RÉVOLUTION & EMPIRE, armée

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De l'armée des soldats citoyens à l'armée des coups d'État

Pourtant, ce furent ces soldats, s'honorant du titre de citoyen, qui participèrent aux coups d'État dont fut émaillée la vie politique du Directoire, jusqu'à faire s'effondrer la République, et qui donnèrent le pouvoir à un de leurs généraux. À cette situation il y a plusieurs explications et d'abord celle d'une démission progressive du pouvoir face aux généraux. Le Directoire s'efforça bien de contrôler l'armée par l'envoi de commissaires chargés de veiller à la direction des territoires occupés, de surveiller l'approvisionnement de l'armée et de dénoncer les généraux indisciplinés. En fait, les généraux étaient trop indispensables au Directoire pour qu'il pût songer à les tenir étroitement : ceux-ci lui apportèrent, avec l'or des pays conquis, la force des baïonnettes pour lutter contre les royalistes, notamment lors du coup d'État du 18 fructidor an V (4 sept. 1797). Les commissaires aux armées furent rappelés et les soldats tombèrent sous la coupe de leurs chefs. Chacun des généraux qui commandaient une armée s'empara de l'administration, de la justice, des finances, du recrutement et de la promotion des cadres. Chaque armée fut la cliente de son chef. Les généraux profitèrent aussi de l'éloignement de leurs troupes, de plus en plus coupées des réalités nationales, pour reporter sur leur personne la charge affective qu'avait eue la patrie. Par une habile propagande qui entretint l'hostilité dans les demi-brigades contre des « pékins », des « avocaillons », des « politiciens » prêts, disaient-ils, à toutes les compromissions pour sauver leur place, ces généraux se vantèrent d'être les seuls désormais à incarner la nation révolutionnaire. Avant même le coup d'État du 18 brumaire, certains de ces généraux songeaient à s'emparer du pouvoir. Ils avaient manipulé les néo-Jacobins lors du coup d'État parlementaire de prairial an VII (18 juin 1799), ils comptaient bien recommencer. Au lendemain du 18-Brumaire, Bonaparte savait qu'il aurait à compter avec l'opposition d [...]


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Écrit par :

  • : professeur d'histoire moderne à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, agrégé de l'Université, docteur ès lettres

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AUSTERLITZ BATAILLE D' (1805)

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Inscription individuelle, sur les rôles de l'armée, sans distinction de classes sociales, de tous les jeunes gens ayant atteint l'âge fixé par la loi. Pour qu'elle apparût, deux conditions étaient nécessaires : en premier lieu, au militaire subordonné à son souverain par un lien personnel quasi féodal devait se substituer le soldat citoyen, émanation armée de la nation ; en second lieu, il fallait […] Lire la suite

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DESAIX LOUIS CHARLES ANTOINE DES AIX dit (1768-1800)

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Issu d'une famille noble d'Auvergne, Desaix est déjà sous-lieutenant à quinze ans en 1783. Son attitude envers la Révolution peut se définir par un loyalisme sans faille et par une adhésion modérée. En 1791, son refus de suivre son frère aîné qui émigre le brouille avec sa famille ; en août 1792, il proteste contre la suspension du roi, ce qui lui vaut un mois d'emprisonnement. Dès octobre 1793, i […] Lire la suite

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Dans le chapitre « Le manque d'hommes »  : […] Lorsqu'un conflit se prolonge, les hommes valides et en âge de combattre viennent à manquer. Il faut alors remplacer les soldats tués ou blessés par des jeunes gens de plus en plus éloignés de l'âge minimal requis pour combattre, en dépit de leur fragilité physique et morale, de leur inexpérience et de leur indiscipline. Ainsi, à Rome, durant la deuxième guerre punique, il fallut enrôler des jeune […] Lire la suite

GROUCHY EMMANUEL marquis de (1766-1847) maréchal d'Empire

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Transfuge de sa classe (pour emprunter au marxisme son vocabulaire), Grouchy offre l'exemple typique de ces nobles qui, choisissant le parti patriote contre le parti aristocrate, embrasseront la cause révolutionnaire avec autant de persévérance que de détermination. Beau-frère de Condorcet et de Cabanis, esprit attentif et curieux, il restera l'ami des idéologues. Par conviction politique, il dema […] Lire la suite

HOCHE LAZARE (1768-1797)

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Né à Versailles, fils d'un palefrenier du roi. Fusilier puis caporal aux gardes françaises, Lazare Hoche, pendant ses heures de loisir et de congé, confectionne des ouvrages de dentelle qu'il vend pour avoir de quoi s'acheter des livres ; passionné surtout de Plutarque et de Rousseau, il acquiert une solide instruction. Ardemment « patriote », il entraîne ses camarades à la prise de la Bastille, p […] Lire la suite

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Fils d'un chirurgien de Limoges, Jourdan a fait comme simple soldat la guerre d'Amérique avant de s'établir comme mercier à Limoges ; volontaire de 1791, il sert sous Dumouriez à l'armée du Nord ; général de division dès juillet 1793, il est en septembre (avec Pichegru et Hoche) l'un des commandants en chef « sans-culottes » nommés par le Comité de salut public ; en octobre, il bat Cobourg à Watti […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Jean-Paul BERTAUD, « RÉVOLUTION & EMPIRE, armée », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 juillet 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/revolution-et-empire-armee/