MALAVAL ROBERT (1937-1980)

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Le 20 août 1980, on retrouvait, dans ce qu'il appelait son atelier-bunker de la rue du Pont-Louis-Philippe à Paris, le corps du peintre Robert Malaval qui s'était suicidé en se tirant une balle dans la tête. Ce geste mettait un terme dramatique à la vie et à la carrière de l'un des plus singuliers créateurs des années 1960-1970. Profondément individualiste, marginal bien souvent, rebelle aux modes et aux tendances, refusant de se plier aux exigences du marché comme à celles des institutions, déroutant son entourage par ses brusques changements, par ses absences, Robert Malaval était de ceux qui avaient choisi de vivre intensément et dangereusement, sur fond de musique rock, les délires et les peurs d'une génération qui rêvait d'assumer sa liberté, en défiant sans cesse la mort.

Né à Nice, Robert Malaval est dans le sillage de l'École de Nice dont les vedettes, comme Ben, faisaient parler d'elles. Sa vocation se décide « par refus », dira-t-il plus tard, « de la vie d'ouvrier qui m'attendait ». Ses premières œuvres importantes, datées de 1959, ont été exposées en 1981 à la Galerie internationale. Installé alors en Haute-Provence, Malaval y élève des chèvres et des vers à soie ; il tente de transposer dans le tableau, avec tout ce qui lui tombe sous la main, sable, sciure de bois, papier froissé, morceaux de jute, les mouvements secrets du monde minéral et végétal qu'il observe à longueur de journée. Les formes y semblent sur le point de se défaire, pour se recomposer différemment sous l'action du temps. En 1961, Robert Malaval rend totalement monochrome cette matière qui ne demande qu'à se transformer et la baptise L'Aliment blanc. Faite de stéarine et de cire, métaphore des contraintes obsessionnelles que chacun subit au quotidien, elle devient ces formes organiques, ces excroissances blanchâtres, qui dans un jeu halluciné et hallucinant envahissent l'ensemble du tableau, et jusqu'à l'atelier de l'artiste.

Installé à Paris, vêtu de blanc, Robert Malaval promène non sans dandysme sa jeune gloire, dans un milieu artistique avide de nouveauté. « J'ai décidé de réussir, dit-il alors. J'ai lu McLuhan, j'ai lu Warhol. Il faut faire du spectacle. » Puis le peintre abandonne le blanc et expose chez Yvon Lambert, en 1967, Rose, blanc, mauve, découpage de corps féminins en à-plat. Il s'éloigne momentanément de la peinture, avec un Projet d'aménagement du parc de Saint-Cloud qui a dû perturber certains urbanistes. En 1971, une exposition, Paris, Transat, Marine, invitait à imaginer que les salons de l'hôtel Salomon de Rothschild, 11, rue Berryer, étaient, sous les spots et dans le bruit des vagues, le lieu des vacances rêvées. Robert Malaval découvre la musique rock qui le fascine. Il veut monter un groupe et ne fréquente plus que des musiciens. Dans un milieu où l'on accepte mal les ruptures trop brutales et les absences répétées, certains critiques pensent qu'il est perdu pour la peinture. En réalité Malaval cherche un second souffle, celui qui lui permettrait de concilier musique et peinture, et passerait par l'improvisation. Il le trouve en utilisant des paillettes dans la série des Kamikaze rock et Kamikaze fin de siècle. « J'ai commencé à utiliser les paillettes par lassitude du matériau traditionnel. C'était comme la guitare électrique par rapport à la guitare sèche. En plus j'ai toujours été fasciné par le côté fugitif de la musique. Je me suis mis à peindre, comme on joue des chansons, je joue un dessin, je le chante », écrit Robert Malaval dans la Préface du catalogue de l'exposition-pirate qu'il présente à la maison des arts de Créteil au mois de juin 1980 : deux cents pastels, dessins et peintures. L'artiste, qui a installé son atelier sur place, tient pendant un mois et demi un pari épuisant : réaliser chaque jour devant le public un nouveau tableau. Improvisation magistrale, douloureuse parfois, où l'artiste, à partir d'un schéma préparatoire, se livre au jeu des brosses et du tracé pour finir par un lancé de paillettes, « ce coup de poing » qui donne un sens possible à la peinture. Une telle expérience ne pouvait laisser qu'un goût de cendre à cet artiste torturé, qui écrivait en 1974 : « Vouloir tout saisir est un vertige terrible. » Robert Malaval avait décidé en tout cas, et en toute lucidité, que ce serait là sa dernière aventure de peintre.

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Maïten BOUISSET, « MALAVAL ROBERT - (1937-1980) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-malaval/