MUTI RICCARDO (1941- )

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Charisme et précision

Muti a contribué à faire sortir l'opéra italien d'une certaine routine grâce à une approche sans concession et un sens inné du théâtre. Il met fin au règne des divas et des metteurs en scène et redonne la primauté au texte musical. À Florence, il avait présenté en 1972 la première exécution intégrale de Guillaume Tell de Rossini (l'opéra le plus long du répertoire). À la Scala, il tire de l'oubli des ouvrages de Gluck (Armide, Alceste), de Spontini (Agnes von Hohenstaufen, La Vestale), Cherubini (Lodoïska), Meyerbeer (L'Africaine) ou certains opéras méconnus de Verdi (Attila, I Masnadieri, Ernani). À la fin des années 1990, il dirige un impressionnant cycle de La Tétralogie de Wagner. En 2004, pour la réouverture de cet illustre théâtre, entièrement rénové, il donne Europa riconosciuta d’Antonio Salieri. Au concert, son répertoire va de Haydn et Mozart aux contemporains, avec une prédilection pour les romantiques et les classiques du xxe siècle. Muti s'aventure volontiers hors des sentiers battus et fait revivre la musique religieuse de Cherubini, exhume les œuvres symphoniques de Giuseppe Martucci, Amilcare Ponchielli ou Puccini et enregistre les musiques de film de Nino Rota ou d’Ennio Morricone.

À ses débuts, il se fait le champion de compositeurs comme Britten, Ligeti, Dallapiccola, Petrassi ou Chostakovitch (dont il dirige la première audition en Italie de la Treizième Symphonie en 1970). Par la suite, son activité en faveur des compositeurs de son temps est plus timide, si l’on excepte les commandes passées lorsqu’il était à Philadelphie. On lui doit quelques créations, comme Varianti de Bruno Bettinelli (1970), Transfigured Notes de Milton Babbitt (1986), Phaethon de Christopher Rouse (1986), Il deserto cresce de Giacomo Manzoni (1992), Scena d’Ivan Fedele (1998), Voci dal silenzio d’Ennio Morricone (2002) ou Giusta Armonia de Fabio Vacchi (2006).

Muti n’hésite pas à s’engager pour des causes importantes : la thématique des « chemins de l’amitié » qu’il développe au festival de Ravenne avec l’Orchestre philharmonique de la Scala se prolonge dans des concerts à Sarajevo en 1997, Beyrouth en 1998, Jérusalem en 1999, Erevan et Istanbul en 2001, Le Caire en 2003. L’homme est discret ; il ne se lie pas facilement et vit dans un quartier isolé de Ravenne, où on peut le rencontrer faisant son marché avec simplicité, image qui va à l’encontre de celle qui est projetée par une carrière particulièrement bien gérée. Muti possède un charisme et un sens dramatique puissants qui lui ont valu d’être souvent comparé à Toscanini. Comme lui, il se montre intraitable sur l’exactitude et la clarté de l’exécution. Mais il sait aussi user de son charme qui envoûte chanteurs et instrumentistes. Vigueur, précision, sens des couleurs et élégance sont les caractéristiques principales d’une direction peut-être moins profonde que puissante. Très à l’aise d’emblée dans l’univers de Verdi, il s’est imposé par la suite comme un grand mozartien et est devenu l’une des figures incontournables du festival de Salzbourg, où il exhume, en 2007, un opéra de Cimarosa, Il ritorno di Don Calandrino. Après son départ de la Scala, les plus grands orchestres américains (Chicago, New York) cherchent à se l’attacher. Mais une période de liberté semble nécessaire dans sa carrière avant de reprendre de nouvelles responsabilités, à la recherche d’un nouveau profil.

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Écrit par :

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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Pour citer l’article

Alain PÂRIS, « MUTI RICCARDO (1941- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/riccardo-muti/