier happening. Par la suite, Robert Rauschenberg travaille régulièrement avec le monde du théâtre et de la danse, créant costumes et décors pour Merce Cunningham, Paul Taylor et Trisha Brown, sans compter les spectacles qu'il monte lui-même.

Dès ses premières œuvres, Rauschenberg se situe par rapport à ce que l'Europe a connu de plus libre : le collage et l'esthétique du Merz de Kurt Schwitters, les Ready Made de Marcel Duchamp. D'un geste radical, qui rappelle celui de Duchamp affublant la Joconde d'une paire de moustaches, il demande à De Kooning un dessin qu'il efface et titre Erased De Kooning (1953, Musée d'art moderne, San Francisco). « Pour Dada, il s'agissait d'exclure, affirme l'artiste, c'est la censure contre le passé. Pour nous, il s'agissait d'inclure, d'introduire le passé dans le présent, la totalité dans le moment ». À partir de 1952, les premières œuvres que Rauschenberg expose sont des monochromes : All Black Paintings et All White Paintings, dont la seule image est l'ombre réfléchie par la spectateur, équivalent pictural des plages de silence de John Cage. En 1954, il réalise une série de Red Paintings (Solomon R. Guggenheim Museum, New York) composés de morceaux de journaux ou de tissus, grossièrement découpés enduits de peinture, et incorporés ensuite à la surface de la toile.

Dans le même temps, il entame la série des Combine Paintings qu'il expose en 1958 à la galerie Leo Castelli à New York. À leur propos, John Cage écrit : « Il n'y a pas davantage de sujet dans une Combine Painting qu'il n'y en a dans la page d'un journal, tout ce qui s'y trouve est sujet ». Quant à Rauschenberg, il ajoute : « on fait des tableaux par désespoir pour échapper au connu, à la facilité, pour être un aventurier ». Entre peinture et sculpture, le plus souvent très colorées et rigoureusement structurées dans l'espace, les Combine accueillent tout un monde d'objets hétéroclites, le plus souvent trouvés comme des animaux empaillés – un aigle, une chèvre (Monogram, 1955-1959, Moderna Museet, Stockholm), une poule (Odalisque, 1955-1958, Museum Ludwig, Cologne) –, ou des objets liés à la vie quotidienne – kilt ou oreiller (Bed, 1955, Museum of Modern art, New York), horloges, photos, miroirs (Charlene, 1954, Stedelijk Museum, Amsterdam), postes de radio, images tirées d'un magazine ou encore bouteilles de Coca-Cola (Coca-Cola plan, 1958, Museum of contemporary Art, Los Angeles). Lorsqu'il s'agit d'une installation en trois dimensions, comme L'Oracle (l962, Musée national d'art moderne, Centre Georges-Pompidou, Paris), l'artiste agence dans l'espace toutes sortes de matériaux qui semblent sortir des rebus d'une usine et y ajoute une dimension sonore.

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Pour citer l’article

Maïten BOUISSET, « RAUSCHENBERG ROBERT - (1925-2008) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-rauschenberg/