ALDRICH ROBERT (1918-1983)

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Un film-manifeste

Robert Aldrich s'était posé d'emblée un redoutable défi à lui-même. En quatrième vitesse n'en est pas pour autant une réussite totalement isolée dans sa carrière fantasque et irrégulière.

Le « discours » d'Aldrich, qui se développera à partir de ce film charnière (et qui s'esquissait déjà en 1954, dans Vera Cruz), prendra des formes variées, revêtira à l'occasion une tonalité grotesque ou farcesque, s'articulera sur des genres aussi distincts que le western, le film de guerre ou le mélodrame « gothique », mais restera centré, pour l'essentiel, sur les mêmes conflits de valeurs et sur la même typologie de personnages. Par-delà ses errements avoués et ses éclipses successives, Aldrich aura manifesté, en effet, une obstination très méritoire : sa forme particulière d'honnêteté – entachée ici et là de commercialisme patent – aura consisté à reprendre, périodiquement, l'exposé de ses doutes, de ses colères et de ses déchirements. La cohérence de son propos aura consisté à s'avouer perplexe, et son art à nous faire partager, parfois, cette perplexité.

Robert Aldrich est né le 9 septembre 1918 à Cranston (Rhode Island, États-Unis). Le cinéma d'Aldrich a pris naissance dans les années 1950, période de repli angoissé et d'incertitude qui lui inspira un goût persistant pour le huis clos et les ambiances oppressantes (The Big Knife / Le Grand Couteau, 1955 ; Whatever Happened to Baby Jane ? / Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?, 1962 ; Autumn Leaves / Feuilles d'automne, 1965 ; The Killing of Sister George / Faut-il tuer Sister George ?, 1968). Mais il se réclame aussi de l'humanisme protestataire et tourmenté des années 1930 et 1940 qu'incarnèrent, au théâtre et à l'écran, des hommes comme Clifford Odets, Abraham Polonsky et Robert Rossen. Aldrich a reconnu avec franchise sa dette à l'égard d'un film clé du tandem Rossen-Polonsky : Body and Soul / Sang et or (1947), tourné à l'aube du maccarthysme. Il a fait sienne la thématique du rachat, qu'il a illustrée dans plusieurs de ses films. Bronco Apache (1954), Attack ! / Attaqu [...]

Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?, R. Aldrich

Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?, R. Aldrich

Photographie

Joan Crawford (1908-1977) et Bette Davis (1908-1989) dans une scène du film de Robert Aldrich Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? (1962). 

Crédits : Hulton Getty

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Pour citer l’article

Olivier EYQUEM, « ALDRICH ROBERT - (1918-1983) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-aldrich/