RÉPUBLIQUE TURQUE DE CHYPRE DU NORD (R.T.C.N.)

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La République turque de Chypre du Nord (R.T.C.N.), appelée parfois République turque du nord de Chypre, est le résultat de l’invasion du nord de l’île de Chypre par l’armée turque durant l’été de 1974. Cette entité n’est reconnue internationalement que par la Turquie.

Chypre : carte administrative

Carte : Chypre : carte administrative

Carte administrative de Chypre. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Dès l’Antiquité, l’île de Chypre, ou l’île d’Aphrodite, est peuplée de Grecs. Les Ottomans prennent l’île aux Vénitiens en 1571 et y installent des paysans colons. Ces derniers vont former la minorité chypriote turque de l’île, laquelle représentait 18 p. 100 de la population totale au moment de l’indépendance, en 1960.

En 1878, la Sublime Porte offre l’île à l’Empire britannique. Istanbul annonce officiellement qu’il n’aura plus aucune vue sur Chypre et se désintéresse de sa minorité. Les Grecs espèrent que Londres va donner l’île à la « mère patrie grecque ». Quant aux Turcs, ils collaborent avec la puissance occupante pour se mettre à l’abri de toute tentative d’« Enosis » (union à la Grèce).

En 1950, les Chypriotes grecs revendiquent à nouveau l’Enosis, en se prononçant à 96 p. 100 en sa faveur lors d’un référendum. Le 1er avril 1955, ils passent à la lutte armée tandis qu’Ankara, pour la première fois depuis 1878, fait part de son intérêt pour Chypre, qu’il souhaiterait voir divisée en deux et rattachée pour moitié à la Turquie, pour moitié à la Grèce (le « Taksim »). En 1957, le jeune leader chypriote turc extrémiste, Rauf Denktash, fonde l’Organisation de la résistance turque (T.M.T.), en liaison directe avec l’armée d’Ankara. Finalement, les Britanniques imposent une indépendance non désirée. En décembre 1959, l’archevêque Makarios est élu président de la nouvelle République de Chypre, officiellement indépendante le 16 août 1960, et le Chypriote turc Fazil Küçük devient vice-président.

La puissance coloniale lègue une Constitution rendant l’île ingouvernable. Lorsque le président Makarios tente de modifier celle-ci en novembre 1963, les Chypriotes turcs se révoltent contre la jeune république. Sous la houlette de Rauf Denktash et d’officiers de l’armée turque, les Chypriotes turcs s’enferment dans une vingtaine de bourgades. En mars 1964, deux mille cinq cents casques bleus débarquent dans l’île.

Les négociations intercommunautaires reprennent en 1968 et ne sont pas loin d’aboutir en 1973. Mais la junte des colonels, au pouvoir à Athènes, voit d’un mauvais œil le président Makarios, chantre des non-alignés et apparemment proche de Moscou. Le 15 juillet 1974, elle tente de le renverser. Cinq jours plus tard, l’armée turque débarque sur l’île, officiellement pour une mission de police. Elle est accueillie en libératrice dans les enclaves turques. Cent vingt mille Chypriotes grecs vont rejoindre la zone libre de l’île, croisant soixante mille Chypriotes turcs. Une ligne de démarcation, la « ligne verte », est établie entre les deux communautés.

Dès 1973, Rauf Denktash avait écarté le modéré Fazil Küçük du pouvoir. Élu président de l’entité chypriote turque (36 p. 100 du territoire de l’île), il proclame, le 13 février 1975, « l’État fédéré chypriote turc », qui devient officiellement la R.T.C.N. le 15 novembre 1983. Celle-ci n’est reconnue que par la Turquie ; elle obtient un statut d’observateur à l’Organisation de la conférence islamique en 2004.

Trente mille soldats turcs stationnent en R.T.C.N. et Ankara envoie massivement des colons originaires de l’Anatolie : ils sont cent vingt mille dans les années 2010, alors qu’il ne reste plus que quatre-vingt mille Chypriotes turcs. Plus de cinquante-cinq mille d’entre eux ont rejoint le Royaume-Uni et la Turquie.

La candidature de Chypre à l’entrée dans l’Union européenne (U.E.) aurait pu être l’occasion de régler la question chypriote mais, le 16 avril 2003, la République de Chypre seule signe son adhésion à l’U.E., qui sera effective au 1er mai 2004. Quelques jours plus tôt (24 avril 2004), par référendum, les Chypriotes grecs ont refusé à 76 p. 100 le plan Annan de réunification, accepté à 65 p. 100 par les Chypriotes turcs.

Sur le déclin, Rauf Denktash lâche du lest et ouvre dès 2003 deux points de passage entre le nord et le sud, d’autant qu’il ne bénéficie plus du soutien du nouveau pouvoir islamiste en place en Turquie. Aujourd’hui, il existe six points de passage, dont le dernier et le plus symbolique a été ouvert en avril 2008, dans le centre de la vieille ville de Nicosie. Trente mille Chypriotes turcs franchissent quotidiennement la ligne de démarcation, mais uniquement pour la journée.

Rauf Denktash, qui fut l’homme fort de la R.T.C.N. pendant plus de trente ans, est battu à l’élection présidentielle d’avril 2005, remplacé par l’ancien communiste Mehmet Ali Talat.

À partir de septembre 2008, celui-ci mène des négociations avec le président de la République de Chypre, le communiste Dimitri Christofias, élu en début d’année. Aujourd’hui, les deux communautés entretiennent à nouveau des relations dédramatisées. Après la présidence du nationaliste Dervis Eroglu (2010-2015), l’élection à la tête de la R.T.C.N., en avril 2015, de Mustafa Akinci, partisan de la réconciliation, suscite un espoir de réunification.

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Écrit par :

  • : docteur en histoire du xxe siècle de l'Institut d'études politiques, Paris, journaliste, membre du comité de rédaction de la revue Confluences Méditerranée

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Pour citer l’article

Christophe CHICLET, « RÉPUBLIQUE TURQUE DE CHYPRE DU NORD (R.T.C.N.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/republique-turque-de-chypre-du-nord/