RELATION

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La doctrine des catégories : Aristote et Kant

Une théorie des catégories fournit un lieu dans lequel peut s'inscrire le concept de relation et assigne à celui-ci une place déterminée dans ce lieu ; il le situe, si l'on peut dire, topologiquement. On retiendra ici deux conceptions des catégories, qui ont l'une et l'autre une signification exemplaire : celle d'Aristote et celle de Kant. Chez ces deux auteurs, les catégories sont rattachées à la doctrine du jugement ; elles représentent les divers modes selon lesquels peut fonctionner le jugement. Mais, alors que chez Aristote elles ont une portée à la fois logique et ontologique, chez Kant, conformément au point de vue criticiste qui est le sien, elles n'ont, en dehors de leur aspect proprement logique, qu'une portée épistémologique. (Les textes de base se trouvent, pour ce qui concerne Aristote, dans l'Organon, I : Catégories, et V : Topiques, et dans la Métaphysique, et pour ce qui concerne Kant, dans la Critique de la raison pure, I, 2e part., 1re div., Analytique transcendantale.)

Aristote présente les catégories comme les différentes espèces de prédicats que l'on peut attribuer à un sujet dans le jugement (le terme κατηγορ́ια vient du verbe κατηγορε̂ιν, « affirmer », ou, plus explicitement, « attribuer – positivement ou négativement – un prédicat à un sujet »). Mais, comme la synthèse judicative a une signification ontologique, les catégories doivent elles-mêmes être considérées comme des déterminations réelles de l'être. Ce sont les genres les plus généraux de l'être. À ce titre, elles constituent des notions irréductibles : on ne peut les définir les unes par les autres, et on ne peut les ramener à un genre unique suprême. La relation est l'une des dix catégories retenues par Aristote. Les caractérisations les plus explicites sont données dans les Catégories et dans la Métaphysique. À vrai dire, ce n'est pas directement la notion de relation comme telle qui est expliquée dans ces textes, mais la notion de « relatif à » (πρ́ος τι). Dans les Catégories, l'explication fait appel à l'idée de dépendance ; dans la Métaphysique, elle consiste à évoquer un certain nombre de relations déterminées, rangées en trois classes (relatifs de type arithmétique, relatifs selon l'action et la passion, relatifs appartenant à l'ordre de la connaissance). « On appelle relatives ces choses dont tout l'être consiste en ce qu'elles sont dites dépendre d'autres choses, ou se rapporter de quelqu'autre façon à autre chose : par exemple, le plus grand est ce dont tout l'être consiste à être dit d'une autre chose, car c'est de quelque chose qu'il est dit plus grand ; et le double est ce dont tout l'être est d'être dit d'une autre chose, car c'est de quelque chose qu'il est dit le double ; et il en est de même pour toutes les autres relations de ce genre » (Catégories, 7, 6 a 36 - 6 b 1, trad. J. Tricot). « Relatif, se dit, d'une part, comme le double à la moitié, le triple au tiers, et, en général, le multiple au sous-multiple, et l'excès au défaut ; d'autre part, comme ce qui peut échauffer à ce qui peut être échauffé, ce qui peut couper à ce qui peut être coupé, et, d'une manière générale, l'actif au passif. Le relatif est aussi comme le mesuré à la mesure, le connaissable à la connaissance, le sensible à la sensation. » (Métaphysique, Δ, 15, 1020 b 26 - 1020 b 30, trad. J. Tricot.)

Pour Kant, les catégories sont les formes a priori de l'entendement pur ; elles représentent les différents modes possibles selon lesquels la pensée discursive peut synthétiser le divers offert à la sensibilité et entrent à ce titre, de façon intrinsèque et nécessaire, dans la constitution de l'objet de connaissance. C'est dans le jugement, qui est l'expression de la synthèse réalisée par l'entendement (tout au moins pour ce qui est du jugement déterminant), qu'elles trouvent en quelque sorte leur lieu de manifestation. Il y aura donc autant de catégories que d'espèces de jugements. Et la table proposée par Kant suit très exactement le tableau logique des jugements. On pe [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université catholique de Louvain (Belgique)

Classification

Autres références

«  RELATION  » est également traité dans :

BRADLEY FRANCIS HERBERT (1846-1924)

  • Écrit par 
  • Jean WAHL
  •  • 3 606 mots

Dans le chapitre « L'Absolu, impossible et nécessaire »  : […] Après un livre peu connu sur les Présuppositions de l'histoire critique ( The Presuppositions of Critical History , 1874) et après les Études éthiques ( Ethical Studies , 1875), plus connues, le philosophe anglais Bradley – né à Glasbury, mort à Oxford – publie les Principes de logique ( The Principles of Logic , 1883), et surtout Apparence et Réalité ( Appearance and Reality . A Metaphysical Ess […] Lire la suite

CROYANCE

  • Écrit par 
  • Paul RICŒUR
  •  • 12 004 mots

Dans le chapitre « Kant »  : […] La première estimation est l'œuvre de la Critique de la raison pure , dont la tâche est elle-même double : justifier les divers principes de la connaissance et en limiter l'emploi à la sphère de l'expérience ; c'est à ce titre que la croyance est à la fois légitimée et contenue dans les bornes où son usage est valide. À cet égard, le belief humien est soumis à une épreuve critique du point de v […] Lire la suite

DESCRIPTION ET EXPLICATION

  • Écrit par 
  • Jean LARGEAULT
  •  • 9 338 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Les théories de l'explication »  : […] En théorie de l'explication, on pourrait opposer deux grands paradigmes, qu'on appellera respectivement substantialiste et relationnel. Anciens et médiévaux expliquent en termes de substances et de causes : ils admettent des atomes, des agents (causes efficaces et transitives), des supports d'actions causales (fluides propagateurs, vertus sympathiques, espèces sensibles émanées ou reçues, etc.), […] Lire la suite

DURAND DE SAINT-POURÇAIN (entre 1270 et 1275-1334)

  • Écrit par 
  • Charles BALADIER
  •  • 885 mots

Dominicain malmené, pour ses prises de position antithomistes, par son ordre officiellement rangé derrière l'Aquinate, Durand, né à Saint-Pourçain (actuellement Saint-Pourçain-sur-Sioule, Allier), est en 1303 au couvent parisien des Frères prêcheurs. Élève de Jacques de Metz, lui-même dominicain non rallié au thomisme, il commente les Sentences à Paris en 1307 et 1308, commentaire pour lequel on […] Lire la suite

HAMELIN OCTAVE (1856-1907)

  • Écrit par 
  • Jean-Louis DUMAS
  •  • 334 mots

Professant un idéalisme dialectique, Octave Hamelin enseigna la philosophie à l'université de Bordeaux, puis à l'École normale supérieure et à la Sorbonne. Il écrivit notamment : Essai sur les éléments principaux de la représentation (1907), Le Système de Descartes (1911), Le Système d'Aristote (1920), Le Système de Renouvier (1927). Il mourut en essayant de porter secours à des personnes qui […] Lire la suite

JUGEMENT

  • Écrit par 
  • Noël MOULOUD
  •  • 6 858 mots

Dans le chapitre « Les perspectives classiques »  : […] Toute doctrine de la raison a cherché à situer la liaison judicative vis-à-vis de ses corrélatifs, d'une part la liaison associative des épreuves sensibles, d'autre part la cohésion qui unit les éléments du concept ou ceux du discours probatoire. On peut parler d'une tradition de la « philosophie du jugement », qui voit dans celui-ci la mesure principale de l'initiative intellectuelle ou spirituel […] Lire la suite

LINGUISTIQUE ET PSYCHANALYSE

  • Écrit par 
  • Jean-Claude MILNER
  •  • 7 201 mots

Dans le chapitre « Le rôle théorique décisif de la linguistique structurale »  : […] Mais cela n'affecte pas l'importance décisive que prend par ailleurs la possibilité de la science linguistique. Car cette importance n'est pas liée à des résultats empiriques, mais à des décisions théoriques. À cet égard, une seule forme de linguistique a véritablement importé : la linguistique structurale, représentée par la tradition saussurienne et singulièrement par Roman Jakobson. Il ne s'ag […] Lire la suite

LOGIQUE

  • Écrit par 
  • Robert BLANCHÉ, 
  • Jan SEBESTIK
  •  • 12 997 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « La logique aristotélicienne »  : […] On s'accorde toujours à faire commencer la logique avec celles des œuvres d'Aristote qui seront ultérieurement rassemblées sous le titre commun d' Organon – mot qui marque bien le caractère instrumental et préparatoire à la philosophie qu'Aristote lui reconnaissait. Elle avait été préparée par le développement de la dialectique, qu'Aristote fait remonter à Zénon d'Élée ; mais celle-ci était conç […] Lire la suite

LOGIQUE INDIENNE

  • Écrit par 
  • Kuno LORENZ
  •  • 6 603 mots

Dans le chapitre « Le syllogisme en cinq parties »  : […] Mais, dans un cas comme dans l'autre, il est essentiel qu'on puisse par inférence passer de ce qui est perçu à ce qui n'est ou ne peut pas être perçu. Ce passage est assuré par une théorie de l'inférence qui a reçu dans le Nyāya sa forme classique, celle d'un syllogisme en cinq parties (pañcāvayava vākya, littéralement : phrase à cinq parties), qui sert aussi de point de référence aux autres darśa […] Lire la suite

NOMINALISME

  • Écrit par 
  • Paul VIGNAUX
  •  • 3 602 mots

Dans le chapitre « Nominalisme et théologie de la création »  : […] L'ontologie ockhamiste est liée à une théologie de la puissance créatrice : la position des créatures dans l'être n'est rien d'autre que leur création, radicalement libre, contingente et gratuite ; pour chacune, une position de tout son être que rien ne précède, notamment pas une « nature commune », préexistant en d'autres individus. La théologie de la création, donnée de foi et non acquisition p […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

8-23 décembre 2021 France – Algérie. Ouverture des archives judiciaires de la guerre d'Algérie.

Le 10, la ministre de la Culture Roseline Bachelot, qui détient la tutelle sur les Archives nationales, annonce l’ouverture prochaine des archives judiciaires « en relation » avec la guerre d’Algérie, « avec quinze ans d’avance » sur le calendrier légal. Cette mesure était prônée par le rapport sur la réconciliation mémorielle franco-algérienne remis en janvier à Emmanuel Macron par l’historien Benjamin Stora. […] Lire la suite

23 novembre - 6 décembre 2021 France. Démission de l'archevêque de Paris.

L’article expose les « méthodes contestées » de Mgr Aupetit dans la gouvernance de son diocèse et révèle la « relation intime » que celui-ci aurait entretenue avec une femme en 2012. L’archevêque reconnaît un comportement « ambigu » à l’égard de cette femme. Le 25, Mgr Aupetit remet ses fonctions d’archevêque entre les mains du pape François « pour préserver le diocèse ». […] Lire la suite

3-4 décembre 2021 France – Émirats arabes unis – Qatar – Arabie Saoudite. Visite du président français Emmanuel Macron dans le Golfe.

Le 3 également est déposée devant le tribunal judiciaire de Paris une plainte, au nom de citoyens yéménites et de l’ONG yéménite Legal Center for Rights and Development, contre les princes héritiers émirati et saoudien, Mohammed ben Zayed al-Nahyane et Mohammed ben Salman, pour, notamment, « crimes de guerre », « torture », « disparitions forcées », « participation à une association de malfaiteurs à caractère terroriste » et « financement du terrorisme », en relation avec l’implication de leurs deux pays dans le conflit au Yémen. […] Lire la suite

3 septembre 2021 Nouvelle-Zélande. Attaque djihadiste à Auckland.

Arrivé dans le pays en 2011, l’auteur de l’attaque avait été condamné à plusieurs reprises pour des faits en relation avec la cause djihadiste. Il était sous surveillance policière depuis sa dernière sortie de prison. La Première ministre Jacinda Ardern déclare que le drame est imputable à « un individu, pas une religion, pas une culture, pas une ethnie », tout en reconnaissant qu’il a été motivé par « une idéologie violente et inspirée du groupe État islamique ». […] Lire la suite

1er-16 juillet 2021 France. Mise en examen du garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti.

En septembre 2020, peu de temps après sa nomination, Éric Dupond-Moretti avait lancé des enquêtes administratives contre trois magistrats du parquet national financier (PNF), en relation avec des affaires dans lesquelles il était intervenu en tant qu’avocat avant son entrée au gouvernement. En octobre 2020, un décret avait écarté le ministre de toute décision concernant des affaires dans lesquelles il aurait été impliqué. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean LADRIÈRE, « RELATION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/relation/