ARTSCHWAGER RICHARD (1923-2013)

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Objet de culte, objet du quotidien

L'œuvre de Richard Artschwager se situe au moins dans deux catégories : le cultuel et le quotidien. On peut ranger sous la notion de sacré ce qui relève du domaine religieux, tels les objets utilisés dans les églises – les retables repris dans ses Triptyques et Diptyques, ou le confessionnal de Tower III (1980, formica sur bois) ; sous la notion de quotidien se rangent les objets domestiques – chaises, tables, bureaux, etc. Ces deux catégories d'objets intéressent d'abord Artschwager parce que la culture en a déjà codifié la symbolique, la fonction économique ou sociale. Il peut donc trouver une base minimale de sens, sans avoir à les modifier d'aucune façon. De même, les peintures acryliques sur Cellotex – d'après des photographies en noir et blanc de magazines retravaillées – nous montrent des choses banales telles qu'immeubles, portraits, natures mortes, intérieurs, hôpitaux, paniers, assiettes, des images d'événements quotidiens qui s'identifient à la banalité des sculptures-objets. Par leur texture, leur taille, leur volume, ces peintures se rapprochent plus souvent de l'objet que d'une surface picturale, laquelle est reprise à son tour dans certains objets tridimensionnels en bois. Si les objets, tables et chaises et les peintures d'objets usuels provoquent les automatismes du corps du spectateur lorsque celui-ci est confronté à cet univers du quotidien et du domestique, l'intellect oppose une résistance face à leur valeur d'usage purement fictive. Par exemple, quand il colle du Formica sur du bois pour en faire un retable, Artschwager ne garde de celui-ci que sa pure fonctionnalité. Dans Six Mirror Images, 1975-1979 (formes géométriques de Plexiglas métallisé, moulées par le vide et collées sur des planches), les cinq panneaux de bois s'ouvrent et se ferment grâce aux charnières sur lesquelles ils pivotent. L'objet d'art ne donne plus à voir une reproduction mais son fonctionnement, et rejoint le monde du domestique en assimilant les propriétés physiques des tiroirs ou des portes. Ainsi déstructuré, il n'offre plus aux yeux du spectateur que ses mécanismes et ses rouages. Toute cette fonctionnalité montre le paradoxe existant entre le monde de référence (l'usage) et le monde propre de l'objet (la non-utilisation). La capacité à communiquer une signification par la simple iconicité de l'objet cultuel ou domestique trouve justement sa force dans la connotation inhérente à chacun de ces objets, qui réveillent en nous un vécu quotidien tout en demeurant résolument autre chose : un objet spécifique à la sphère de l'art. Car si l'objet se reflète dans les catégories du domestique ou du cultuel, il n'est pas issu de ces domaines qui lui sont étrangers. L'articulation devient plus claire si l'on se réfère à l'idée de classement des choses et des événements chère à Artschwager, puisqu'il ne s'agit pas d'inventorier les objets domestiques par rapport aux objets de l'art, mais de classer l'ensemble « art » de l'intérieur. Mais, justement, on classe toujours par rapport à d'autres classements ; d'où la volonté de renvoyer par une méthode de tri, d'une part, à l'objet fonctionnel quotidien dont l'usage est seulement physique et, d'autre part, à l'objet construit en vue d'une signification esthétique. Si, pour retrouver le sens qui se dégage ou qui est placé dans l'objet, une interprétation est nécessaire et souhaitable, il ne s'agit pas seulement du contact d'une chair avec un visible, de la confrontation physique du regardeur avec l'objet ou la peinture, mais également de l'intervention du langage lorsqu'il discourt sur ces deux éléments, car cela ne saurait se réduire alors à une pure sensitivité.

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Écrit par :

  • : professeur en esthétique à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, critique d'art

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Pour citer l’article

Jacinto LAGEIRA, « ARTSCHWAGER RICHARD - (1923-2013) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/richard-artschwager/